Nigeria, Trois ans après le mouvement #EndSARS, au moins 15 protestataires sont toujours incarcérés à Lagos

Mémorial du Mouvement Endsars

Trois ans se sont écoulés depuis la violente répression des manifestations nationales du mouvement #EndSARS contre les violences policières, et au mois 15 des protestataires sont toujours incarcérés – dans la plupart des cas sans avoir été jugés – dans les centres de détention de Kirikiri et d’Ikoyi, dans l’État de Lagos.

Les autorités nigérianes ont accusé de façon fallacieuse un grand nombre des protestataires d’infractions telles que : vol, incendie volontaire, possession d’armes illégales et meurtre. Certaines des personnes détenues disent avoir été soumises à la torture.

« Nos investigations montrent que les autorités nigérianes méprisent profondément les droits humains. Trois années de détention sans jugement, c’est une parodie de justice. Cela témoigne du mépris dans lequel les autorités tiennent les garanties procédurales. Les protestataires doivent être libérés immédiatement et sans condition », a déclaré Isa Sanusi, directeur d’Amnesty International Nigeria.

Sept protestataires du mouvement #EndSARS – Daniel Joy-Igbo, Sodiq Adigun, Sunday Okoro, Olumide Fatai, Oluwole Isa, Shehu Anas, et Akiniran Oyetakin – arrêtés à Lagos en 2020 sont détenus de façon arbitraire dans le centre de détention de Kirikiri.

« Depuis ma mise en examen en décembre 2020, je suis enfermé en prison sans avoir jamais été jugé. Il n’y a pas eu d’ajournement pour mon affaire. Je n’ai pas été conduit devant un tribunal depuis décembre 2020 »

Daniel Joy-Igbo, un manifestant béninois du mouvement #EndSARS qui a été arrêté à Lagos en octobre 2020 et qui a aussi été détenu au poste de police de Bar Beach, au Département des enquêtes criminelles de l’État de Lagos, à Panti, et dans les locaux du SARS à Ikeja, a déclaré à Amnesty International :

« Depuis ma mise en examen en décembre 2020, je suis enfermé en prison sans avoir jamais été jugé. Il n’y a pas eu d’ajournement pour mon affaire. Je n’ai pas été conduit devant un tribunal depuis décembre 2020. »

Sodiq Adigun, qui a également arrêté en octobre 2020 et qui a été détenu dans un premier temps au Département des enquêtes criminelles de l’État de Lagos, à Panti, a déclaré à Amnesty International :

« Il faut que le gouvernement me libère. Je suis détenu depuis 2020 sans avoir été jugé. Je suis innocent. Ma vie a été brisée. J’ai besoin de ma liberté. »

Huit protestataires du mouvement #EndSARS – Segun Adeniyi, Onuorah Odih, Jeremiah Lucky, Gideon Ikwujomah, Irinyemi Olorunwanbe, Quadri Azeez, Olamide Lekan et Sadiq Riliwan – sont détenus sans jugement dans le centre de détention d’Ikoyi, dans l’État de Lagos, depuis 2020.

« Toutes les personnes placées en détention doivent être relâchées immédiatement et sans condition. »

Torture en détention

« À un moment, comme je ne pouvais plus supporter la torture, j’ai dit à l’inspecteur que j’allais avouer. À ce moment-là, j’étais sur le point de mourir. Ils m’ont décroché. J’ai encore la cicatrice de la coupure de machette sur le cou »

De nombreuses personnes ayant manifesté pacifiquement dans le cadre du mouvement #EndSARS ont été soumises à la torture et à d’autres mauvais traitements pendant leur détention depuis 2020. Figure au nombre de ces personnes Oluwole Isa, actuellement détenu dans le centre de détention de Kirikiri, qui a décrit à Amnesty International le traitement qui lui a été infligé pendant sa détention dans un centre du SARS à Ikeja :

« On m’a attaché avec une corde. On m’a penché en avant et attaché les mains et les pieds ensemble dans le dos. Ils ont passé une tige en fer entre mes pieds et mes mains attachés. Et cette tige en fer, ils l’ont suspendue à une barre en fer. Ensuite, ils ont commencé à me frapper avec une machette et des matraques en bois. Ils voulaient me forcer à admettre ma participation aux actes de vandalisme commis pendant les manifestations #EndSARS. À un moment, comme je ne pouvais plus supporter la torture, j’ai dit à l’inspecteur que j’allais avouer. À ce moment-là, j’étais sur le point de mourir. Ils m’ont décroché. J’ai encore la cicatrice de la coupure de machette sur le cou… »

Résurgence des violences policières

Alors qu’elle affirme systématiquement avoir réformé en profondeur les forces de police à la suite des manifestations du mouvement #EndSARS, la police nigériane continue de commettre régulièrement des violations des droits humains, notamment des exécutions extrajudiciaires, des actes de harcèlement, des placements en détention arbitraire et des actes d’extorsion, presque en totale impunité, a déclaré Amnesty International Nigeria.

Ne serait-ce que l’an dernier, Amnesty International a rassemblé des informations sur l’homicide illégal d’au moins six personnes par des membres des forces de l’application des lois. Citons au nombre des victimes Gafaru Buraimoh, 31 ans, tué à Lagos le 6 décembre 2022 ; Onyeka Ibe, tué le 5 avril 2023 dans l’État du Delta pour avoir refusé de payer un pot-de-vin d’un montant de 100 nairas ; Faiz Abdullahi, mort en détention à Kaduna le 30 juillet 2023 après avoir été torturé pendant son interrogatoire ; et Abdullahi Tukur Abba, un étudiant de 17 ans décédé à l’hôpital après avoir, semble-t-il, été torturé pendant sa détention par la police à Yola, dans l’État d’Adamawa, le 5 août 2023.

« Tout changement intervenu à la suite des manifestations #EndSARS disparaît très rapidement, les violences policières devenant de nouveau un élément du quotidien pour la population partout au Nigeria. Les cas récents d’exécutions extrajudiciaires et d’extorsion montrent que la police n’est pas prête à effectuer sa mission dans le respect des normes internationales relatives aux droits fondamentaux. La réforme des services de police du Nigeria ne pourra pas devenir une réalité tant que l’impunité continuera de faire partie intégrante du mode de fonctionnement de la police », a déclaré Isa Sanusi, directeur d’Amnesty International Nigeria.

Les autorités nigérianes doivent prendre des mesures concrètes et efficaces pour mettre fin à l’impunité de la police, notamment en ordonnant clairement aux policiers et policières de ne pas violer les droits humains. Les fonctionnaires soupçonnés de violations des droits humains doivent être déférés à la justice dans le cadre d’une procédure équitable et sans recours à la peine de mort. De véritables réformes doivent être engagées pour mettre fin aux nombreuses violations des droits humains commises par la police. Le Nigeria a l’obligation de veiller à ce qu’aucun acte de torture ou autre mauvais traitement ne soit commis quelles que soient les circonstances.

Complément d’information

Le 8 octobre 2020, des Nigérian·e·s sont descendus dans la rue pour protester contre les atrocités commises par la Brigade spéciale de répression des vols (SARS), une unité de la police nigériane chargée de lutter contre les crimes violents. Le 20 octobre 2020, au moins 12 manifestant·e·s pacifiques ont été tués à Alausa et Lekki, dans l’État de Lagos, par des membres des services de sécurité. Au moins 56 personnes ont perdu la vie à travers le pays pendant ces manifestations. Parmi les victimes figurent des manifestant·e·s et des casseurs qui auraient été recrutés par les autorités pour s’opposer aux manifestant·e·s. Dans de nombreux cas, les forces de l’ordre et les forces de sécurité ont eu recours à une force excessive pour tenter de contrôler ou d’arrêter les manifestations.

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