Pakistan. La peine de mort pour terrorisme s’étend aux délits de droit commun

Moins d’un an après avoir levé le moratoire sur la peine de mort, le Pakistan va atteindre la barre des 300 exécutions.

Le Pakistan s’apprête à dépasser les 300 exécutions depuis qu’il a levé le moratoire sur la peine de mort, se hissant sur le podium des trois pays qui procèdent au plus grand nombre d’exécutions dans le monde, a déclaré Amnesty International lundi 23 novembre 2015.

Le 25 novembre, le pays a prévu d’exécuter Abdul Basit, un homme paraplégique qui a développé une méningite tuberculeuse depuis qu’il a été condamné à mort. Son exécution a été reportée à plusieurs reprises, car la prison ne dispose d’aucun règlement sur la manière de pendre un prisonnier qui ne peut pas se tenir debout sur l’échafaud.

Amnesty International a fait savoir que les exécutions ternissent le bilan du Pakistan en termes de droits humains, et viennent s’ajouter aux violations répétées du droit à un procès équitable et d’autres garanties devant être respectées dans toutes les affaires dans lesquelles l’accusé encourt la peine capitale.

« L’enthousiasme du Pakistan pour les exécutions est un affront aux droits humains et à la tendance mondiale vers l’abolition de la peine de mort, a déclaré David Griffiths, directeur des recherches pour l’Asie du Sud à Amnesty International.

« Le nombre élevé d’exécutions étire son ombre sur le bilan du pays en termes de droits humains. Cette stratégie est erronée : aucun élément ne vient prouver qu’elle permet de combattre efficacement la menace terroriste au Pakistan. En effet, des responsables de l’administration pénitentiaire ont déclaré à Amnesty International que le groupe interdit Lashkar-e-Jhangvi (LeJ) distribuait des friandises pour célébrer le " martyre " de l’un de ses membres exécuté en prison. »

Pour le seul mois d’octobre, 45 exécutions ont été recensées : c’est le mois le plus meurtrier depuis la levée du moratoire. La majorité des personnes exécutées ne l’ont pas été pour des infractions liées au terrorisme, même si c’est un massacre orchestré par les talibans en décembre 2014 – dont les victimes étaient principalement des écoliers de Peshawar – qui a poussé les autorités à lever le moratoire officiel sur les exécutions en vigueur depuis 2008.

Il l’a au départ été pour les infractions liées au terrorisme uniquement, mais en quelques mois, des exécutions ont eu lieu pour tout un éventail de crimes.

Amnesty International s’oppose en toutes circonstances et dans tous les pays à la peine de mort, quelles que soient la nature et les circonstances du crime commis, la culpabilité ou l’innocence ou toute autre situation du condamné, ou la méthode utilisée pour procéder à l’exécution.

« De nombreuses condamnations à mort sont prononcées à l’issue de procès non conformes aux normes internationales d’équité. Ces procès sont marqués par l’absence d’avocats de la défense efficaces, et par le fait que les tribunaux retiennent des éléments qui ne sont pas recevables aux termes du droit international, tels que des preuves extorquées sous la torture, a déclaré David Griffiths.

« Le Pakistan doit annuler toutes les exécutions, s’acquitter de ses obligations relatives aux droits humains et agir en vue de bannir ce châtiment une bonne fois pour toutes. »

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