Monde, L’accord mondial sur la biodiversité risque de nuire aux droits des peuples autochtones

Photo d'un peuple autochtone

Les propositions relatives à la forme que prendra le suivi d’un accord mondial historique sur la biodiversité risquent de porter atteinte aux droits des peuples autochtones et de toutes les populations concernées, et doivent être modifiées afin que les droits humains soient pleinement respectés et protégés, a déclaré Amnesty International vendredi 10 mai.

Des projets en cours concernant l’évaluation des progrès accomplis dans la mise en œuvre du Cadre mondial pour la biodiversité - un accord sur la conservation qui implique de garantir que 30 % de la planète soit protégée d’ici à 2030 et d’atteindre une série d’autres objectifs - ne permettront probablement pas d’examiner de manière adéquate si les droits des premiers habitants de ces territoires sont protégés. Des discussions sur le cadre de suivi proposé, notamment sur les indicateurs choisis, auront lieu la semaine prochaine à Nairobi, la capitale du Kenya.

Chris Chapman, conseiller d’Amnesty International sur les droits des peuples autochtones, a déclaré :

« Nous craignons que le cadre de suivi proposé ne protège pas suffisamment les droits des peuples autochtones, et ne reconnaisse pas le rôle essentiel et unique de ces populations dans la préservation de la biodiversité. Cela exacerbe le risque de favoriser les méthodes de la " conservation-forteresse " où les habitant·e·s originaux, qui sont souvent des peuples autochtones, sont expulsés de force de zones protégées. »

Le Cadre mondial pour la biodiversité signé en 2022 reconnaît que les terres et territoires des peuples autochtones et des communautés locales devraient être classés comme une catégorie distincte de zones de conservation. À l’heure actuelle, le processus de suivi ne reconnaît pas et n’évalue pas ces zones comme une catégorie distincte des projets de conservation administrés par l’État, et cela doit être corrigé à Nairobi.

« Il est essentiel que les indicateurs de suivi reflètent le caractère distinct des terres autochtones et la contribution essentielle des peuples autochtones à la conservation. »

Les peuples autochtones et les populations locales ont proposé d’ajouter au cadre de suivi quatre indicateurs relatifs aux « savoirs traditionnels ». Ces indicateurs sont conçus pour évaluer l’épanouissement des cultures et des sociétés de ces communautés, ainsi que les mesures prises par les États pour protéger leurs droits fonciers et les associer aux décisions. Ils comprennent des mesures permettant d’effectuer un suivi de la préservation des métiers traditionnels, de l’emploi de langues autochtones, des changements dans l’utilisation et l’occupation des terres, ainsi que de l’évaluation des politiques des États en matière de protection des savoirs traditionnels et d’implication des peuples autochtones dans la prise de décision.

Chris Chapman a déclaré : « Il est essentiel que les indicateurs de suivi reflètent le caractère distinct des terres autochtones et la contribution essentielle des peuples autochtones à la conservation. De nombreuses études montrent que les communautés autochtones sont les gardiennes les plus efficaces de l’environnement naturel, et qu’environ 80 % de la biodiversité mondiale restante se trouve sur les terres de peuples autochtones. »

« Il est essentiel que les indicateurs de savoirs traditionnels proposés par les peuples autochtones et les communautés locales, qui permettent de bien mieux évaluer la progression de l’accord tout en protégeant leurs droits, soient intégrés au plan de suivi. Amnesty International a toujours soutenu que les droits des peuples autochtones devaient être au cœur du cadre mondial pour la biodiversité. »

Complément d’information

La protection de la biodiversité est essentielle à la protection d’une série de droits humains, notamment le droit à un environnement propre, sain et durable. En 2022, les États parties à la Convention sur la diversité biologique ont adopté le Cadre mondial pour la biodiversité Kunming-Montréal, un ensemble d’objectifs ambitieux visant à mettre fin à la crise de la biodiversité, à garantir l’épanouissement des espèces et à prévenir les extinctions. Il comprend l’« Objectif 3 », qui vise à protéger 30 % de la surface de la planète d’ici à 2030, soit l’accord « 30 x 30 », qui nécessite une expansion considérable des zones de conservation désignées. L’accord engage également les États à protéger les droits des peuples autochtones sur leurs terres ainsi que leur patrimoine culturel, et à obtenir leur consentement pour tout projet mené sur leurs terres. Lors d’une réunion à Nairobi qui s’ouvrira lundi 13 mai, les parties tenteront de convenir d’un cadre pour le suivi des progrès accomplis dans la réalisation des objectifs.

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