Près d’un Belge francophone sur trois connaît dans son entourage un ou des couples touché(s) par des faits de violence conjugale inacceptable.

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D’après les informations recueillies auprès de 1002 Belges francophones, 29% d’entre eux connaissent dans leur entourage immédiat un ou des couples touchés par des faits inacceptables de violence conjugale.

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Les résultats du sondage

Dans le cadre de sa campagne contre les violences faites aux femmes , et plus particulièrement les faits de violence conjugale, Amnesty International a initié, en partenariat avec le Soir Magazine et l’institut Dedicated Research [1], un sondage téléphonique auprès de 1002 Belges francophones, afin de connaître leurs opinions sur la violence conjugale.

« La Belgique manque cruellement de statistiques en la matière, a rappelé Philippe Hensmans, directeur de l’association. La dernière enquête scientifique disponible date de 1998, et avait révélé des chiffres effrayants, puisque 68% des femmes interrogées affirmaient avoir été victimes de violences physiques et/ou sexuelles. En ce qui concerne les actes avérés de violence conjugale, tout le monde s’accorde aujourd’hui sur le fait que les statistiques tant policières que judiciaires sont largement insuffisantes, et ne permettent pas d’appréhender le phénomène de façon complète. Si l’enquête que nous avons menée ne porte que sur les opinions, elle permet néanmoins de faire ce triste constat : près d’un tiers des personnes interrogées connaissent, dans leur environnement, des femmes qui subissent des violences inacceptables de la part de leur conjoint. »

Par violences inacceptables, les personnes interrogées entendent essentiellement des actes de violence physique ou sexuelle. « Les répondants ont clairement fait la distinction entre violence morale et violence physique, même s’il faut rappeler qu’il est préférable d’appréhender la violence comme un cycle, qui comporte des éruptions de violence, mais aussi des moments de pression psychologique ou encore d’accalmie, de « lune de miel », rappelle Philippe Hensmans. Mais il est clair, pour ceux qui en doutaient encore, que la violence familiale est un fléau qui touche un nombre impressionnant de personnes et reste un vrai problème de société ».

Le sondage a mis en évidence également que pour un grand nombre d’interviewés, la violence conjugale a augmenté depuis 10 ans : 51% des réponses vont dans ce sens, cependant que 30% estiment qu’elle est restée stable. Seulement 8% des répondants pensent qu’elle a régressé.
Il est frappant de constater que les parmi les raisons invoquées pour expliquer cette augmentation de la violence, ce sont l’augmentation du stress lié au travail et la crise économique qui sont le plus souvent mentionnées, tandis que la banalisation de la violence, ou la hausse de la consommation d’alcool, semble beaucoup moins prise en compte.

« Il est malgré tout rassurant, estime Amnesty International, de constater que lorsque les Belges francophones sont confrontés à ce problème, ils n’hésitent pas à intervenir, et tentent quelque chose. Cela montre que nos concitoyens ne sont pas insensibles ».
L’enquête montre en effet que sur les 29% de personnes qui ont constaté ce phénomène dans leur environnement immédiat, la plus grande partie avait tenté de « faire quelque chose », en discutant avec la victime, avec l’agresseur ou la famille, et que dans plus de 50% des situations, cette intervention avait eu un effet positif (34% estimant que cela n’avait pas eu d’impact).

Mais il faut bien reconnaître que le recours à la police ou à des services spécialisés reste très marginal, et que la loi en vigueur (qui considère que le fait que la violence ait lieu dans le cadre conjugal est un facteur aggravant) est méconnue par la majorité des répondants.

« Ces résultats doivent interpeller nos dirigeants. Nous sommes confrontés à un véritable problème, et des réponses structurées tardent à venir. Si la violence domestique est un délit (et c’est ce que dit la loi), il est temps de le faire savoir, insiste Philippe Hensmans. Le gouvernement a planché sur un plan d’action, mais qui n’est pas encore rendu public, et qui n’est pas encore coordonné avec les entités fédérées. Au moment où débute la réunion de suivi de Bejing +10, on semble oublier que la violence conjugale constituait un axe majeur de la déclaration du Sommet des Nations unies de Bejing. »

Amnesty International s’associera dans les prochaines semaines avec un grand nombre d’organisations de la société civile pour proposer des pistes concrètes et des priorités d’action pour lutter plus efficacement contre la violence conjugale dans notre pays.

Notes

[1Sondage sur les opinions des Belges francophones en matière de violence conjugale, réalisé pour le Soir Magazine et Amnesty International, par Dedicated Research, du 17 au 20 février 2005, sur un échantillon représentatif de 1002 Belges francophones, âgés de 18 ans et plus. La marge d’erreur maximale est de +/- 3,1% sur l’échantillon total.

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