Nigeria : Il faut rendre des comptes pour l’homicide d’au moins 45 manifestant·e·s chiites

Une enquête menée par Amnesty International montre que le recours excessif à la force par des soldats et des policiers a provoqué l’homicide d’au moins 45 sympathisant·e·s du Mouvement islamique du Nigeria (MIN) en deux jours, lorsque ce groupe chiite a pris part à une procession religieuse pacifique à travers Abuja.

 * Des éléments solides attestent que des soldats ont utilisé des armes automatiques contre des musulman·e·s chiites qui menaient une action de protestation dans le cadre d’une procession religieuse
 * Au moins 39 manifestant·e·s ont été tués, et 122 blessés, en un seul jour
 * Les victimes incluent des hommes, des femmes et des enfants

Une équipe d’Amnesty International s’est rendue dans cinq lieux différents à Abuja et dans l’État de Nassarawa où des membres blessés du MIN ont été soignés, notamment sur deux sites où des corps ont été déposés. L’organisation a parlé à des victimes, des témoins et des professionnels de santé, et analysé des vidéos et photographies des personnes blessées et tuées durant les manifestations, qui ont eu lieu samedi 27 et lundi 29 octobre.

« Nous avons vu des éléments de l’armée et de la police faire un recours déraisonnable à une force meurtrière contre des membres du Mouvement islamique du Nigeria. Les séquences vidéo et les témoignages disponibles montrent systématiquement que l’armée nigériane a dispersé des rassemblements pacifiques en tirant à balles réelles sans avertissement, en violation flagrante du droit nigérian et du droit international  », a déclaré Osai Ojigho, directeur d’Amnesty International Nigeria.

« Les personnes blessées ont été touchées à divers endroits du corps - tête, cou, dos, poitrine, épaule, jambe, bras - et certaines d’entres elles présentaient plusieurs lésions occasionnées par des balles. Cela montre clairement que des soldats et des policiers ont approché les processions du Mouvement islamique du Nigeria non pas dans le but de rétablir l’ordre public, mais dans celui de tuer.  »

Amnesty International dispose d’éléments montrant que l’armée a employé des armes à feu automatiques durant la manifestation de lundi 29, lors de laquelle au moins 122 manifestants ont été blessés par balle et au moins 39 ont été tués. Au moins six personnes ont perdu la vie lors des actions de protestation de samedi.

L’équipe de recherche de l’organisation a compté 24 corps (23 hommes et une femme) et des sources fiables ont fourni des détails en concernant 21 autres. Dans deux cas, des personnes avaient eu les jambes sectionnées, ce qui, d’après l’analyse du spécialiste d’Amnesty International pour les questions relatives à l’armée et aux armes, correspond à des blessures causées par des mitrailleuses lourdes automatiques telles qu’une Kalachnikov ou une DShK.

«  Il semble que l’armée nigériane utilise délibérément des tactiques visant à tuer lorsqu’il s’agit de faire face aux rassemblements du Mouvement islamique du Nigeria. Un grand nombre de ces tirs constituent clairement des exécutions extrajudiciaires  », a déclaré Osai Ojigho.

«  Cette répression violente contre les manifestants du MIN est injustifiée et inacceptable. Ces personnes avaient tout à fait le droit de prendre part à une procession religieuse et de manifester, et rien n’indiquait qu’elles représentaient une menace imminente à la vie.  »

Un grand nombre de sympathisants blessés du Mouvement islamique du Nigeria se sont fait soigner dans des bâtiments non officiels car il craignaient de se faire arrêter s’ils allaient à l’hôpital.

Un professionnel de la santé près d’Abuja a dit à Amnesty International : «  Depuis lundi, j’ai soigné 57 personnes présentant des blessures par balle, et la plupart avaient encore des balles logées dans le corps. Nous essayons seulement de stabiliser leur état en stoppant l’afflux sanguin avant de les envoyer à l’hôpital. Ce n’est pas idéal parce que nous sommes dans un immeuble en construction, pas un hôpital. J’espère qu’ils iront à l’hôpital aujourd’hui. »

Depuis le massacre de plus de 350 sympathisant·e·s du MIN, à Zaria en 2015, les autorités nigérianes ont systématiquement envoyé l’armée pour faire face aux manifestations ou défilés de ce groupe. Cette stratégie semble être au moins en partie responsable des effusions de sang de samedi et lundi.

Selon certaines sources, des manifestants ont lancé des pierres en réaction au recours à la force meurtrière, et les forces de sécurité ont répliqué avec du gaz lacrymogène et de nouveaux tirs.

«  Nous demandons une nouvelle fois aux autorités nigérianes de mener une enquête impartiale et de traduire en justice les responsables présumés de l’exécution extrajudiciaire de sympathisants du Mouvement islamique du Nigeria, y compris les gradés ayant donné l’ordre de tirer à balles réelles », a déclaré Osai Ojigho.

« Le manquement persistant au devoir d’enquêter sur ces violations flagrantes des droits humains alimente un mépris dangereux pour le caractère sacré de la vie humaine au Nigeria.  »

Le droit international indique clairement que les forces de sécurité assurant le maintien de l’ordre lors de manifestations ne doivent pas utiliser d’armes à feu contre les manifestants, à moins qu’ils ne représentent une menace de mort ou de blessure grave imminente, et seulement s’il n’existe pas de manière moins draconienne de prévenir un tel risque. Les forces de sécurité ne doivent jamais faire usage d’armes à feu pour disperser une manifestation, même lorsque celle-ci devient violente. Les armes à feu ne doivent jamais être utilisées comme un outil tactique pour le maintien de l’ordre lors de manifestations : elles peuvent uniquement être utilisées dans le but de sauver la vie d’autrui.

Les autorités nigérianes ont l’obligation, en vertu du droit international, de garantir qu’une enquête complète et indépendante des homicides attribués aux forces de sécurité soit ouverte et que les responsables, notamment au sein de la chaîne de commandement, rendent compte de leurs actes en vertu du droit pénal.

COMPLÉMENT D’INFORMATION

Le MIN est une organisation religieuse et politique chiite dont le leader, Ibrahim Yaqub El Zakzaky, est adepte de l’islam chiite au Nigeria depuis les années 1980.

Lors de manifestations samedi 27 et lundi 29 octobre, des membres de ce mouvement ont réclamé la libération d’Ibrahim El Zakzaky, dont la détention a été qualifiée d’illégale et d’anticonstitutionnelle par un tribunal fédéral en décembre 2016.

D’après des recherches effectuées par Amnesty International, plus de 350 membres du MIN ont été tués par les forces de sécurité entre le 12 et le 14 décembre 2015 à Zaria (État de Kaduna).

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