Communiqué de presse

Nigeria. Shell pourrait recevoir d’autres demandes de réparation après un jugement historique en matière d’environnement

Alors qu’un jugement historique en matière d’environnement vient d’être donné, Shell tente de manière désespérée de le retourner en sa faveur !

Un jugement historique prononcé par la justice britannique annonce que Shell sera finalement tenu de rendre des comptes pour la pollution aux hydrocarbures qui a causé des ravages dans le delta du Niger, a déclaré Amnesty International.

« La décision de vendredi 20 juin est un avertissement à l’adresse de Shell », a déclaré Audrey Gaughran, directrice du programme Thématiques mondiales d’Amnesty International.

« Le message du tribunal est clair - si vous ne prenez pas les mesures qui s’imposent pour protéger vos oléoducs contre le sabotage, vous pourriez être tenus responsables pour les dégâts causés. »

Dans la décision prononcée par le juge Robert Akenhead, le tribunal des technologies et de la construction de Londres a estimé que sans aller jusqu’à demander à la police ou à l’armée de défendre ses oléoducs, Shell avait le devoir de prendre des dispositions raisonnables pour les protéger. Cela inclurait des mesures telles que l’installation de systèmes de détection des fuites, d’équipements de surveillance et de matériel antivol.

Le jugement autorise les requérants nigérians à demander réparation dans les cas où les fuites d’hydrocarbures ont résulté d’un acte de sabotage ou d’un vol - à condition que ceux-ci soient dus à une « négligence de la part du titulaire [du permis] ou de ses agents, personnels d’entretien ou ouvriers, concernant la protection, la maintenance ou la réparation de toute structure ou tout article nécessaire aux activités de l’entreprise ».

Et pourtant, à peine quelques minutes après le jugement, Shell a publié un communiqué de presse contenant notamment les propos suivants : « un juge anglais se prononce en faveur de la filiale nigériane de Shell. »

« La version des faits donnée par Shell dans cette affaire continue à défier la raison », a déclaré Audrey Gaughran.


« Sa réaction est celle d’une entreprise prête à tout pour éviter d’avoir à rendre des comptes pour des années d’échec. »

Shell a systématiquement refusé de donner des précisions sur l’ancienneté ou l’état de son oléoduc. Depuis des années, Shell affirme que la pollution massive aux hydrocarbures liée à ses opérations est due au vol de pétrole et à d’autres activités illégales. La compagnie n’a cependant pris quasiment aucune véritable mesure pour prévenir ce vol et sécuriser ses oléoducs.

Dans son rapport de 2013 intitulé Bad Information : Oil Spill Investigations in the Niger [fond jaune]Delta[/fond jaune], Amnesty International a montré qu’une grande partie des déclarations de Shell sur la pollution aux hydrocarbures dans la région étaient « profondément suspectes et souvent fausses ».

Des infrastructures vulnérables ont été laissées à la merci des vandales et des voleurs. Autre fait alarmant, certains éléments ayant émergé l’an dernier donnent à penser que même les prestataires de Shell ont pu prendre part au vol de pétrole.

La décision prononcée vendredi 20 juin est un tournant important dans le combat qui dure depuis des décennies pour obtenir justice dans le delta du Niger, où la pollution associée aux opérations de Shell a eu un effet dévastateur.

Elle a été rendue dans le cadre d’une procédure civile engagée par des habitants de la ville de Bodo, dans le delta du Niger. Cette population a subi deux énormes déversements en 2008 et 2009, après qu’un vieil oléoduc de Shell a connu des fuites.

« Depuis plus de cinq ans, les habitants de Bodo vivent tous les jours avec les conséquences dévastatrices de ces épanchements », a déclaré Joe Westby, chargé de campagne pour la responsabilisation des entreprises à Amnesty International, s’exprimant depuis le tribunal.

« Le jugement de vendredi 20 juin est une avancée importante dans la quête de justice de cette population qui a connu de nombreuses privations. »

Amnesty International se mobilise depuis 2009 pour que Shell reconnaisse les dégâts environnementaux causés par ses activités, qui ont détruit des sources de revenus et mis en danger la santé de milliers de personnes vivant à proximité des installations pétrolières de cette entreprise dans le delta du Niger.

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