PÉROU : La proposition visant à imposer un contrôle des conclusions et des recommandations de la Commission vérité et réconciliation est inacceptable

Index AI : AMR 52/001/2004
ÉFAI

Mercredi 13 octobre 2004

DÉCLARATION PUBLIQUE

Le Congrès péruvien examinera demain, 14 octobre 2004, une proposition
visant à mettre en place une Commission d’étude et de suivi des conclusions
et recommandations formulées dans son Rapport final par la Commission vérité
et réconciliation (CVR). Amnesty International s’inquiète de la création
d’une commission qui serait apparemment chargée d’examiner les conclusions
et recommandations auxquelles est parvenue la CVR après deux années passées
à recueillir des centaines de témoignages et d’éléments de preuve dans tout
le pays. L’organisation de défense des droits humains estime que les
conclusions et recommandations de la CVR doivent être mises en application
dès que possible, et non pas « étudiées ».

Amnesty International est convaincue que la création et le travail de la CVR
constituent une étape importante sur la voie d’un réel respect du droit des
victimes et de leurs familles à connaître la vérité sur les événements qui
ont marqué les vingt années de conflit qu’a connues le Pérou, entre 1980 et
2000. Les travaux de la CVR leur permettent d’espérer obtenir un jour
justice, voir les responsables jugés et punis, et bénéficier de réparations
appropriées. L’organisation considère que la proposition soumise au Congrès
va à l’encontre de l’engagement pris par les autorités péruviennes, qui ont
affirmé leur volonté de donner suite aux conclusions de la CVR et d’en finir
avec l’impunité qui a régné pendant vingt ans dans le pays.

Amnesty International prie instamment le président et les vice-président et
vice-présidente du Congrès péruvien de montrer qu’ils sont réellement animés
par le souci de faire respecter les droits humains, en faisant en sorte que
la Commission qu’établiront les législateurs veille au suivi des
recommandations de la CVR et garantisse leur application, notamment en
faisant connaître les conclusions du Rapport final, qui devraient être
intégrées dans les programmes scolaires, afin d’initier un processus de
reconstruction de l’histoire et de la mémoire collective du Pérou.

La future Commission devra en outre veiller à ce que des moyens suffisants
soient dégagés pour permettre l’identification de toutes les victimes
d’atteintes aux droits humains perpétrées au cours des vingt années de
conflit armé, et pour que les auteurs desdites atteintes soient traduits en
justice.

Amnesty International estime que la CVR s’est livrée à une analyse étendue
et approfondie des circonstances qui ont permis au conflit armé interne de
s’installer au Pérou. Elle a clairement dénoncé le contexte dans lequel ont
été commises, pendant deux décennies de violence, d’innombrables exactions
et violations des droits humains. Elle a enfin souligné la manière dont la
discrimination sociale, ethnique ou liée au genre des personnes avait
contribué, pendant des années, à l’indifférence quasi-totale de l’opinion
publique, face aux graves et nombreuses atteintes aux droits humains dont
étaient victimes les petits paysans indigènes et pauvres, qui constituent la
majorité de la population du pays.

Amnesty International considère qu’il est absolument vital, pour permettre
au Pérou de surmonter l’épreuve tragique et douloureuse qu’il vient de
traverser, que soit respecté le droit des victimes à la vérité, à la justice
et aux réparations. Les autorités doivent veiller à ce que de tels
événements ne puissent se répéter. L’égalité de chances pour tous et pour
toutes doit devenir une réalité. Estimant que la mise en pratique des
recommandations de la CVR irait dans ce sens, l’organisation prie instamment
le Congrès de veiller à ce que celles-ci soient appliquées dans les plus
brefs délais.

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