Communiqué de presse

Myanmar. Des prisonniers d’opinion ont été libérés à la faveur d’une amnistie, mais beaucoup d’autres demeurent détenus

La libération d’au moins 11 prisonniers d’opinion au Myanmar à la faveur d’une grâce collective accordée jeudi 30 juillet constitue une avancée positive, mais les autorités doivent immédiatement remettre en liberté les nombreux autres militants pacifiques actuellement emprisonnés dans le pays, a déclaré Amnesty International.

Jeudi 30 juillet, les autorités du Myanmar ont libéré 6 966 personnes à la faveur d’une grâce présidentielle accordée à des prisonniers. Parmi les personnes qui ont été libérées se trouvent au moins 11 hommes qu’Amnesty International considérait comme prisonniers d’opinion, dont des journalistes, des militants pacifiques ou encore des responsables de la minorité musulmane rohingya.

« Nous sommes heureux de savoir que ces 11 hommes sont désormais libres et qu’ils peuvent retrouver leur famille, même si rien ne pourra compenser l’épreuve qu’ils ont traversée. Aucun d’eux n’aurait jamais dû être emprisonné », a déclaré Rupert Abbott, directeur des recherches chez Amnesty International pour les régions Asie du Sud-Est et Pacifique.

« Nous avons constaté une hausse alarmante des arrestations et du harcèlement de militants pacifiques au Myanmar l’année dernière, et le nombre de prisonniers d’opinion est en augmentation. Les libérations telles que celles d’aujourd’hui n’auront que très peu d’effet à long terme tant que les lois permettant aux autorités d’exercer une répression contre les défenseurs des droits humains, les étudiants, les journalistes et les personnes critiquant le gouvernement ne seront pas abolies. »

L’amnistie accordée jeudi 30 juillet intervient après que les autorités ont annoncé que des élections générales se tiendraient au Myanmar le 8 novembre 2015. Il s’agit de la première grâce collective accordée à des prisonniers depuis octobre 2014, mois au cours duquel des milliers de personnes avaient été libérées quelques semaines avant que le Myanmar n’accueille deux importants sommets internationaux.

« Les autorités birmanes annoncent régulièrement des mesures de grâce telles que celle-ci dans des moments politiquement opportuns. Le gouvernement doit prouver qu’il ne s’agit pas d’un simple calcul avant les élections prévues en novembre. La prochaine étape devra consister à libérer les nombreux militants pacifiques toujours emprisonnés et à abandonner les charges qui pèsent sur les personnes qui risquent des peines de prison uniquement pour avoir exercé pacifiquement leurs droits humains », a déclaré Rupert Abbott.

Complément d’information

Parmi les prisonniers d’opinion qui ont bénéficié de la mesure de grâce du 30 juillet figurent notamment les personnes suivantes :

Kyaw Zaw Hein, Win Tin, Thura Aung, Yin Min Htun et Kyaw Min Khaing, tous des employés du journal Bi Midday Sun, qui avaient été condamnés à deux ans d’emprisonnement suite à la publication dans le journal d’une déclaration selon laquelle la chef de file de l’opposition Aung San Suu Kyi et des responsables ethniques avaient été élus pour former un gouvernement provisoire en juillet 2014 ;

le responsable de la localité de Michaungkan, Sein Than, qui avait été condamné à deux ans de prison pour avoir participé à une série d’actions de protestation visant à dénoncer l’incapacité des autorités à résoudre un conflit foncier touchant les habitants de cette localité ;

Tin Maung Kyi, militant pacifique de l’organisation communautaire Mouvement pour la force actuelle de la démocratie (MDCF), qui avait été condamné à un an et demi d’emprisonnement pour avoir participé à une action de protestation sans autorisation à Yangon (ex-Rangoon) en 2014 ;

les responsables rohingyas Ba Thar, Kyaw Khin, Kyaw Myint et son fils Hla Myint, qui avaient été emprisonnés en mars 2015. Les quatre hommes avaient été arrêtés une première fois en avril 2013 à la suite d’une manifestation contre un système de recensement de la population mis en place par le gouvernement et ne permettant pas aux membres de la minorité de se faire enregistrer comme Rohingyas. Les manifestations avaient contraint les autorités à interrompre le recensement. Les quatre hommes avaient été condamnés à des peines allant de cinq à huit ans de prison.

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