Ouganda. Réprimée, l’opposition peine à se faire entendre

La police ougandaise a arrêté arbitrairement des responsables politiques de l’opposition et eu recours à une force excessive pour mettre fin à des rassemblements politiques pacifiques, limitant ainsi la possibilité pour les Ougandais de recevoir des informations et de s’engager aux côtés de personnalités politiques à l’approche des élections, écrit Amnesty International dans un nouveau rapport rendu public lundi 7 décembre à Kampala.

Fondé sur 88 entretiens avec des victimes de torture, des témoins oculaires et des responsables de la police, ainsi que sur l’analyse d’enregistrements vidéo, le rapport intitulé “We come in and disperse them” : Violations of the right to freedom of assembly by the Ugandan police rassemble des informations sur des violations des droits humains commises entre juillet et octobre 2015. Des personnalités politiques de l’opposition, y compris les candidats à l’élection présidentielle, ont été arrêtées plusieurs fois « à titre préventif » et la police a utilisé du gaz lacrymogène et des balles en caoutchouc contre des manifestants pacifiques sans discrimination.

« Tous les Ougandais doivent être libres de participer à des rassemblements politiques et de s’engager aux côtés des candidats, quelle que soit leur choix politique, a déclaré Muthoni Wanyeki, directeur régional d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Est, la Corne de l’Afrique et les Grands Lacs.

« Les autorités doivent mettre fin immédiatement au harcèlement et aux actes de torture dont des opposants politiques sont victimes et diligenter de toute urgence une enquête approfondie et transparente sur le recours à une force excessive contre des manifestants pacifiques. Toute personne présumée responsable de ces violences doit être traduite en justice. »

Le président en exercice, Yoweri Museveni, briguera un cinquième mandat lors du scrutin prévu pour le 18 février 2016. En attendant, les arrestations de personnalités politiques de l’opposition empêchent celles-ci de mener une véritable campagne.

À l’occasion du lancement de la campagne pour les élections législatives, le 7 décembre, Amnesty International exhorte l’État ougandais à publier des directives conformes aux normes internationales concernant le maintien de l’ordre pendant les rassemblements, y compris l’utilisation de gaz lacrymogène.

Le 9 juillet, deux candidats à l’élection présidentielle représentant des partis d’opposition – Kizza Besigye et l’ancien Premier ministre Amama Mbabazi – ont été arrêtés « à titre préventif ». Bien qu’ils aient été libérés le jour même, ils n’ont pas pu assurer les meetings prévus avec les électeurs.

Au moment de leur arrestation, ils étaient en pourparlers avec d’autres dirigeants politiques en vue de créer l’Alliance démocratique (TDA), une coalition au nom de laquelle ils envisageaient de présenter un candidat unique face au président Museveni.

Le 10 juillet, sept membres de la section jeunesse de la TDA ont été arrêtés à la fin d’une conférence de presse organisée à Kampala pour dénoncer l’arrestation de Kizza Besigye et d’Amama Mbabazi.

Six jours plus tard, Vincent Kaggwa, le porte-parole d’un groupe allié à Amama Mbabazi, a été arrêté à Kampala et détenu au secret durant quatre jours. Pendant ce temps, la police refusait d’indiquer à son épouse où il se trouvait. Lorsqu’il a été libéré, il a expliqué que des policiers lui avaient ordonné de se déshabiller et l’avaient aspergé d’eau froide à haute pression au niveau du bas-ventre, ce qui lui avait occasionné une douleur extrêmement vive. Amnesty International considère que cet homme a été victime d’une disparition forcée et torturé.

Christopher Aine, le responsable de la sécurité d’Amama Mbabazi, a été arrêté à Kampala le 14 septembre. Il affirme avoir été frappé au moyen de barres de fer et de bâtons en détention. Lorsque des représentants d’Amnesty International se sont entretenus avec lui, le jour de sa libération, son corps était couvert de coupures et d’ecchymoses et portait des marques de torture.

La police a empêché Kizza Besigye de se rendre à Rakungiri, dans l’ouest du pays, le 10 octobre et a arrêté des membres de son équipe. Fatuma Zainab a été traînée sur le sol par des policiers jusqu’à ce que ses vêtements commencent à se déchirer.

La police a fréquemment recours à une force excessive pour mettre fin à des rassemblements politiques organisés par des partis d’opposition. Amnesty International s’est procuré un enregistrement vidéo montrant des policiers qui lancent des bombes lacrymogènes et tirent des balles en caoutchouc sur une foule pacifique dans la ville de Soroti.

Pour justifier ses abus, la police invoque la Loi relative au maintien de l’ordre public, un texte controversé qui impose toute une série de restrictions en cas de réunion publique, notamment l’obligation pour les organisateurs de prévenir la police.

Compte tenu de l’importance capitale que le droit de réunion revêt aux termes du droit international, les autorités doivent s’abstenir d’avoir recours à une force excessive pour mettre fin à des rassemblements publics, même si elles les considèrent comme illégaux.

« Les rassemblements pacifiques doivent être autorisés sans réserve et l’utilisation de la force contre des participants ne saurait être tolérée. Il est choquant et inacceptable que la police tente de justifier ses abus, a déclaré Muthoni Wanyeki.

«  Les autorités doivent prendre des mesures afin de canaliser les policiers à l’approche des élections et de veiller à ce que les interventions des forces de sécurité soient conformes aux normes nationales et internationales. »

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