Pakistan. La colère monte tandis que se poursuivent les disparitions forcées


COMMUNIQUÉ DE PRESSE

ASA 33/052/2006

En dépit d’une montée de la colère au Pakistan face à la pratique des disparitions forcées, le gouvernement n’a toujours pas admis être responsable de la détention arbitraire de centaines de personnes dans des lieux tenus secrets – et de nouvelles disparitions forcées continuent d’être signalées.

À l’occasion d’une semaine de manifestations organisée par la Human Rights Commission of Pakistan (HRCP, Commission des droits humains du Pakistan) contre les disparitions forcées, Amnesty International publie une mise à jour de son rapport de septembre, révélant de nouvelles affaires de « disparitions » ; l’organisation décrit également comment les familles à la recherche de proches ont commencé à s’organiser en groupes de protestation.

« Le gouvernement pakistanais doit traiter cette question de façon urgente et avec le sérieux que la question mérite – nous ne parlons pas ici seulement du sort de centaines de personnes mais également des répercussions catastrophiques de cette situation sur leurs familles. Nous nous trouvons là face à de graves violations du droit international »
, a déclaré Angelika Pathak, chargée de recherches pour l’Asie du Sud à Amnesty International.

Le président Parvez Moucharraf a rejeté d’emblée le rapport de septembre, refusant de répondre aux questions d’un journaliste de la BBC à son sujet. D’autres responsables gouvernementaux ont réagi de la même manière. Le secrétaire général du ministère des Affaires étrangères, Riaz Mohammed Khan, a déclaré aux délégués d’Amnesty International qu’une procédure légale prend trop de temps pour qu’on puisse la suivre au Pakistan, où le contexte politique réclame des résultats rapides.

« La politique, l’économie, la sécurité – tout a été évoqué pour justifier le non-respect du droit international par le gouvernement. Mais il ne peut jamais y avoir d’excuse à la violation des droits humains. Les droits humains sont le fondement – le point de départ de toute approche en matière de politique et de sécurité
 », a déclaré Angelika Pathak.

Le jour de la publication du rapport d’Amnesty International – le 29 septembre – Abdur Rahim Muslim Dost, rédacteur en chef d’un magazine, a été arrêté alors qu’il quittait la mosquée de Peshawar. On est sans nouvelles de lui à ce jour. Il venait de publier un livre décrivant comment, en 2001, il avait été arrêté par des militaires pakistanais, remis aux autorités américaines et placé en détention à Guantánamo Bay. Le livre décrivait les tortures qui lui avaient été infligées au Pakistan et aux mains des Américains.

Les membres des familles continuaient de faire l’objet de harcèlement alors même que se tenait à Islamabad, début octobre, un séminaire organisé par la HRCP et Amnesty International. Au moins une personne, dont un membre de la famille a « disparu », a été stoppée un matin par des agents des renseignements et interrogé sur ses raisons d’y assister.

Abid Raza Zaidi, chercheur à l’université de Karachi, a été arrêté par des agents des services de renseignements après avoir pris la parole lors de ce séminaire. Il a expliqué qu’il avait été emmené au Red Fort de Lahore et menacé de graves conséquences s’il recommençait à parler publiquement de ce qu’il avait vécu. Dans son discours, il avait expliqué qu’il avait été détenu pendant plus de trois mois sans avoir été inculpé ni jugé et qu’on l’avait battu pour le forcer à avouer qu’il avait pris part à l’attentat suicide de Nishtar Park en avril 2006. Abid Raza Zaidi n’a pas été inculpé et a été remis en liberté au bout de vingt-quatre heures, après intervention de la HRCP.

Plusieurs personnes ayant fait l’objet de disparitions forcées sont réapparues au cours de ces dernières semaines après avoir été détenues de manière arbitraire dans des lieux tenus secrets pendant plus de deux ans en moyenne. Chacune d’elle a été avertie qu’elle ne devait pas parler publiquement de ce qu’elle avait vécu ni de sa détention.

« Bien entendu, le Pakistan a le devoir de protéger la population de toute menace à sa sécurité. Dans le même temps, il doit obéir aux règles du droit national et international – toute personne soupçonnée de terrorisme doit être inculpée, avoir la possibilité de consulter un avocat et de contacter sa famille et bénéficier d’un jugement équitable, a déclaré Angelika Pathak.

« Afin d’empêcher que ne se produisent de nouvelles disparitions forcées, le gouvernement doit mettre en place un registre central dans lequel seront inscrits les noms de tous les détenus et rendre publique régulièrement la liste de tous les lieux de détention reconnus. »

Voir :
Pakistan : Working to stop human rights violations in the ‘war on terror’ (index AI : ASA 33/051/2006 ; http://web.amnesty.org/library/index//engasa330512006
Pakistan : Human Rights ignored in the ‘war on terror’ (index AI : ASA 33/036/2006 ; http://web.amnesty.org/library/index//engasa330362006
Voir également :
http://web.amnesty.org/pages/stoptorture-061208-features-eng

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