Philippines : la CPI doit enquêter sur les crimes liés à la « guerre contre la drogue »

La Cour pénale internationale (CPI) doit de toute urgence conduire un examen préliminaire sur les crimes contre l’humanité, notamment le massacre de dizaines de mineurs, commis dans le cadre de la « guerre contre la drogue » que mène le président philippin Rodrigo Duterte

Des milliers de personnes ont été tuées par la police depuis l’entrée en fonction de Rodrigo Duterte en juin 2016 ; pourtant, pas un seul policier n’a eu à rendre des comptes pour les crimes commis.

« Il est temps que les mécanismes de justice internationale se mobilisent en vue de mettre fin au carnage dans les rues des Philippines, en déférant les responsables présumés à la justice. La police et la justice du pays se montrent à la fois réticentes et incapables d’amener à rendre des comptes les responsables d’homicides commis dans le cadre de la " guerre contre la drogue ", a déclaré James Gomez, directeur régional pour l’Asie du Sud-Est et le Pacifique à Amnesty International.

« La CPI doit conduire un examen préliminaire sur la situation, en se donnant un vaste champ d’action. La responsabilité ne se limite pas à ceux qui appuient sur la gâchette, mais s’étend à ceux qui ordonnent ou encouragent les meurtres et autres crimes contre l’humanité.

« Le président Rodrigo Duterte et des hauts responsables du gouvernement ont ouvertement prôné les homicides, ce qui pourrait impliquer leur responsabilité pénale au titre du droit international. »

Crimes contre les mineurs

Amnesty International lance cet appel à la CPI alors que les éléments de preuve se multiplient concernant les crimes contre l’humanité commis contre les mineurs dans le cadre de la « guerre contre la drogue ». Pas moins de 60 mineurs ont été tués lors d’opérations anti-drogue depuis juin 2016.

Des membres des familles ont affirmé avoir vu des policiers abattre à bout portant des mineurs qui suppliaient d’être épargnés.

« Ils ont pointé un pistolet sur ma tête [et] m’ont dit de dégager... J’ai entendu tirer, trois coups de feu, puis trois autres coups de feu », a déclaré O., partenaire d’un adolescent de 17 ans, tué après avoir été réveillé au milieu de la nuit.

L’équipe de recherche d’Amnesty International a pu constater que de nombreux mineurs soupçonnés d’infractions à la législation sur les stupéfiants étaient détenus dans des centres pour mineurs surpeuplés et insalubres, dans la capitale Manille. Certains ont déclaré avoir été frappés et torturés par la police lors de leur arrestation et ont affirmé que les policiers les avaient piégés en les obligeant à poser sur des photos avec de la drogue qu’ils avaient planquée.

L’homicide de Kian delos Santos, 17 ans, en août, a suscité un tollé au niveau national. D’après la police, Kian a été abattu en état de légitime défense. Pourtant, selon les images de vidéosurveillance et les récits de témoins, des policiers en civil ont traîné de force l’adolescent non armé et l’ont abattu dans une ruelle.

Plus de 12 policiers ont fait l’objet d’une enquête pour cet homicide lorsque l’affaire a eu un retentissement international, mais aucun n’a encore été amené à rendre des comptes.

La CPI a récemment indiqué qu’elle allait enquêter et accorder une attention spéciale aux crimes visant les mineurs.

« La police aux Philippines a tué des dizaines de mineurs depuis 2016. D’autres sont torturés et détenus dans des conditions déplorables, alors que les familles sont déchirées, a déclaré James Gomez.

« L’affaire de Kian delos Santos a à juste titre suscité l’indignation. Les mensonges éhontés des policiers pour couvrir leur implication dans le meurtre de sang-froid d’un mineur montrent que l’on ne peut pas faire confiance à la police pour qu’elle mène l’enquête. »

Il est temps que la CPI intervienne

En janvier 2017, Amnesty International a recommandé que la CPI, si les autorités philippines ne prenaient pas de mesures majeures pour mettre un terme aux homicides liés aux stupéfiants, conduise un examen préliminaire sur les crimes commis.

Elle a demandé aux autorités de mettre fin immédiatement aux exécutions extrajudiciaires, et aux responsables de haut rang, y compris au président, de cesser d’encourager et d’inciter à commettre de tels actes. Elle leur demande également de diligenter une enquête impartiale et efficace sur tous les homicides illégaux présumés.

Cependant, les autorités philippines n’ont tenu aucun compte de ces appels.

« Combien faudra-t-il de corps criblés de balles, abandonnés dans les rues, avant que la communauté internationale ne réagisse ?, a déclaré James Gomez.

« La CPI doit agir sans attendre. Nous pensons que la " guerre contre la drogue " atteint le seuil des crimes contre l’humanité au titre du Statut de Rome. La communauté internationale doit faire pression sur les autorités philippines pour les convaincre de changer de cap. »

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