Communiqué de presse

Pérou. Le prix de la protestation ne doit pas être la mort

Des manifestations prévues contre un projet de mine de cuivre dans le sud du Pérou doivent être autorisées à se dérouler de manière pacifique et sans faire l’objet d’une répression policière, a déclaré Amnesty International, alors que de nouvelles violences meurtrières comme celles ayant terni les manifestations ces dernières semaines sont à craindre.

Quatre personnes - dont un policier - ont été tuées, et des centaines d’autres blessées depuis la fin avril dans le cadre de manifestations contre le projet de mine d’extraction de cuivre Tía María. Les autorités péruviennes ont décrété l’état d’urgence dans la région à la suite du dernier homicide en date, le 22 mai, et l’armée a désormais été déployée dans la zone.

« Le monde observe le gouvernement péruvien cette semaine. Alors que de nouvelles manifestations sont prévues pour les jours à venir, les autorités doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir afin de permettre à ceux qui le souhaitent d’exprimer leurs préoccupations pacifiquement, sans crainte d’être blessés ou pire », a déclaré Guadalupe Marengo, directrice adjointe du programme Amériques d’Amnesty International.

« Les homicides qui ont eu lieu sont inacceptables et les responsables présumés doivent être amenés à rendre des comptes. Le prix de la protestation ne doit pas être la mort. »

Le 22 mai, Ramón Colque a été tué par balle. Il travaillait comme vendeur ambulant à côté du barrage routier érigé par les manifestants quand il a été abattu. Trois autres hommes, dont le policier Alberto Vásquez Durán, sont morts lors d’affrontements depuis la fin avril.

Depuis plusieurs semaines, des manifestants se rassemblent dans la province d’Islay dans le sud du Pérou afin de protester contre l’ouverture de la mine de cuivre Tía María. Les manifestants craignent que l’exploitation minière sur place n’ait des répercussions négatives sur les populations locales, en particulier du fait de la contamination des sources d’eau.

La compagnie minière Southern Peru Copper Corporation, qui supervise le projet, a décrété une suspension de 60 jours des activités en relation avec la mine afin de permettre de nouer un dialogue avec les populations affectées. Malgré cette mesure, les affrontements entre la police et les manifestants ont continué.

« Ces manifestations ne sont pas un phénomène isolé de tout contexte, et les tensions autour de ce projet minier bouillonnent depuis un moment. Les autorités péruviennes auraient dû garantir dès le tout début que les populations locales soient consultées, puissent prendre connaissance des projets envisagés et aient la possibilité de faire remonter des informations sur leurs motifs de préoccupation », a déclaré Guadalupe Marengo.

Amnesty International demande désormais que les manifestations pacifiques puissent avoir lieu. Si certains des manifestants commettent des actes de violence, la police ne doit pas invoquer ces agissements pour restreindre le droit à la liberté de réunion pacifique, et les autorités doivent veiller à ce que ceux qui manifestent pacifiquement puissent continuer à le faire.

« Malheureusement, ceci est loin d’être la première fois que les forces de sécurité emploient la violence au Pérou. Ces quatre dernières années, près de 40 personnes sont ainsi mortes dans des circonstances semblant indiquer que la police a utilisé une force excessive, et la majorité de ces décès n’ont pas donné lieu à des enquêtes dignes de ce nom », a déclaré Guadalupe Marengo.

« Nous observerons de près les opérations de maintien de l’ordre lors des manifestations à venir et exhortons les autorités péruviennes à faire de même. Les forces de sécurité ne peuvent être autorisées à recourir à une force injustifiée ou excessive, pour quelque raison que ce soit. »

Complément d’information

Aux termes du droit et des normes internationaux relatifs aux droits humains, la police et les autres forces de sécurité ne doivent recourir à la force que lorsque cela est strictement nécessaire et proportionné à un objectif légitime. Les armes à feu ne peuvent constituer qu’un dernier recours pour la défense contre une menace imminente de mort ou de blessure grave, et l’usage volontairement meurtrier des armes à feu n’est admissible que lorsqu’il est absolument inévitable pour protéger des vies.

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