PAKISTAN : Ayub Masih vient d’être acquitté, mais la Loi relative au blasphème doit être amendée

Index AI : ASA 33/026/02

Amnesty International accueille avec satisfaction la décision de la Cour suprême qui a, vendredi dernier, acquitté Ayub Masih, déclaré coupable de blasphème et condamné à mort. L’organisation appelle les autorités pakistanaises à prendre de toute urgence des mesures pour garantir sa sécurité après sa libération.

Ayub Masih a été emprisonné en 1996 pour avoir, paraît-il, exprimé des opinions contre l’Islam. Il a été maltraité à plusieurs reprises en détention. Amnesty International pense que cette accusation de blasphème était en fait motivée par un litige foncier dans son village.

" Au Pakistan, la Loi relative au blasphème est fréquemment détournée et employée abusivement dans le but de faire incarcérer des personnes pour des inimitiés religieuses. Elle constitue également un instrument commode pour faire emprisonner des personnes en cas de litige foncier ou de rivalité professionnelle ", a déclaré Amnesty International.

En avril 2000, le président Parvez Moucharraf avait annoncé des changements de procédure dans l’application de cette loi afin de diminuer les risques d’abus. L’amendement a cependant été retiré en mai, au motif que les oulema (docteurs de la foi) et la population l’avaient " unanimement " exigé.
Cette loi, qui dispose que toute personne reconnue coupable de blasphème doit systématiquement être condamnée à mort, contribue à installer un climat propice aux violences religieuses. Amnesty International réitère son appel au gouvernement pakistanais pour qu’il prévienne les abus et modifie ou abolisse cette loi.

En juin, un autre prisonnier d’opinion condamné à mort pour blasphème, Yousuf Ali, a été assassiné par des codétenus dans une prison de Lahore. Convaincue que ce meurtre n’a pu être perpétré sans l’accord tacite du personnel pénitentiaire, Amnesty International a adressé une lettre au président Moucharraf, lui demandant de prendre de toute urgence des mesures afin de garantir la sécurité de toute personne incarcérée sous l’inculpation de blasphème.

Contexte
Le 27 avril 1998, Ayub Masih, chrétien originaire du village de Chak 353/EB, canton d’Arifwala, district de Sahiwal, au Pendjab, a été condamné à mort par un tribunal de Sahiwal pour blasphème, aux termes de l’article 295-C du Code pénal. Cet homme de trente ans avait été arrêté le 14 octobre 1996 sur la base des allégations d’un musulman qui s’était déclaré offensé car Ayub Masih lui aurait dit que le christianisme était " dans le vrai " et qu’il devrait lire Les Versets sataniques de l’auteur britannique Salman Rushdie ; le plaignant avait ajouté qu’une bagarre avait suivi cet échange de propos.

L’évêque catholique de Faisalabad, John Joseph, a fait observer que les accusations semblaient motivées par un litige foncier opposant villageois chrétiens et musulmans. La famille d’Ayub Masih avait sollicité un terrain dans le cadre d’un programme gouvernemental d’attribution de parcelles aux villageois sans terre pour la construction de maisons. Le zamindar (propriétaire féodal) local et d’autres habitants du village s’y étaient, semble-t-il, opposés, car les familles chrétiennes étaient installées sur des terres fournies par les propriétaires en échange de travail – un système qui profite énormément à ces derniers. Plusieurs familles ont été chassées du village et des chrétiens ont été battus après l’enregistrement de la plainte contre Ayub Masih. L’évêque John Joseph s’est suicidé en mai 1998 pour protester contre la condamnation à mort d’Ayub Masih, qui a été suivie de manifestations pacifiques de la communauté chrétienne dans tout le pays.

L’avocat d’Ayub Masih a indiqué que l’accusation ne reposait que sur le témoignage du plaignant qui n’était corroboré par aucun autre élément matériel. La haute cour de Lahore a accepté en mai 1998 d’examiner l’appel contre la condamnation à mort. Une requête a été introduite le 12 décembre 1999 en vue d’obtenir qu’il soit statué rapidement sur l’appel. Trois ans après la déclaration de culpabilité d’Ayub Masih, la haute cour de Lahore a examiné cet appel et confirmé le jugement et la condamnation à mort le 25 juillet 2001. Ayub Masih, qui est détenu à Multan, aurait été attaqué en janvier 1999 et blessé par quatre autres condamnés à mort ; aucune mesure ne semble avoir été prise contre les agresseurs. Selon certaines sources, son état de santé s’est considérablement dégradé depuis son incarcération et l’administration pénitentiaire ne lui a pas prodigué les soins nécessaires

Toutes les infos

Infos liées

Toutes les actions

Actions liées

Les Rohingyas persécutés et privés d’aide humanitaire

Au Myanmar, les forces de sécurité mènent une campagne violente et sans pitié contre les Rohingyas. Il faut agir pour que cela cesse