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Nigéria. Ce qu’il faut savoir sur Boko Haram

Le conflit au Nigeria a coûté la vie à des milliers d’hommes, de femmes et d’enfants, dont beaucoup ont été victimes de Boko Haram. Voici ce qu’il faut savoir sur ce groupe armé qui cause de tels ravages dans le pays le plus peuplé d’Afrique.

Qui est Boko Haram ?

Le groupe appelé Jama atu Ahlis Sunna Lidda a Waati Wal Jihad, plus connu sous le nom de Boko Haram (dont le nom peut se traduire par « L’éducation occidentale est un péché »,), est un groupe armé qui s’oppose à l’autorité laïque.

Ses membres luttent contre l’État nigérian depuis 2009 et mènent une campagne de plus en plus intensive d’attentats, de raids éclair contre des villes et des villages, et d’occupation de villes importantes dans le nord-est du pays.

Ils s’opposent à tout ce qu’ils considèrent comme étant « influencé par l’Occident », notamment les élections et l’éducation laïque.

Depuis 2013, ils ont mené pas moins de 330 raids et bombardements, tuant au moins 5 400 civils dans le nord du Nigeria. Le chiffre réel est sans doute bien plus élevé.

Quels sont les effectifs de Boko Haram et où sont–ils établis ?

On ignore le nombre exact des troupes de Boko Haram. Selon les estimations, le groupe compte au moins 15 000 hommes – même si le chiffre réel est sans doute bien plus élevé.

En janvier 2015, le groupe avait pris le contrôle total et occupait une quinzaine de zones de gouvernement local dans le nord-est du Nigeria. En outre, il contrôlait partiellement plus de 15 autres zones de gouvernement local.

Comment sont-ils organisés ? Qui est leur chef ?

Leur chef politique et spirituel est Abubakar Shekau. Il est à la tête du Conseil des anciens, appelé Shura, et s’est emparé du pouvoir lorsque l’ancien dirigeant, Mohammad Yusuf, a été tué en détention par la police nigériane en 2009.

Cependant, tous les partisans de Mohammad Yusuf n’ont pas rejoint Abubakar Shekau. Selon l’International Crisis Group, Boko Haram se compose de trois à six factions qui, selon les moments, collaborent ou entrent en conflit entre elles.

D’où proviennent les fonds de Boko Haram ?

Les spéculations vont bon train quant à l’origine des armes et de l’argent qui se trouvent aux mains de Boko Haram.

Certains affirment que le groupe entretient des liens avec des responsables politiques nigérians et des groupes djihadistes internationaux qui lui fournissent armes et financement. La majorité de ses fonds, toutefois, proviendrait des pillages des villes, des cambriolages de banques et des rançons. La majorité de ses fonds, toutefois, proviendrait des pillages des villes, des cambriolages de banques et des rançons.

Comment opère Boko Haram ?

Depuis quelques années, Boko Haram mène des attaques meurtrières devenues quasi quotidiennes. En 2014, ces attaques se sont multipliées : on a dénombré près de 230 raids et bombardements, qui ont fait au moins 4 000 victimes civiles. Le chiffre réel est sans doute plus élevé.

Si la majorité des attaques se sont déroulées dans les États de Borno et de Yobe, certaines ont également eu lieu dans les États d’Abuja, d’Adamawa, de Kaduna et de Kano, ainsi qu’au Cameroun.

Menant des attaques éclair, les combattants de Boko Haram entrent dans les villages sur des motos et à bord de voitures et de camions. Ils passent ensuite de maison en maison, et ordonnent aux habitants de se rassembler. Soit ils abattent tous les hommes en âge de combattre, soit ils s’en prennent uniquement à ceux qui, selon eux, ont des liens avec le gouvernement ou l’armée. Bien souvent, ils enlèvent les femmes et les jeunes filles non mariées, comme ils l’ont fait en avril 2014 lors de l’enlèvement de 276 lycéennes de l’internat public de Chibok. L’immense majorité d’entre elles sont toujours portées disparues.

Par ailleurs, les écoles sont la cible d’attaques dans le nord-est du pays : des bâtiments scolaires ont été incendiés ou gravement endommagés, et des enseignants et des élèves ont été tués. De nombreuses écoles ont été contraintes de fermer en raison de ces attaques.

Dans les villes occupées, les combattants de Boko Haram enferment parfois les civils dans certaines maisons et ordonnent à toute personne qui souhaite faire un déplacement de leur en demander la permission. Amnesty International a reçu des informations selon lesquelles Boko Haram a fait usage de la torture pour faire appliquer ses règles, a marié de force des femmes et des jeunes filles à ses membres, et a recruté et utilisé des enfants soldats.

Qui sont les principales victimes ?

Quiconque est considéré comme un partisan des autorités est une cible potentielle, notamment les fonctionnaires, les responsables politiques et les chefs traditionnels. Les communautés qui ont mis sur pied la Force d’intervention conjointe civile, constituée de groupes armés ralliés au gouvernement, sont particulièrement exposées au risque d’être la cible d’attaques délibérées de la part de Boko Haram.

Les forces de Boko Haram s’en prennent aux musulmans et aux chrétiens, mais la plupart de leurs attaques ne sont pas motivées par la religion de leurs victimes.

Pourquoi agissent-ils ainsi ? La religion est-elle leur moteur ?

Boko Haram s’est constitué au départ comme un mouvement opposé à l’autorité du gouvernement laïc. Au fil du temps, ses membres ont commencé à prendre pour cible toutes les personnes associées au gouvernement qu’ils qualifient d’« infidèles », quelle que soit leur religion. Ils s’en prennent également aux leaders islamistes qui ne les soutiennent pas.

Boko Haram cherche à imposer sa règle à la population du nord-est du Nigeria, prétendument inspirée de son interprétation de l’islam. En août 2014, le leader de Boko Haram a proclamé l’établissement d’un « califat » sur son territoire.

Que fait le gouvernement nigérian pour stopper son expansion ?

Le gouvernement nigérian a décrété l’état d’urgence en mai 2013 dans trois États : Borno, Adamawa et Yobe. Il a lancé plusieurs opérations militaires contre Boko Haram. L’état d’urgence a été prolongé à deux reprises et le président a demandé une nouvelle prolongation en novembre 2014, qui doit être approuvée par l’Assemblée nationale. Cependant, Boko Haram ne montre aucun signe d’affaiblissement. Lors des opérations visant à le stopper, l’armée s’est rendue responsable d’une longue liste d’atteintes aux droits humains contre les membres présumés de ce groupe armé, actes de torture et homicides notamment. Des éléments attestent du caractère généralisé et systématique de ces violations imputables à l’armée.

Que fait la communauté internationale pour stopper Boko Haram ?

En mai 2014, le Comité des sanctions contre Al Qaïda du Conseil de sécurité de l’ONU a inscrit Boko Haram sur la liste des sanctions, pour des sanctions financières ciblées et un embargo sur les armes.

Plusieurs États, dont la France, le Royaume-Uni et les États-Unis, se sont engagés à aider le Nigeria à la suite de l’enlèvement des lycéennes à Chibok en avril 2014 : partage de renseignements, formation des troupes nigérianes et efforts conjoints visant à élaborer une stratégie régionale de lutte contre le terrorisme.

Depuis plusieurs années, le Tchad, le Niger et le Nigeria ont mis en place la Force multinationale conjointe (MNJTF) afin d’assurer la sécurité des frontières entre ces pays et en vue de combattre Boko Haram. Le 7 octobre 2014, les pays membres de la Commission du bassin du lac Tchad et le Bénin ont décidé la création d’une nouvelle force multinationale conjointe pour lutter contre Boko Haram. Si son fonctionnement reste à préciser, les États impliqués ont demandé l’autorisation de l’Union africaine et des Nations unies. Et cette force sera à l’ordre du jour des discussions de la réunion du Conseil Paix et sécurité de l’Union africaine (UA) le 29 janvier.

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