NIGÉRIA : Pétrole et droits humains

Index AI : AFR 44/031/2004
ÉFAI

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

« Du fait que, contrairement à ses obligations, le gouvernement nigérian ne
protège pas rigoureusement les droits humains, l’exploration et la
production pétrolière dans le delta du Niger donnent lieu à des violations
des droits civiques et politiques, ainsi qu’économiques, sociaux et
culturels », écrit Amnesty International dans un rapport qu’elle rend public
ce mardi 9 novembre 2004.

Intitulé Nigeria : Are human rights in the pipeline ?, le rapport montre
comment les droits fondamentaux d’individus et de populations dans le delta
du Niger ont été violés en raison de pratiques de certaines entreprises
transnationales et d’actes ou d’omissions du gouvernement fédéral du
Nigéria. Trois cas illustrent en outre des processus de consultation
exclusifs et des déversements de pétrole qui n’ont pas été nettoyés. La
Shell Petroleum Development Corporation (SPDC) et la Nigerian Agip Oil
Corporation (NAOC) sont impliquées dans ces affaires qui touchent au droit
de rechercher, de recevoir et de diffuser des informations, au droit à une
vie décente et à un environnement salubre et au droit à un recours effectif
et à obtenir réparation.

« Le gouvernement du Nigéria ne protégeant pas les droits humains de la
population, les entreprises opèrent dans un climat d’irresponsabilité dans
ce domaine qui rend difficile pour les victimes d’atteintes aux droits
humains l’obtention de réparation », a déclaré Michael Hammer, directeur du
programme Afrique d’Amnesty International.

En raison de l’incapacité du gouvernement de fournir les services
essentiels, les compagnies pétrolières financent depuis plusieurs années des
projets à caractère social (routes, cliniques, hôpitaux, etc.) pour les
populations proches de leurs sites d’exploitation. Si certains de ces
projets ont abouti et fourni les services nécessaires, d’autres ne répondent
pas aux besoins ou sont tout simplement inexistants.

« Assurer l’accès de tous aux services de base reste de la responsabilité de
l’État nigérian. La responsabilité des entreprises transnationales consiste
à veiller à ce que dans les zones qu’elles ont volontairement accepté de
desservir, les services soient adaptés et fournis sans discrimination », a
ajouté Salil Tripathi, chercheur dans le domaine des relations économiques.

Certaines populations ne bénéficiant pas des mêmes avantages que celles qui
sont proches des zones d’exploitation pétrolière ainsi que celles qui ne
sont pas incluses dans les projets de développement des entreprises
transnationales éprouvent parfois une certaine rancœur. La population
considère dans certains cas que les compagnies pétrolières opèrent
arbitrairement sur leur terre sans consultation préalable.

Ces griefs sont l’une des raisons de l’escalade de la violence qui aurait
fait un millier de victimes dans le delta du Niger en 2003, d’après des
spécialistes en matière de conflit et de sécurité. Selon les calculs
qu’Amnesty International a réalisés à partir des informations diffusées tant
localement qu’à l’étranger, environ 670 personnes auraient été tuées dans
les États du Delta, de Rivers et de Bayelsa en 2004, ce bilan incluant les
victimes des violences qui ont eu lieu fin août 2004.

En septembre 2004, Amnesty International a reçu plusieurs informations
faisant état d’attaques menées par les forces militaires fédérales contre la
population civile. Ainsi, le 6 septembre 2004, dans la ville de Tombia entre
Asaritoru et Alakiri aurait été bombardée par des avions militaires. Ces
raids auraient coûté la vie à un nombre indéterminé de personnes et entraîné
la destruction de l’église luthérienne de St Stephan. Selon des témoins, les
centaines de personnes qui ont cherché refuge dans l’église ont peut-être
été tuées.

Dans plusieurs cas, les griefs à l’encontre des compagnies pétrolières se
transforment en hostilité, ce qui se traduit par l’enlèvement de membres de
leur personnel, le sabotage de leurs installations et des actes de violence.
Ces compagnies se tournent alors vers les forces de sécurité de l’État pour
qu’elles assurent la protection de leur personnel et de leurs installations.
Mais il arrive que ces forces agissent arbitrairement et utilisent une force
disproportionnée.

Même si les activités des transnationales ne sont pas la seule cause de la
violence dans le delta du Niger, Amnesty International estime que l’État a
la responsabilité directe de veiller à ce qu’elles respectent les droits
humains là où elles opèrent.

« Les compagnies pétrolières et le gouvernement, tant au niveau de chaque
État qu’au niveau fédéral, doivent prendre de toute urgence les mesures
voulues pour mettre fin aux atteintes aux droits civiques, politiques,
économiques, sociaux et culturels dont beaucoup de Nigérians sont victimes
et prendre en compte les griefs exprimés par les différentes communautés.

« Les entreprises qui sont au Nigéria doivent, si elles ne le font pas déjà,
agir dans le cadre de la législation du Nigéria et éviter toute opération
qui risque de contribuer directement ou indirectement à des atteintes aux
droits humains. Elles doivent agir dans le cadre des Normes des Nations
unies sur les responsabilités des sociétés transnationales et autres
entreprises commerciales en matière de droits de l’homme », a conclu Salil
Tripathi.

Amnesty International estime que le Nigéria, principal producteur de pétrole
en Afrique, a la responsabilité d’établir des normes qui soient applicables
dans l’ensemble de la région.

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