Communiqué de presse

Pays-Bas. Le renvoi forcé de Somaliens dans des zones contrôlées par Al Shabab peut être synonyme de « condamnation à mort »

Les Pays-Bas ont à plusieurs reprises tenté de renvoyer de force des Somaliens vers des zones contrôlées par le groupe armé islamiste Al Shabab , les exposant ainsi à de graves atteintes aux droits humains, en violation flagrante du droit international, écrit Amnesty International dans un nouveau rapport rendu public jeudi 23 octobre.

Le gouvernement néerlandais insiste sur le fait qu’il est désormais possible de renvoyer des Somaliens dans des zones très dangereuses du pays, y compris là où Al Shabab se livre à des homicides illégaux, des actes de torture et des mauvais traitements.

« Pour certains Somaliens, le renvoi dans des zones contrôlées par Al Shabab est synonyme de condamnation à mort », a déclaré L. Muthoni Wanyeki, directrice régionale d’Amnesty International pour l’Afrique de l’Est.

« S’il renvoie des Somaliens dans des secteurs instables où leur vie est en danger, le gouvernement néerlandais est responsable des violations des droits humains dont ils sont victimes à leur retour. »

Aux termes du droit international, les États ne doivent pas renvoyer des personnes dans des zones où leur vie et leurs droits sont en danger, comme c’est le cas dans certaines situations de conflit armé.

Amnesty International demande à plusieurs gouvernements, notamment au Danemark, à la Suède, au Royaume-Uni, à la Norvège et à l’Arabie saoudite, de mettre fin à leur politique de renvois dans le sud et le centre de la Somalie.

Intitulé Forced returns to south and central Somalia, including to Al-Shabaab areas : a blatant violation of international law, le rapport de l’organisation expose les graves risques encourus par les civils en Somalie.

Amnesty International reçoit de nombreuses informations selon lesquelles des Somaliens sont accusés d’espionnage par les groupes armés, et bien souvent victimes de représailles, pouvant aller jusqu’à la mort. De nombreux Somaliens ont peur de retourner dans les zones que contrôle Al Shabab, mais aussi dans les secteurs où le groupe armé est présent, comme à Mogadiscio.

Dans son rapport, Amnesty International présente des témoignages relatant les violations des droits humains subies lors du retour dans le pays. C’est le cas de Fartuun, 25 ans, dont l’oncle a été tué en août 2013 peu après son renvoi du Yémen.

«  Il a été capturé le jour où il est rentré chez lui. Des soldats d’Al Shabab l’ont emmené et l’ont gardé prisonnier. Au bout de cinq jours, ils l’ont amené devant le stade et l’ont décapité devant la foule. Ils l’ont laissé là, la tête posée sur le ventre. Il y est resté pendant une semaine  », a raconté Fartuun à Amnesty International.

À Mogadiscio et dans d’autres régions du sud et du centre de la Somalie, des civils continuent d’être tués ou blessés lors de fusillades dans le cadre d’affrontements armés, ou d’être victimes d’attentats-suicides et d’attaques perpétrées au moyen de grenades et d’engins explosifs improvisés. Les opérations militaires qui ont eu lieu en 2014 ont engendré une recrudescence de la violence contre la population civile.

En novembre 2013, les Pays-Bas, au mépris du droit international, ont renvoyé Ahmed Said, 26 ans, qui avait fui la Somalie il y a plus de 20 ans, à Mogadiscio, une ville dans laquelle il n’avait jamais mis les pieds.

Trois jours plus tard, il a été blessé, comme beaucoup d’autres personnes, lors d’un attentat-suicide qui a fait au moins six morts.

« Tous les pays ont la responsabilité de protéger les personnes qui risquent de subir de graves atteintes aux droits humains si elles sont renvoyées dans leur pays – et non de les jeter dans la fosse aux lions, » a déclaré Muthoni Wanyeki.

« Mettre ainsi en péril la vie d’êtres humains est dangereux, irresponsable, et bafoue clairement les obligations qui incombent aux États.  »

Les Pays-Bas ont récemment prévu une rencontre entre le Parlement et le ministre de l’Immigration, afin de débattre de la politique consistant à renvoyer des demandeurs d’asile déboutés vers des zones contrôlées par Al Shabab.

En mai 2014, le secrétaire général des Nations unies a demandé à tous les pays qui ont accueilli des Somaliens ayant fui le conflit de se conformer aux obligations que leur impose le droit international et de ne pas les renvoyer de force en Somalie, où leur vie pourrait être menacée.

Pour en savoir plus :
Les renvois de personnes dans le sud et le centre de la Somalie constituent une violation du droit international, déclaration publique, 15 mai 2013

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