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Peine de mort : une fin d’année 2014 contrastée

Par Chiara Sangiorgio, spécialiste de la peine de mort à Amnesty International

Pour ceux d’entre nous qui sont mobilisés pour l’abolition de la peine de mort – le châtiment le plus cruel et le plus inhumain qui soit –, les dernières semaines de l’année 2014 ont été une succession de bonnes et de mauvaises nouvelles.

Au Pakistan, six personnes ont été exécutées entre vendredi 19 décembre et mardi 23 décembre, et avec la levée lundi 22 décembre d’un moratoire en vigueur depuis deux ans, ce sont quelque 500 condamnés supplémentaires qui pourraient être envoyés à la potence.

Pourquoi le moratoire a-t-il été levé au Pakistan ? C’est la réponse des autorités à l’attaque ignoble perpétrée contre une école administrée par l’armée à Peshawar, dans laquelle 142 personnes au moins, dont 132 enfants, ont trouvé la mort.

Personne ne conteste que les talibans ont franchi avec cette attaque un cran supplémentaire sur l’échelle de l’horreur dont ils sont coutumiers. Mais la réponse du gouvernement pakistanais est à la fois cynique et dangereuse : commettre des homicides pour prouver sa fermeté face à la criminalité n’est jamais une bonne manière de lutter contre la violence.

Ce qui se dessine est profondément inquiétant, et Amnesty International et de nombreuses autres organisations ont demandé aux autorités pakistanaises de renoncer immédiatement à leurs projets. Le Pakistan doit concentrer tous ses efforts sur la protection à accorder aux civils dans le nord-ouest du pays, où la violence est une réalité quotidienne.

Il est un peu paradoxal de voir le Pakistan aller ainsi à l’encontre de la tendance mondiale. Nous avons eu en effet une occasion de nous réjouir quand le 19 décembre à New York, l’Assemblée générale des Nations unies a adopté à une majorité écrasante une résolution en faveur d’un moratoire mondial sur les exécutions, en vue de l’abolition de la peine de mort.

C’est la cinquième fois depuis 2007 qu’une telle résolution était soumise à l’Assemblée générale, et l’on a atteint cette année un nombre record de votes « pour » : 117, sur les 193 États membres de l’ONU.

Bien qu’elles ne soient pas juridiquement contraignantes les résolutions de l’Assemblée générale ont un poids moral et politique considérable. Le vote est venu confirmer ce qu’Amnesty International et d’autres acteurs disent depuis longtemps : la peine de mort est en train de devenir une chose du passé, et les quelques pays qui continuent d’exécuter des personnes sont une minorité de plus en plus isolée, en décalage total avec le reste du monde.

Mais hélas le Pakistan n’est pas le seul pays qui n’entend pas le message.

Une nouvelle atterrante nous est parvenue en décembre de Jordanie, où, sans que l’on ait pu soupçonner au préalable qu’une telle chose allait se produire, les autorités ont exécuté 11 personnes condamnées pour meurtre. Il s’agissait des premières exécutions dans le pays depuis l’imposition d’un moratoire sur la peine de mort il y a huit ans.

Nous nous attendons encore à d’autres mauvaises nouvelles. En Indonésie, le nouveau président Joko « Jokowi » Widodo a rejeté l’ultime demande de grâce de plusieurs condamnés à mort, et il semble que six personnes – dont quatre au moins ont été condamnées pour trafic de stupéfiants – soient sur le point d’être exécutées. Cette attitude est d’autant plus décevante que Joko Widodo a été élu après avoir promis durant sa campagne de faire des droits humains une priorité.

De même, il est probable que des exécutions auront lieu au Japon avant la fin de l’année. Par ailleurs, des informations préoccupantes nous arrivent de Trinité-et-Tobago, où la Première ministre Kamla Persad-Bissessar travaille semble-t-il sur un projet de loi visant à la reprise des exécutions, ce qui, selon elle, permettrait de faire baisser le nombre de meurtres.

Ces faits récents sont préoccupants et posent un certain nombre de questions épineuses : sommes-nous en présence d’un « effet domino » – un pays procède à une exécution et les autres lui emboîtent le pas ? Ou bien la peine de mort n’est-elle pour les autorités qu’un moyen d’afficher leur fermeté face à des citoyens inquiets de leur incapacité à combattre la criminalité et à restaurer la loi et l’ordre dans le pays ? Les gouvernements jouent-ils avec la vie des gens à des fins politiques ?

Partout dans le monde, les États doivent maintenant comprendre qu’il y a une raison pour laquelle la peine de mort n’est pratiquée que par une petite minorité de pays. Rien, absolument rien, ne montre que la peine capitale a un effet dissuasif sur la criminalité. C’est une violation du droit fondamental à la vie. Elle nous déshumanise, tous, et nous devrions tous nous unir pour élaborer et construire ensemble une société plus sûre et plus respectueuse des droits.

Heureusement il n’y a pas que des mauvaises nouvelles. Outre le vote de l’Assemblée générale des Nations unies, de nombreux points encourageants sont à relever, y compris ces dernières semaines. Le Parlement de Madagascar a adopté le 13 décembre un projet de loi abolissant la peine de mort. Le texte devrait être promulgué prochainement par le chef de l’État. En Thaïlande, un haut responsable a déclaré en décembre que le gouvernement considérait la possibilité de mettre un terme à la peine capitale. Enfin, le tableau d’ensemble est on ne peut plus clair : l’année dernière, 22 pays seulement sur les 198 que compte le monde ont exécuté des personnes, et 140 États au total avaient aboli la peine de mort, dans leur législation ou dans la pratique.

Voici des raisons d’espérer pour tous ceux d’entre nous qui font campagne pour mettre un terme aux homicides approuvés par l’État. Nous espérons qu’à la fin de l’année 2015, nous pourrons nous arrêter sur des nouvelles plus positives.

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