Qatar, l’exploitation des travailleurs migrants perdure

Le calvaire des travailleurs migrants qui continuent d’être maltraités et exploités au Qatar jettera une ombre sur les championnats du monde d’athlétisme.

Les championnats du monde Doha 2019, qui se tiendront du vendredi 27 septembre au dimanche 6 octobre, interviennent alors qu’Amnesty a publié la semaine dernière un rapport révélant que des centaines de travailleurs migrants attendent toujours en vain d’être rémunérés et indemnisés.

De nombreux événements de la compétition se tiendront au stade Khalifa. De précédents travaux de recherche d’Amnesty avaient mis en lumière l’exploitation systématique des travailleurs migrants, permise par le système de parrainage en vigueur au Qatar appelé « kafala », lors de la construction de ce stade.

« Malgré les promesses du Qatar d’améliorer les droits des travailleurs et travailleuses, nos recherches montrent que bien trop de travailleurs migrants sont toujours à la merci d’employeurs sans scrupules au Qatar », a déclaré Stephen Cockburn, directeur adjoint du programme Thématiques mondiales à Amnesty International.

« Le temps passe et les progrès ne sont pas suffisants : nous craignons que les travailleurs migrants continuent d’être maltraités et exploités si le Qatar n’accélère pas la cadence en ce qui concerne les réformes.

« Amnesty ne s’oppose pas à l’organisation par le Qatar d’événements comme les championnats du monde d’athlétisme, mais le calvaire des travailleurs migrants, qui permettent au Qatar de développer ses infrastructures et d’accueillir des compétitions de premier plan, ne doit pas être ignoré.

« Sans changement majeur, l’ombre des atteintes aux droits humains continuera de planer au-dessus des événements sportifs organisés au Qatar. »

Complément d’information

Le Qatar accueille quelque deux millions de travailleuses et travailleurs migrants, mais il ne respecte pas les normes internationales du travail. Amnesty International a à plusieurs reprises appelé le pays à abolir le système de parrainage (kafala), source d’abus, qui lie les travailleurs à leur employeur pendant une période pouvant aller jusqu’à cinq années et qui empêche certains d’entre eux, notamment les employé·e·s de maison, de quitter le pays sans l’autorisation de leur employeur.

Le rapport d’Amnesty publié la semaine dernière et intitulé All work, no pay : The struggle of Qatar’s migrant workers for justice expose le cas de plusieurs centaines de travailleurs migrants employés par trois entreprises de construction et de nettoyage qui ont abandonné tout espoir de justice et sont rentrés chez eux sans un sou depuis mars 2018. Cette situation intervient alors même que les autorités du Qatar ont mis en place de nouvelles commissions chargées de résoudre rapidement les conflits du travail, dans le cadre des réformes du travail convenues en amont de la Coupe du monde de football de 2022 [1]. L’année dernière, les commissions ont reçu plus de 6 000 plaintes, dont la plupart n’avaient pas été traitées à la fin de l’année.

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