Pérou. Amnesty International est vivement préoccupée par la situation en Amazonie

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Amnesty International est vivement préoccupée par la situation dans l’Amazonie péruvienne depuis que le 5 juin, dans la ville de Bagua (département de Amazonas), 30 manifestants et 22 policiers ont été tués et plus de 150 manifestants et 24 policiers, blessés ; 70 personnes, dont des mineurs, ont en outre été arrêtées.

« Les droits à la vie, à l’intégrité physique et à ne pas être soumis à la torture ou à d’autres formes de mauvais traitements doivent être respectés même en cas de circonstances exceptionnelles », a déclaré Nuria García, spécialiste du Pérou au sein d’Amnesty International.

L’organisation a rappelé que si les autorités avaient le droit et le devoir de faire respecter la loi et l’ordre, elles étaient tenues également d’utiliser une force modérée en se conformant en tout temps à l’obligation qu’elles ont de respecter les droits humains.

De même, Amnesty International a appelé les dirigeants des organisations autochtones à signifier clairement aux manifestants que la prise en otage et l’homicide d’agents des forces de l’ordre sont inacceptables.

« La tension persiste là où ont eu lieu les manifestations en Amazonie et les autorités doivent absolument prendre des mesures pour empêcher que des violations des droits humains ne soient commises et que leurs interventions ne donnent lieu à une escalade de la violence », a déclaré Nuria García.

« Il est essentiel également que les autorités compétentes mènent sans tarder une enquête impartiale pour faire toute la lumière sur les homicides qui ont été perpétrés, et déférer à la justice les responsables de ces agissements, quelle que soit leur identité. »

Amnesty International a également demandé aux autorités de rendre publiques toutes les informations concernant les personnes détenues dans des locaux de la police ou de l’armée, et de veiller à ce que les droits de la défense et le droit à la vie et à l’intégrité physique de ces détenus soient respectés.

L’organisation a exhorté les autorités péruviennes à s’engager à consulter les populations autochtones concernées – par le biais de leurs institutions représentatives – avant d’adopter et de mettre en œuvre des mesures législatives ou administratives les concernant, afin d’obtenir préalablement leur consentement libre et éclairé, et à collaborer par la suite avec ces populations.

Complément d’information

Pendant plus de cinquante jours, des membres de la population indigène de l’Amazonie péruvienne ont manifesté pour protester contre une série de décrets sur l’utilisation de la terre et des ressources naturelles dans la forêt amazonienne dans le cadre du traité de libre échange entre le Pérou et les Etats-Unis. Contrairement aux obligations du Pérou aux termes de la Convention 169 relative aux peuples indigènes et tribaux de l’Organisation internationale du travail (OIT), la population autochtone n’aurait pas été consultée sur ces textes de loi. Le 9 mai, en réaction aux manifestations, le gouvernement a décrété l’état d’urgence dans cette zone pour une période de soixante jours.

Le 5 juin, plusieurs civils et policiers ont été tués et de nombreux autres blessés lorsque la police nationale a délogé les manifestants indigènes qui bloquaient la route d’accès à Bagua. Amnesty International a alors reçu des informations faisant état d’une escalade de la violence prenant la forme tant d’un recours excessif à la force de la part de la police et de l’armée que de séquestrations et d’homicides d’agents des forces de l’ordre de la part de membres des communautés indigènes.

Plusieurs dirigeants d’organisations autochtones ont été inculpés de rébellion, sédition et complot en vue de commettre des actes de rébellion et de troubler l’ordre public. Parmi eux se trouve Alberto Pizango Chota, président de l’Association interethnique de développement de la forêt péruvienne (AIDESEP). Le 6 juin, les autorités ont émis un mandat d’arrêt contre Alberto Pizango.

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