Communiqué de presse

Philippines. Cinq ans après, il est urgent que justice soit rendue pour le massacre de Maguindanao

Il est plus que temps que les autorités philippines réagissent si elles veulent éviter que leur réponse au massacre de Maguindanao ne tourne à la parodie de justice, a déclaré Amnesty International à l’occasion du cinquième anniversaire de ce massacre, souvent considéré comme l’attaque la plus meurtrière jamais commise dans le monde contre des journalistes.

Le 23 novembre 2009, 58 personnes, dont 32 journalistes et autres professionnels des médias, avaient été tuées dans l’attaque d’un convoi électoral par plus de 100 hommes armés, parmi lesquels figuraient semble-t-il des policiers et des militaires. Le convoi traversait le territoire du puissant clan Ampatuan, dans la province méridionale de Maguindanao.

« Tout retard dans la justice est un déni de justice. Cinq ans après le massacre de Maguindanao, les affaires y afférentes peinent toujours à se frayer un chemin dans les méandres du système judiciaire philippin, et personne n’a encore eu à rendre de comptes », a déclaré Hazel Galang-Folli, chercheuse d’Amnesty International sur les Philippines.

Près de la moitié des 197 suspects ayant fait l’objet d’un mandat d’arrêt depuis le massacre sont toujours en liberté, aucune poursuite judiciaire n’a été menée à son terme, et aucun des auteurs du massacre n’a été condamné.

Des procès au civil et au pénal sont en cours devant le tribunal régional de première instance de Quezon City. Toutefois, les procédures ont subi des retards et des revers, et la plupart des audiences ont porté sur des demandes de remise en liberté sous caution. Les familles des victimes ont aussi appelé la Commission de la police nationale à démettre de leurs fonctions les policiers soupçonnés d’avoir participé à cette attaque, mais il reste à voir quelle réponse va être apportée à ces demandes.

Des témoins du massacre et des membres de leurs familles ont été victimes d’agressions – dont un certain nombre mortelles –, ce qui souligne le manque de protection de la part du gouvernement. Cette semaine encore, un témoin potentiel a été tué dans une embuscade dans la province de Maguindanao. Au moins huit témoins ou membres de leurs familles ont trouvé la mort dans de telles agressions depuis novembre 2009. À la connaissance d’Amnesty International, personne n’a eu à répondre de ces meurtres non plus.

« Chaque assassinat d’un témoin est une nouvelle injustice et une chance de moins pour les familles des victimes d’obtenir un jour justice pour cet horrible massacre. C’est particulièrement vrai dans un pays comme les Philippines, où les tribunaux s’appuient traditionnellement beaucoup sur les dépositions des témoins », a déclaré Hazel Galang-Folli.

« Les autorités philippines doivent se ressaisir et veiller à ce que cette terrible affaire soit considérée comme hautement prioritaire et que des moyens suffisants soient alloués pour garantir l’obligation de rendre des comptes.  »

Dennis Sakal et Butch Saudagal, qui devaient témoigner contre les principaux suspects du massacre, ont été la cible de coups de feu tirés par des inconnus à Maguindanao le 18 novembre 2014. Le premier a été tué et le second blessé.

 ?Alijol Ampatuan, qui, selon les procureurs, était disposé à aider à identifier les auteurs du massacre, a été tué par balle en février 2012. Esmail Amil Enog, qui a témoigné devant un tribunal en tant que chauffeur des hommes armés impliqués dans le massacre, a été retrouvé découpé en morceaux à la tronçonneuse après avoir disparu au mois de mai 2012.

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