Paraguay. L’insuffisance des mesures prises condamne les populations indigènes à une vie de misère

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

(Asunción) En ne prenant pas rapidement des mesures suffisantes pour protéger les droits des peuples autochtones, l’État paraguayen oblige nombre d’entre eux à vivre dans la misère et condamne de fait une partie de cette population à mort, a déclaré Amnesty International ce mardi 31 mars.

L’organisation a fait cette déclaration à l’occasion de la parution de son rapport sur les communautés indigènes des Yakyes Axas et des Sawhoyamaxas, déplacées de leurs terres ancestrales, qui vivent dans des conditions précaires le long de l’autoroute reliant Pozo Colorado à Concepción, ne disposant d’eau et de nourriture que de façon irrégulière, sans soins médicaux adaptés.

En réponse à leur situation désespérée, la Cour interaméricaine des droits de l’homme a jugé en 2005 et 2006 que les autorités paraguayennes devaient rendre leurs terres aux deux communautés. Une date butoir avait été fixée au 13 juillet 2008 pour la restitution de leurs terres ancestrales aux Yakyes Axas et au 19 mai 2009 pour les Sawhoyamaxas. La Cour avait également ordonné à l’État paraguayen , tant que cette décision ne serait pas respectée, d’assurer aux deux communautés des services de base – tels que l’accès au réseau d’assainissement, des soins médicaux, de l’eau et de la nourriture – afin de permettre leur survie.

Plus de 27 membres de ces deux communautés sont morts de problèmes qui auraient pu être évités, depuis que la Cour interaméricaine des droits de l’homme a rendu son jugement. Au cours des quatre derniers mois, six personnes de la communauté sawhoyamaxa, dont quatre enfants de moins de deux ans, ont succombé à des crises de diarrhée et de vomissements.

« Dans ces conditions, c’est la survie même des Yakyes Axas et Sawhoyamaxas qui est en danger, estime Louise Finer, chercheuse pour le Paraguay à Amnesty International. Mais le gouvernement a le pouvoir de témoigner de son engagement à respecter les droits des populations autochtones en se conformant pleinement aux décisions de la Cour. Ces deux communautés ont attendu suffisamment longtemps. »

Dans son rapport, Amnesty International reconnaît que des mesures ont été prises par le président Fernando Lugo, qui a notamment présenté un projet de loi d’expropriation des terres revendiquées par les Yakyes Axas, projet que le Congrès doit encore approuver.

« Les mesures prises par le gouvernement paraguayen pour aider les populations autochtones sont positives, mais il faut faire plus et plus vite, a déclaré Louise Finer. Il y a urgence pour les Yakyes Axas et les Sawhoyamaxas ; si leurs terres ne leur sont pas rendues et que des fonds ne leur sont pas alloués pour leur développement, d’autres vies pourraient être mises en jeu".

« Le gouvernement a une occasion historique de prouver qu’il respecte pleinement les droits fondamentaux des peuples autochtones en démontrant sa volonté politique de se conformer pleinement à la décision de la Cour. Leurs vies et leur existence en dépendent », a déclaré Louise Finer.

Complément d’information

Les Yakyes Axas et Sawhoyamaxas réclament la rétrocession de leurs terres ancestrales depuis plus de quinze années. Face à l’absence de réponse à leurs revendications de la part des gouvernements successifs du Paraguay, ils ont porté l’affaire devant la Cour interaméricaine des droits de l’homme – la plus haute instance régionale de défense des droits humains – qui a statué en leur faveur, affirmant que l’État paraguayen devait leur rétrocéder leurs terres ancestrales. Les décisions de la Cour interaméricaine des droits de l’homme ont force contraignante.

Le droit à leurs terres ancestrales est crucial pour les populations indigènes ; il constitue un élément vital de leur sens de l’identité et leur sert à assurer leur subsistance tant physique que culturelle. Selon les chiffres officiels, les communautés indigènes compteraient environ 108 600 personnes au Paraguay – 1,7 p. cent de la population – bien que ce chiffre semble largement sous-estimé.

La constitution paraguayenne et le droit international reconnaissent le droit des populations indigènes à détenir des propriétés communales et exigent de l’État qu’il leur accorde ces terres sans contrepartie financière. Au niveau international, le Paraguay a soutenu l’adoption de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones.

Selon le dernier recensement des populations indigènes en 2002, 45 p. cent des populations indigènes du Paraguay ne possèdent pas de titres de propriété sur leurs terres.

Une copie du rapport d’Amnesty International We’re only asking for what is ours’ Indigenous peoples in Paraguay – Yakye Axa and Sawhoyamaxa sera disponible à partir du 31 mars 2009, 13h00 TU sur le site http://www.amnesty.org/

Pour plus d’informations ou obtenir une interview, veuillez contacter Josefina Salomon au +44 207 413 5562 ou au +44 7778 472 116 (portable) jsalomon@amnesty.org

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