Myanmar : Aung San Suu Kyi doit reconnaître les droits humains des Rohingyas

Tous les êtres humains sont doués de raison et de conscience. Ce sont les termes de l’article premier de la Déclaration universelle des droits de l’homme, déclaration internationalement reconnue des droits dont jouit chaque personne sur la planète. Cependant, certains jours mettent à l’épreuve la croyance fondamentale selon laquelle nous sommes tous doués de conscience – de la capacité de discerner le bien du mal.

Le 6 septembre fut l’un de ceux-là, lorsqu’Aung San Suu Kyi est sortie de son silence au sujet de la catastrophe qui se déroule au Myanmar, pays que la lauréate du prix Nobel de la paix dirige de facto.

Commentant pour la première fois l’offensive menée par l’armée, le bureau d’Aung San Suu Kyi affirmait que le gouvernement défend toute la population de l’État d’Arakan « de la meilleure manière possible  ». Ses propos sont une réponse intolérable à la catastrophe humanitaire et relative aux droits humains à laquelle nous assistons.

La réalité sur le terrain est que les minorités ethniques dans l’État d’Arakan subissent de terribles atteintes aux droits humains perpétrées dans le cadre d’une campagne militaire illégale et disproportionnée. La plupart des victimes sont des Rohingyas, groupe ethnique majoritairement musulman persécuté de longue date dans le pays.

Ce sont les faits. Vendredi 25 août à l’aube, un groupe armé rohingya a lancé une série d’attaques coordonnées contre les forces de sécurité dans le nord de l’État d’Arakan. Depuis, les affrontements se poursuivent, mais l’armée birmane riposte aux violences en menant une politique de la terre brûlée totalement injustifiée et disproportionnée. Les chercheurs d’Amnesty International reçoivent de nombreuses informations faisant état de violations généralisées, notamment de tirs des forces de sécurité contre les civils. D’après les images satellite, des villages ont été entièrement rasés.

Plus de 150 000 Rohingyas, des femmes et des enfants pour la plupart, ont fui vers le Bangladesh. Les scènes à la frontière du Bangladesh ont pris des proportions bibliques. De jeunes enfants, des personnes âgées, des hommes et des femmes ont marché pendant des jours sans s’arrêter, dans la boue et sous des pluies torrentielles, pour atteindre des camps ou des villages où les denrées alimentaires, l’eau et le matériel médical se font rares.

Le bilan s’élèverait déjà à plusieurs centaines de morts. En refusant l’entrée dans le pays aux enquêteurs de l’ONU, aux organisations humanitaires, aux observateurs des droits humains et aux journalistes, le Myanmar affiche sa volonté de bander les yeux du reste du monde pour nous empêcher de voir ce qui se passe dans le nord de l’État d’Arakan. Nous ne serions guère surpris si, une fois des enquêteurs indépendants autorisés à faire leur travail, ils concluaient que des crimes contre l’humanité sont perpétrés.

Si les Rohingyas, qui sont environ un million, vivent actuellement dans la peur, ce n’est pas nouveau pour eux. La violence dont nous sommes témoins dans le nord de l’État d’Arakan s’inscrit dans un contexte de discrimination durable, flagrante et systématique contre les Rohingyas au Myanmar. C’est un peuple qui subit depuis des décennies la persécution aux mains d’une armée vindicative, désormais placée sous le commandement du général Min Aung Hlaing.

Les Rohingyas dans le nord de l’État d’Arakan sont privés du droit à une nationalité et du droit de participer à la vie publique. Ils sont en butte à de sévères restrictions de leurs droits à la liberté de mouvement, à l’accès à l’éducation, à la santé et à des moyens de subsistance. En outre, ils ne peuvent pas construire ni entretenir des mosquées, ni se rassembler pour la prière.

Le problème, toutefois, ne se résume pas au fait que le Myanmar ne reconnaisse pas les droits fondamentaux des Rohingyas : ils sont à peine traités comme des êtres humains. Lorsqu’un navire apportant de l’aide humanitaire est arrivé au Myanmar il y a quelques temps, avec à son bord de la nourriture et des fournitures d’urgence à destination de l’État d’Arakan en proie aux troubles, il a été accueilli par un petit groupe de manifestants brandissant une pancarte « Pas de Rohingyas ». Cette résistance au simple fait de fournir de l’aide en dit long sur la manière dont les Rohingyas sont traités au Myanmar.

À moins que les autorités birmanes ne déploient tous les efforts possibles pour remédier à la discrimination durable et systématique qui règne dans l’État d’Arakan, les habitants ne sortiront pas du cycle de violence et de destruction.

Hélas, le Myanmar n’est pas le seul à montrer du doigt ce groupe isolé. Dans toute la région, les Rohingyas se distinguent comme un peuple persécuté. Au milieu de cette crise, l’Inde met en œuvre un plan cruel qui consiste à expulser les 40 000 Rohingyas qui se sont réfugiés dans le pays. Lors d’une manifestation à New Delhi le 5 septembre, Mohamed Irshad, réfugié rohingya, a résumé la situation en lançant un appel désespéré : « Nous sommes des êtres humains. Je vous en prie, considérez-nous comme tels. »

C’est dans ce contexte qu’Aung San Suu Kyi rejette la faute sur les « terroristes » et affirme que son gouvernement défend tous les habitants de l’État d’Arakan « de la meilleure manière possible ».

En tenant de tels propos, elle reprend à son compte les arguments qu’utilisaient les dirigeants autoritaires extrémistes. Elle ne tire sans doute pas les ficelles derrière les opérations de l’armée, mais en prenant le rôle de porte-parole et en trouvant des excuses aux actions intolérables des militaires, elle permet que les Rohingyas continuent d’être montrés du doigt et déshumanisés.

Aung San Suu Kyi est peut-être au gouvernement, mais elle n’est pas au pouvoir. L’armée est la principale responsable de ces atteintes aux droits humains et la seule à pouvoir y mettre un terme. Aung San Suu Kyi a malgré tout le devoir moral de s’élever contre l’injustice. C’est bien elle qui a déclaré : « Vous ne devriez jamais laisser vos peurs vous empêcher de faire ce que vous savez être juste. » Tout comme chacun d’entre nous, elle est douée de raison et de conscience, et a donc la capacité de faire ce qui est bien et de traiter autrui avec humanité. C’est ce que réclament les Rohingyas – le strict minimum.

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