Nigéria. La mort d’un homme tabassé par l’armée ne peut rester impunie

Les nouveaux éléments qui indiquent que des militaires nigérians ont roué de coups sept hommes, dont un est mort et six ont été blessés, dans l’État septentrional de Yobe rappellent froidement que certains membres des forces armées doivent être contenus, a déclaré Amnesty International jeudi 26 novembre.

L’organisation appelle les autorités à diligenter sans délai une enquête indépendante car elle a reçu des photographies sur lesquelles le corps d’Ibrahim Bala présentait des traces et des cicatrices attestant des coups reçus. Selon des témoins oculaires, des militaires ont battu cet homme à mort la semaine du 16 novembre.

« Le décès d’Ibrahim Bala est l’une des conséquences de l’impunité dont jouissent les militaires, qui commettent fréquemment des actes de torture et d’autres violations manifestes des droits humains. Les responsables présumés de la mort de cet homme doivent être poursuivis et jugés équitablement, a déclaré Netsanet Belay, directeur de la recherche et des actions de plaidoyer pour l’Afrique à Amnesty International.

Ibrahim Bala, 28 ans, est mort après que des militaires l’ont battu, ainsi que six autres hommes, à Damaturu. Les faits se sont déroulés dans la nuit du 21 novembre et le 22 novembre au matin. Ces hommes avaient été arrêtés dans la soirée à leurs domiciles respectifs à Bundigari, un quartier de la ville. Les militaires les ont roués de coups de matraque devant chez eux puis les ont emmenés à la caserne de Gorang 3, à Damaturu, où ils ont été de nouveau battus le lendemain matin avant d’être libérés.

Ibrahim Bala a été grièvement blessé lors du premier passage à tabac, au point qu’il lui était impossible de se tenir debout ; les autres hommes arrêtés ont dû le porter de la voiture jusqu’aux bâtiments. Il a perdu connaissance lorsque les coups ont repris au matin. Après sa libération, Ibrahim Bala a été conduit par des proches à l’hôpital général Sani Abacha, à Damaturu, où les médecins l’ont déclaré mort l’après-midi même.

Des représentants d’Amnesty International se sont entretenus avec trois témoins de l’arrestation. Ceux-ci ont affirmé avoir vu 10 militaires asséner des coups sur les jambes, le dos et la poitrine des sept hommes au moyen de grosses matraques. Ils ont ajouté que l’armée avait été appelée à cause d’une dispute entre deux jeunes, qui avait commencé vers 21 h 30.

Selon les médias, un porte-parole de l’armée a déclaré qu’il n’était pas au courant de la mort d’Ibrahim Bala mais qu’une équipe d’enquêteurs avait été constituée et que ses conclusions seraient rendues publiques.

Tout porte à croire qu’Ibrahim Bala a succombé aux actes de torture qui lui ont été infligés. Par conséquent, le Nigeria est tenu de diligenter des investigations indépendantes, impartiales, transparentes et efficaces et de veiller à ce que les responsables présumés des faits soient poursuivis et jugés équitablement. À cet effet, il est indispensable qu’une autopsie soit réalisée par un médecin légiste indépendant. Les victimes et leur famille, ainsi que les personnes dont elles ont la charge, ont le droit d’obtenir réparation, y compris une indemnisation, pour le préjudice qu’elles ont subi.

« Les investigations qui doivent aboutir à un rapport public constituent une première étape essentielle dans l’administration de la justice en faveur d’Ibrahim Bala et de sa famille, a déclaré Netsanet Belay.

« Une enquête interne est certes nécessaire, mais les faits en question relèvent d’une pratique bien établie au sein de l’armée qui doit être examinée de manière exhaustive et indépendante. Le président Buhari s’y est engagé et la question doit figurer parmi les priorités du nouveau gouvernement. »

Complément d’information

Amnesty International recueille constamment des informations sur les atteintes aux droits humains commises par le groupe armé Boko Haram et l’armée nigériane, et condamne systématiquement ces actes.

En avril 2015, l’organisation a publié un rapport dont la synthèse en français s’intitule « Notre métier est d’abattre, de massacrer et de tuer. » Boko Haram fait régner la terreur dans le nord-est du Nigeria, et dans lequel elle concluait que Boko Haram avait perpétré des crimes de guerre et des crimes contre l’humanité. En outre, elle appelait les autorités à ouvrir des informations judiciaires sur les membres présumés de ce groupe et à les amener à rendre des comptes.

En juin 2015, elle a publié un autre rapport, dont la synthèse en français s’intitule Des galons aux épaules. Du sang sur les mains. Les crimes de guerre commis par l’armée nigériane. Elle y expliquait que des militaires s’étaient rendus coupables de crimes de guerre et d’actes pouvant s’apparenter à des crimes contre l’humanité. Elle demandait que des investigations soient menées sur ces infractions et pointait du doigt neuf personnes qui, selon elle, devaient faire l’objet d’une enquête pour leur responsabilité individuelle ou hiérarchique présumée.

Photo : © Nichole Sobecki/AFP/Getty Images

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