Communiqué de presse

Ouzbékistan : Action devant l’ambassade pour faire libérer une prisonnière d’opinion victime de torture

Amnesty International a remis aux autorités ouzbèkes les quelque 4000 pétitions récoltées en Belgique en faveur de la libération immédiate et sans condition de Dilorom Abdoukadivora, torturée et emprisonnée depuis 2010 après avoir été arrêtée lors d’une manifestation pour de meilleures conditions économiques dans son pays.

Dilorom Abdoukadirova purge actuellement une peine de 18 ans de prison pour des charges fallacieuses, à savoir tentative de renversement de l’ordre constitutionnel et violation du règlement de la prison.

Nous déplorons que, malgré des allégations crédibles selon lesquelles Dilorom Abdoukadivora aurait été soumise à des actes de torture et des mauvais traitements, aucune investigation n’ait été menée à ce jour sur ces allégations et aucun responsable présumé n’a été identifié ni traduit en justice”, explique Philippe Hensmans, directeur de la section belge francophone d’Amnesty International.

Une dizaine de militants d’Amnesty International étaient assis sur des chaises devant l’ambassade d’Ouzbékistan, les mains attachées dans le dos, avec un sac noir sur la tête en référence à la méthode de torture la plus couramment utilisée en Ouzbékistan. D’autres ont brandi des slogans contre la torture ainsi que la photo de cinq victimes de torture ouzbèkes.

Cette action, qui s’intègre dans la campagne internationale contre la torture qu’Amnesty a lancée au niveau mondial en mai dernier, est l’une des onze organisées dans différents pays au même moment pour mettre en lumière le cas de Dilorom Abdoukadivora et la pratique courante de la torture en Ouzbékistan.

Trente ans après l’adoption de la Convention contre la torture par les Nations Unies le 10 décembre 1984, Amnesty International accuse de nombreux gouvernements du monde entier de ne pas tenir leurs engagements en ce qui concerne l’élimination de la torture. Au cours de ces cinq dernières années, Amnesty a en effet enregistré des cas de torture et de mauvais traitements dans 141 pays, dont l’Ouzbékistan, où de nombreux rapports attestent que des personnes sont torturées et victimes de mauvais traitements commis par les forces de sécurité et les gardiens de prison alors qu’aucune organisation indépendante n’a été autorisée à les évaluer.

"La torture en Ouzbékistan est une pratique généralisée et courante. Le gouvernement continue de mentir à ce sujet, plutôt que d’agir pour y mettre un terme. Cela doit cesser, a déclaré Maisy Weicherding, chercheuse sur l’Ouzbékistan à Amnesty International. La communauté internationale et l’Union européenne en particulier doivent prendre en compte la pratique généralisée de la torture en Ouzbékistan dans le cadre de toutes leurs relations bilatérales."

L’Ouzbékistan semble déterminé à échapper à toute surveillance internationale. Ces dernières années, aucune organisation internationale indépendante, y compris Amnesty International, n’a pu se rendre librement dans le pays pour effectuer une surveillance indépendante des droits humains.

Complément d’information

Dilorom a fui son pays en 2005 à la suite de manifestations à Andijan, où les forces de sécurité ont ouvert le feu sur les manifestants, tuant des centaines d’entre eux, pour la plupart non armés. Elle a été arrêtée en 2010, lorsqu’elle est retournée en Ouzbékistan pour retrouver sa famille, après avoir passé cinq années en exil. À l’issue d’un procès inique, Dilorom a été condamnée à 10 ans d’emprisonnement pour « tentative de renversement de l’ordre constitutionnel ». En 2012, elle a vu sa peine alourdie et a écopé de huit années supplémentaires de détention pour « violation délibérée du règlement de la prison ». Lorsqu’ils l’ont vue au tribunal, en avril 2010, ses proches l’ont trouvée amaigrie et marquée par des ecchymoses au visage.

Les signatures pour cette pétition ont été recueillies dans 123 pays et les membres et sympathisants d’Amnesty International ont mené des actions en Allemagne, en Autriche, en Belgique, en Espagne, en France, en Irlande, en Italie, en Lettonie, en Pologne, au Royaume-Uni et en Suisse.

Amnesty International demande qu’une enquête soit menée sur les allégations de torture en détention formulées par quatre autres prisonniers en Ouzbékistan :

Azam Farmonov, prisonnier d’opinion, membre de l’Association des droits humains d’Ouzbékistan, purge une peine de neuf ans de prison. Arrêté en 2006, il a été inculpé d’extorsion au terme d’un procès inique. À plusieurs reprises, la famille d’Azam Farmonov a fait savoir qu’il avait été torturé et victime de mauvais traitements en prison.

Erkin Moussaïev
, ancien fonctionnaire au ministère de la Défense, travaillait pour le Programme de développement des Nations unies en Ouzbékistan, lorsqu’il a été arrêté en janvier 2006. À la suite de trois procès, tenus dans des conditions non équitables en 2006 et 2007, il a été condamné à un total de 20 ans d’emprisonnement pour trahison et abus de pouvoir. Sa famille affirme qu’il a été torturé pour le contraindre à « avouer ».

Mourad Djouraïev, ancien membre du Parlement ouzbek, a été incarcéré à l’issue d’un procès inique pour des charges motivées par des considérations politiques. Avant son procès, son entourage a assuré que Mourad Djouraïev avait été torturé par la police pendant sa détention provisoire et contraint de faire des « aveux ». Il est détenu dans des conditions cruelles, inhumaines et dégradantes, et son état de santé s’est considérablement détérioré.

Muhammad Bekjanov, rédacteur en chef du journal d’opposition politique Erk (Liberté), journal interdit, a été condamné en août 1999 à 15 ans de prison, à l’issue d’un procès ayant bafoué les normes internationales. Durant son procès, il a déclaré avoir été torturé lors de sa détention provisoire dans le but de lui faire « avouer » des charges fabriquées de toutes pièces.

Mouhammad Bekjanov devait être libéré en février 2012, mais le tribunal l’a condamné à quatre ans et huit mois d’emprisonnement supplémentaires pour avoir enfreint le règlement de la prison. Selon sa famille, son état de santé se détériore rapidement depuis quelques années et il ne reçoit pas les soins médicaux dont il a besoin.

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