Communiqué de presse

Népal. Les discriminations généralisées liées au genre sont à l’origine d’une crise des droits sexuels et reproductifs.

En raison de discriminations généralisées et systémiques fondées sur le genre au Népal, des centaines de milliers de femmes souffrent d’un problème de santé reproductive très douloureux qui les empêche d’effectuer certaines tâches quotidiennes, tandis que leur famille et la société les mettent souvent à l’écart, écrit Amnesty International dans un nouveau rapport rendu public jeudi 20 février.

Le prolapsus utérin – un problème de santé handicapant se caractérisant par la descente de l’utérus dans le vagin – est en relation avec les discriminations restreignant fortement la capacité des femmes et des jeunes filles à prendre des décisions concernant leur santé sexuelle et reproductive. Des conditions de travail éprouvantes, des mariages précoces et un trop grand nombre de grossesses sont des facteurs contribuant à cette affection.

« Il s’agit d’une question urgente en matière de droits humains. La prévalence du prolapsus utérin au Népal est liée à des discriminations tenaces à l’égard des femmes et des jeunes filles, discriminations contre lesquelles les gouvernements successifs n’ont pas lutté de manière adéquate », a déclaré Madhu Malhotra, directrice du programme Genre, sexualité et identité.

« Des centaines de milliers de femmes souffrent inutilement aujourd’hui au Népal. Les autorités ont uniquement pris des mesures symboliques contre ce problème, et n’ont pas mené d’action concrète par la suite afin de limiter les facteurs de risque pour les femmes et les jeunes filles. »

Le rapport, intitulé Un fardeau inutile. Discrimination liée au genre et prolapsus utérin au Népal (voir document ci-dessous), s’appuie sur des recherches approfondies menées sur le terrain au Népal, et notamment sur des entretiens avec des femmes, des jeunes filles et des hommes, des défenseurs des droits humains, des experts médicaux et des représentants du gouvernement.

Le prolapsus utérin est un problème mondial mais il se pose avec une acuité particulière dans des pays comme le Népal, où les discriminations liées au genre sont omniprésentes et l’accès aux soins est limité. Selon une estimation des Nations unies, 10 % des 13,6 millions de femmes vivant au Népal sont concernées, et ce chiffre pourrait être bien supérieur dans certaines zones.

Contrairement au reste du monde où le prolapsus utérin touche surtout des femmes plus âgées, de nombreuses Népalaises y sont confrontées alors qu’elles n’ont pas encore 30 ans.

Le prolapsus utérin cause des douleurs aiguës, qui empêchent de nombreuses femmes d’effectuer les tâches physiques pénibles ou de porter les lourdes charges qui leur sont souvent confiées, ou même de s’asseoir confortablement ou de marcher.

Il suscite en outre une réprobation sociale considérable. Parfois, ces femmes sont mises à l’écart ou décrites comme « fainéantes » par leur famille et par la société lorsqu’elles ont trop mal pour accomplir le travail que l’on attend d’elles. Les recherches effectuées par Amnesty International ont montré que souvent, ces femmes ne peuvent ou ne veulent pas se faire soigner, ni même parler de leurs souffrances.

Kopila, 30 ans, originaire de l’ouest du pays, a eu son premier enfant à 18 ans, et souffre de prolapsus depuis la naissance de son quatrième bébé, qu’elle a eu à 24 ans. Son mari l’empêche de se faire soigner, et elle a été contrainte d’effectuer des tâches physiques pénibles pendant et après ses grossesses.

« [Quand ça a commencé] je me suis mise à avoir mal au dos et à l’estomac, et je ne pouvais ni me tenir debout ni m’asseoir ou travailler. J’ai des douleurs dans le bas du ventre et j’ai généralement mal au dos quand je travaille dur. Quand j’éternue, mon utérus sort », a expliqué Kopila.

Le prolapsus utérin a de nombreuses causes, notamment le fait d’accoucher jeune, d’avoir connu de nombreuses grossesses rapprochées, une alimentation inadéquate, l’absence de professionnels de santé qualifiés durant l’accouchement et l’obligation d’effectuer des tâches physiques pendant ou peu après une grossesse.

Mais le cœur du problème est la discrimination persistante à l’égard des femmes et des jeunes filles, mal auquel les gouvernements népalais successifs ne se sont jamais attaqués.

De nombreuses femmes et jeunes filles se voient essentiellement dépossédées de tout contrôle sur leur corps et leur vie. Beaucoup n’ont pas la possibilité de décider si elles veulent se marier ou avoir des enfants, ni quand, ni si elles peuvent utiliser des contraceptifs ou encore combien d’enfants elles souhaitent. S’assurer qu’elles puissent bénéficier de soins de qualité pendant leur grossesse est souvent hors de leur contrôle.

La discrimination expose par ailleurs les femmes et jeunes filles à un risque de violence domestique, notamment de viol conjugal. Le prolapsus utérin rend fréquemment les relations sexuelles douloureuses, mais les personnes qu’Amnesty International a rencontrées (hommes et femmes confondus) ont expliqué qu’il est impossible pour les femmes de refuser les rapports avec leur époux.

Des organisations de la société civile népalaise, notamment les groupes de défense des droits des femmes, s’efforcent depuis des années de porter la question à l’attention du gouvernement. La Cour suprême a rendu un jugement à ce propos en 2008, dans lequel elle a déclaré que le taux élevé de prolapsus utérin dans le pays constituait une violation des droits reproductifs et ordonné au gouvernement de s’attaquer au problème.

Jusqu’à présent, cependant, les efforts déployés par les gouvernements successifs au Népal afin de prévenir le prolapsus utérin et la discrimination liée au genre n’ont pas été à la hauteur.

Les politiques existantes en matière de santé reproductive et maternelle négligent certains facteurs de risque et sont inefficaces en termes de lutte contre la discrimination sous-jacente. Elles sont en outre rarement appliquées, voire pas du tout.

Une stratégie d’ensemble pour la prévention du prolapsus utérin fait cruellement défaut au Népal. Un projet de stratégie, qui comporte des éléments de prévention, est en attente d’adoption par le gouvernement depuis 2008 – illustration de la consternante absence d’intérêt des autorités pour la question.

Ce retard et l’absence d’urgence observée reflètent un manque de coordination et de volonté politique parmi les ministères concernés au Népal, dont aucun n’était disposé à assumer la pleine responsabilité de la prévention du prolapsus utérin lors des entretiens avec Amnesty International.

La démarche du gouvernement se limite principalement à proposer des interventions chirurgicales (majoritairement des hystérectomies) pour les cas avancés – une approche limitée ne permettant pas de prévenir le problème.

« Le Népal a besoin de toute urgence d’un plan global de prévention du prolapsus utérin, afin de réduire le nombre de femmes et de jeunes filles qui en souffrent. Les ministères doivent cesser de se renvoyer la balle, et prendre leurs responsabilités face à ce fléau qui afflige des centaines de milliers de personnes », a déclaré Madhu Malhotra.

« Le Népal traverse une crise politique prolongée mais ce n’est pas une raison pour s’abstenir d’agir. Le nouveau gouvernement de Sushil Koirala a l’occasion de se pencher sérieusement sur la question du prolapsus utérin. Reconnaître publiquement qu’il s’agit d’une question de droits humains serait une première étape.

« Tout plan de prévention doit inclure de véritables mesures de lutte contre la discrimination liée au genre, et garantir que les femmes et les jeunes filles soient informées au sujet du prolapsus utérin et qu’elles aient la capacité de prendre des décisions concernant leur propre vie. Privées du contrôle de leur corps, de leur santé et de leur vie, les femmes et les jeunes filles du Népal sont prêtes pour le changement. »

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