Communiqué de presse

Philippines. L’arrestation d’un général doit sonner la fin de l’impunité pour la torture

L’arrestation, tôt le matin du 12 août, d’un général accusé d’enlèvements et d’actes de torture aux Philippines est un signe encourageant que les autorités s’attaquent enfin à la culture de l’impunité pour les violations graves des droits humains imputées aux forces de sécurité, a déclaré Amnesty International.

Jovito Palparan, 63 ans, général de division à la retraite, a été appréhendé par le Bureau national d’enquête et des membres des forces armées vers 3 heures du matin dans la zone de Santa Mesa à Manille, la capitale des Philippines.

Souvent appelé Berdugo (« le bourreau » ou le « boucher ») par les défenseurs des droits humains, il est accusé d’avoir enlevé des étudiantes et de les avoir illégalement placées en détention en 2006.

« L’arrestation, mardi 12 août, de l’un des auteurs de violations des droits humains les plus recherchés des Philippines doit donner aux autorités le courage d’intensifier leurs efforts afin de traduire en justice ceux qui, au sein de l’armée et des organes d’application des lois, auraient abusé de leur pouvoir en se rendant coupables d’actes de torture, de disparitions forcées et d’exécutions extrajudiciaires  » a déclaré Rupert Abbott, directeur adjoint du programme Asie et Pacifique d’Amnesty International.

« Il est scandaleux qu’autant de représentants de l’État ayant semble-t-il joué un rôle dans des violations des droits humains soient toujours en liberté. L’arrestation du général Palparan fait naître l’espoir que cela est en train de changer. Cet homme et d’autres personnes soupçonnées d’avoir perpétré des atteintes aux droits humains doivent être traduits en justice dans le cadre de procès équitables - l’heure est venue d’éradiquer complètement cette culture de l’impunité. »

Au cours de sa carrière militaire, le général Palparan a dirigé dans la région centrale de Luçon une unité tristement célèbre pour les violations des droits humains qui lui sont attribuées. Sous son commandement, de nombreux militants et sympathisants présumés du Parti communiste des Philippines auraient été soumis à des disparitions forcées, des actes de torture et des exécutions extrajudiciaires.

En décembre 2011, un tribunal de la province de Bulacan a émis un mandat d’arrêt contre le général Palparan, le lieutenant-colonel Felipe Anotado Jr, et les sergents Edgardo Osorio et Rizal Hilario, pour l’enlèvement de Karen Empeño et Sherlyn Cadapan, étudiantes à l’université des Philippines, le 26 juin 2006. Les deux jeunes femmes auraient été kidnappées dans une maison d’Hagonoy (province de Bulacan), un peu au nord de Manille.

Felipe Anotado et Edgardo Osorio se sont volontairement livrés aux autorités, mais Rizal Hilario est toujours en fuite.

Un recours généralisé à la torture

Amnesty International a recueilli de nombreux récits déchirants sur le recours généralisé à la torture et à d’autres pratiques cruelles et inhumaines par les forces philippines de sécurité. L’organisation se mobilise depuis des années pour mettre fin à l’impunité de l’armée et des organes chargés de l’application des lois dans les cas de torture.

Raymond Manalo, un détenu parvenu à s’échapper, a parlé des actes de torture que lui-même et d’autres auraient endurés après avoir été enlevés et détenus au secret par des hommes placés sous le commandement du général Palparan. Dans un entretien vidéo qu’il a accordé à Amnesty International en 2010, il a décrit sa rencontre avec le général dans un camp de détention. Après s’être échappé, Raymond Manalo a accusé ses tortionnaires devant la justice, dans le cadre d’une affaire qui est remontée jusqu’à la Cour suprême des Philippines. Il a également soumis son cas au Comité des Nations unies contre la torture.

« Même si on en parle rarement, la torture est endémique aux Philippines. C’est un sinistre secret de Polichinelle. Bien qu’elle soit interdite par la législation nationale, et que le pays ait signé des traités internationaux concernant l’abolition de la torture, cela représente souvent à peine plus que des promesses sur le papier », a déclaré Rupert Abbott.

« Toutes les plaintes relatives à la torture doivent faire l’objet d’une enquête approfondie et impartiale. Les tribunaux, le ministère de la Justice et les organismes gouvernementaux chargés de faire respecter l’obligation de rendre des comptes pour les abus de pouvoir doivent recevoir les ordres suivants : il est temps de faire cesser la torture et il est temps d’amener ceux qui l’emploient à rendre des comptes. »

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