Myanmar. Au moins 40 personnes en prison pour les manifestations de 2007, dont certaines pour avoir donné de l’eau à des moines

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Six mois après la répression violente des manifestations au Myanmar, de nouvelles recherches d’Amnesty International montrent qu’au moins 40 manifestants, dont sept moines, ont été condamnés à des peines d’emprisonnement.

« Après avoir tenté de détourner l’attention de la communauté internationale de la répression de septembre dernier en faisant en sorte que les regards se portent sur son référendum constitutionnel, le gouvernement du Myanmar réoriente aujourd’hui sa stratégie contre les mouvements de protestation légitimes : la répression en pleine rue fait place à une répression plus discrète derrière les portes closes des tribunaux, a déclaré Amnesty International. Tout comme le référendum représente une tentative du gouvernement de légitimer le pouvoir militaire au Myanmar, les peines de prison prononcées sont destinées à justifier la répression violente des manifestations pacifiques. »

Contrairement aux raisons avancées fin 2007 par le gouvernement pour justifier ses poursuites, Amnesty International pense que ces peines ont un caractère politique manifeste ou visent à sanctionner les manifestants pour l’exercice pacifique de leurs droits fondamentaux.

Les médias officiels du Myanmar avaient annoncé le 7 novembre 2007 que des poursuites judiciaires seraient engagées contre les personnes impliquées « d’une manière ou d’une autre dans des violences et des actes terroristes ». Le 3 décembre, le directeur de la police, Khin Yi, avait indiqué lors d’une conférence de presse que « seuls les individus coupables d’incendies volontaires ou en possession d’armes illégales [seraient] traduits en justice ».

« Pas une seule condamnation n’a été prononcée sur la base des raisons par ailleurs légitimes invoquées par les autorités ; les personnes ont été condamnées pour avoir exercé pacifiquement leur droit à la liberté d’expression et de réunion, a déclaré Amnesty International. Trois personnes ont été condamnées uniquement pour avoir donné de l’eau à des moines dans la rue. »

Amnesty International confirme que les condamnations suivantes ont été prononcées depuis septembre dernier :

Le 1er octobre, Ko Kyauk Khe (alias Ko Aung San Oo), membre de la Ligue nationale pour la démocratie (NLD) dans la division de Magwe, a été condamné à deux années d’emprisonnement au titre de l’article 505 (b) du Code pénal pour avoir fait des « déclarations incitant à commettre des infractions nuisant à la tranquillité publique » fin septembre. Il s’agit de la peine maximale encourue pour ce type d’infraction. Ko Kyauk Khe aurait scandé un slogan pro-bouddhiste dans un vidéo club local après avoir vu des images de la répression sur des chaînes étrangères ; il aurait également fait d’autres déclarations politiques au cours de son procès.

Le 11 octobre, Ko Soe Win, membre du groupe Défenseurs et promoteurs des droits humains dans l’État d’Arakan, a été condamné à quatre années d’emprisonnement au titre des articles 295-A et 505-b du Code pénal pour insulte à la religion et trouble à l’ordre public. Après la violente attaque des autorités contre les moines à Pakokku le 5 septembre, il avait brandi une pancarte devant le marché de la ville pour appeler à la libération des détenus politiques et à l’exclusion du général Than Shwe du bouddhisme.

Le 7 novembre, Thet Oo, trente-neuf ans, Zaw Htun, trente-quatre ans, U Myint Aye (tous membres du groupe Défenseurs et promoteurs des droits humains dans la division de Bago) et le moine U Pannihtha ont été condamnés à deux années d’emprisonnement au titre de l’article 5-j de la Législation d’exception de 1950 ou de l’article 505-b du Code pénal pour avoir agi dans l’intention « d’affecter la moralité ou la conduite de la population ou d’un groupe de personnes de manière à affaiblir la sécurité de l’Union ou le rétablissement de l’ordre public ». Ils avaient pris part aux manifestations de septembre, distribué des tracts et s’étaient exprimés dans les médias.

Fin novembre, U Zantila, supérieur du monastère de Zantila Rama, a été condamné à deux ans de prison pour diffamation des autorités après avoir rédigé une lettre de réclamation dans laquelle il affirmait qu’une somme d’argent avait été saisie au monastère pendant un raid. Les autorités lui auraient également enlevé son habit de force.

Le 21 décembre, Shwe Thway a été condamné à deux ans et demi d’emprisonnement, et Ko Zaw Gyi et Ko Yazay à deux ans, pour avoir donné de l’eau à des moines qui manifestaient en septembre. Ils résident dans la division de Sagaing. On ne leur connaissait apparemment aucune activité ou affiliation politique auparavant.

À ce jour, au moins 700 personnes arrêtées pendant ou après les manifestations de septembre 2007 sont toujours derrière les barreaux. Par ailleurs, 1 150 prisonniers politiques qui se trouvaient déjà en détention n’ont toujours pas été libérés.


« Les récentes condamnations de manifestants arrêtés lors de la répression de septembre doivent être considérées à la lumière du fait que quelque 660 personnes sont maintenues en détention arbitraire depuis six mois, sans savoir quand elles en sortiront. »

Dans le prolongement de la résolution du Conseil des droits de l’homme du 20 mars 2008, Amnesty International appelle la communauté internationale à faire pression sur le Myanmar pour qu’il autorise le rapporteur spécial des Nations unies sur la situation des droits de l’homme au Myanmar à mener immédiatement une mission d’enquête dans ce pays.

Au vu de la récente visite au Myanmar du représentant spécial du secrétaire général des Nations unies, qui n’a constaté aucune amélioration de la situation des droits humains sur place, Amnesty International exhorte le Conseil de sécurité des Nations unies à adopter une résolution sur le Myanmar qui reflète les préoccupations contenues dans la déclaration du président du Conseil du 11 octobre 2007.

« Plutôt que de répondre aux appels du Conseil de sécurité, les autorités du Myanmar sont passées à la phase suivante de la répression et à la suppression des droits fondamentaux de la population birmane en prononçant ces condamnations. Le Conseil ne peut permettre que cela continue », a conclu Amnesty International.

La liste complète des peines prononcées établie par Amnesty International peut être consultée sur le site de l’organisation, à l’adresse suivant :
http://www.amnesty.org/en/news-and-updates/news/myanmar-protesters-sentenced

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