« On peut échapper aux bombes, mais pas à la faim »

Ces 10 derniers mois, quelque 20 000 personnes ont fui l’État du Kordofan méridional (Soudan) ravagé par le conflit, franchissant la frontière qui est en proie à une instabilité accrue pour atteindre Yida, un camp isolé de réfugiés situé au Soudan du Sud nouvellement indépendant, non loin de là.

Ils ont laissé derrière eux une terrifiante campagne de bombardements aériens et d’attaques au sol lancés par les forces armées soudanaises, que des combats nourris opposent à l’Armée populaire de libération du Soudan-Nord (APLS-N) pour le contrôle du Kordofan méridional.

Nous sommes à Yida depuis plusieurs jours et avons entendu de nombreux réfugiés décrire la peur, la violence et les difficultés les ayant poussés à quitter leur domicile pour entreprendre des périples exténuants, longs de plusieurs jours, à pied, sous le soleil de plomb et la chaleur implacable du mois d’avril en Afrique de l’Est.

Et ils continuent à déferler.

Au cours de la semaine écoulée, le nombre de nouveaux arrivants à Yida a considérablement augmenté. Ce matin, nous avons recueilli les témoignages de plusieurs réfugiés au sein d’un groupe de plus de 200 personnes arrivées ces deux derniers jours seulement. La plupart ont fui avec leur famille entière – avec des bébés et de jeunes enfants, ainsi que des personnes âgées. Certains ont parlé d’attaques spécifiques menées ces dernières semaines qui les ont incités à prendre la décision définitive et très difficile de quitter le Kordofan méridional.

Mais surtout, ils ont tous décrit la faim, de plus en plus présente, comme la goutte d’eau ayant fait déborder le vase. Un homme a même déclaré que sa famille et lui s’étaient habitués à courir et à se cacher dans des grottes en pleine montage afin de fuir les bombardements aériens. Mais comme il l’a expliqué, « on n’échappe pas à la faim. »

Un autre homme, âgé de 30 ans, vient d’arriver à Yida avec ses deux épouses et leurs huit enfants, sa sœur et ses cinq enfants, sa mère et sa grand-mère, une dame âgée. Tous les enfants ont moins de 14 ans. Il a déclaré : « On préfèrerait tous être à la maison, mais quand vos enfants pleurent en permanence parce qu’il n’y a rien à manger, vous devez aller voir ailleurs. »

Les combats constants ont eu pour effet une raréfaction de la nourriture, puis une pénurie. Nous avons parlé avec plusieurs paysans lundi matin ; ils nous ont expliqué que les bombardements constants les avaient simplement empêchés de cultiver leurs terres et de faire des récoltes. Le gouvernement soudanais a en outre bloqué l’acheminement de l’aide humanitaire dans les zones se trouvant sous le contrôle de l’APLS-N au Kordofan méridional.

Le désespoir a conduit certaines personnes à consommer des morceaux d’écorce, des feuilles et toute autre substance comestible afin de rester en vie.

Leur situation est devenue d’autant plus désespérée que la saison des pluies s’annonce. De nombreuses zones seront bientôt sous l’eau. D’autres seront coupées du monde et inaccessibles.

Ceux qui pensent gagner Yida savent qu’ils doivent le faire maintenant. Les réfugiés qui nous ont parlé ont dit que de nombreux autres vont leur emboîter le pas.

La situation est devenue de plus en plus difficile ces dernières semaines, à mesure que les relations entre le Soudan et le Soudan du sud se dégradaient.

La culmination des désaccords sur des zones riches en pétrole que les deux pays se disputent le long de la frontière, zone cristallisant les tensions, a pris la forme d’incursions transfrontalières, de bombardements, d’occupations et de discours incendiaires, qui semblent destiner les deux gouvernements à une véritable guerre.

Cela n’est qu’une raison supplémentaire d’essayer de se mettre en lieu sûr avant que les choses ne dégénèrent complètement.

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