Nauru. Les médias étrangers se voient refuser l’entrée du pays

Le refus de Nauru de laisser des journalistes d’Al Jazira entrer sur son territoire est le dernier exemple en date de la répression menée contre la liberté d’expression sur cet État insulaire du Pacifique, tandis que les conditions de détention et le traitement réservés à des centaines de demandeurs d’asile sur place suscitent des craintes, a déclaré Amnesty International.

L’embargo ainsi imposé aux médias est d’autant plus alarmant qu’il n’existe pas de médias indépendants à Nauru. Cela survient quelques jours après que des médias étrangers ont affirmé que des réfugiés avaient été violés sur l’île.

Les autorités de Nauru ont annoncé il y a quelques jours qu’elles n’enfermeraient plus les demandeurs d’asile dans le centre de détention qu’elles dirigent en collaboration avec le gouvernement australien. Mais cette nouvelle encourageante a semble-t-il un revers sombre, car des journalistes du bureau de Sydney d’Al Jazira ont essayé de déposer une demande de visa de journalisme, pour finalement apprendre ces derniers jours que toutes les demandes émanant des médias afin de se rendre sur l’île sont actuellement rejetées.

« Quel que soit ce que Nauru essaie de cacher, cela ne doit pas être très positif si les autorités sont à ce point désireuses d’empêcher les médias internationaux de se rendre sur l’île ou de faire état de ce qui s’y passe », a déclaré Meghna Abraham, directrice adjointe du programme Thématiques mondiales à Amnesty International.

« Alors qu’ont été formulées des allégations d’abus persistants, notamment d’agressions sexuelles, sur des demandeurs d’asile placés en détention à Nauru sur les ordres de l’Australie, il est d’autant plus vital que les médias ne soient ni bannis ni empêchés de révéler la vérité. »

« Les autorités de Nauru doivent immédiatement autoriser les médias à entrer sur leur territoire, abroger les sanctions pénales qui fragilisent le droit à la liberté d’expression, et permettre à des observateurs indépendants des droits humains de se rendre dans le pays. »

Avant même cette interdiction globale visant les médias, il était de plus en plus difficile pour les journalistes étrangers de se rendre à Nauru et de parler du traitement réservé aux demandeurs d’asile et d’autres questions en rapport avec les droits humains sur place. En janvier 2014, les frais non remboursables relatifs à une demande de visa de journalisme pour Nauru sont passés de 200 dollars australiens (environ 130 euros) à 8 000 dollars australiens (soit un peu plus de 5 100 euros).

Cette pratique s’inscrit dans la répression plus large qui s’abat actuellement sur la liberté d’expression à Nauru. Cinq députés de Nauru sont toujours suspendus pour avoir parlé à des journalistes étrangers par le passé. Leurs passeports ont été annulés et ils risquent des poursuites pénales. En mai, le gouvernement de Nauru a bloqué tous les accès à Facebook pendant plusieurs semaines et a adopté de nouvelles lois prévoyant une peine pouvant aller jusqu’à sept ans de prison pour l’exercice du droit à la liberté d’expression.

Quand des représentants d’Amnesty International se sont rendus dans le centre de détention pour migrants de Nauru en 2012, ils ont découvert qu’il était totalement inadapté et mal équipé, et que 387 hommes souffrant de maux physiques et psychologiques y vivaient entassés dans cinq rangées de tentes trouées. L’angoisse y régnait en maître alors que commençait la saison de la mousson, qui se caractérise par une chaleur étouffante.

Depuis le début de l’année 2014, l’organisation a sollicité à trois reprises l’autorisation du gouvernement de Nauru de revenir sur place. La première demande a été rejetée et les suivantes sont restées lettre morte.

Au 31 août 2015, les statistiques officielles montraient que 653 personnes (446 hommes, 114 femmes et 93 enfants, dont certains en bas âge) se trouvaient en détention pour une durée indéterminée au centre pour migrants de Nauru. Dans un document récemment soumis aux Nations unies, Amnesty International a fait part de ses inquiétudes quant au degré de violence élevé dont les femmes et les enfants sont victimes à Nauru. Des demandeurs d’asile mineurs auraient subi des agressions sexuelles.

« Nous ne cessons de demander la fermeture immédiate des centres extraterritoriaux de détention pour migrants mis en place par l’Australie à Nauru et sur l’île de Manus, en Papouasie-Nouvelle-Guinée. Les centaines de personnes détenues sur place dans des conditions désastreuses doivent être transférées en Australie afin que leurs demandes d’asile puissent être traitées sans délai et avec efficacité », a déclaré Meghna Abraham.

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