RAPPORT ANNUEL 2002 : Il n’est pas question de sacrifier les droits humains au nom de la sécurité

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Index AI : POL 10/006/02

Le monde a radicalement changé, depuis le 11 septembre dernier. Nul ne saurait le nier. Et pourtant, il est aussi resté le même à bien des égards : même mépris non seulement pour la vie et la dignité humaines, mais également pour les droits économiques, culturels et sociaux ; escalade de vieux conflits qu’on a laissés pourrir, au Proche-Orient, en Afghanistan ou en Colombie. C’est le constat que dresse Amnesty International au moment où paraît son Rapport annuel 2002, consacré à la situation quia prévalu dans le monde, en 2001, en matière de droits humains.

Le Rapport annuel 2002 d’Amnesty International (qui couvre les événements survenus en 2001) recense des exécutions extrajudiciaires dans 47 pays, des exécutions judiciaires dans 27, des « disparitions » dans 35, des cas de torture et de mauvais traitements dans 111 et des prisonniers d’opinion dans 56 pays ou territoires au moins. L’organisation estime cependant que ces chiffres sont probablement très en deçà de la réalité.

Les terribles événements du 11 septembre constituent un crime contre l’humanité. Le monde entier en a été choqué et s’est trouvé transformé. Un certain nombre de gouvernements, s’engouffrant dans le sillage de la lutte « antiterroriste », en ont toutefois profité pour intensifier la répression, remettre en cause les garanties en matière de droits humains et étouffer toute dissidence politique.

« L’universalité des droits humains est plus que jamais remise en question, déclare Irene Khan, secrétaire générale d’Amnesty International. On applique de plus en plus deux poids, deux mesures ; ce qui est valable pour les uns ne l’est plus pour les autres. »

Un certain nombre de gouvernements se sont empressés de faire adopter au nom de la sécurité des lois et des mesures diverses visant à lutter contre le « terrorisme ». Certains ont autorisé la détention illimitée sans procès, les jugements par des tribunaux d’exception sur un dossier à charge tenu secret, ou les restrictions des droits culturels et religieux, allant parfois jusqu’à mettre en place de véritables circuits de justice parallèles. Les gouvernements se sont en outre montrés moins enclins qu’auparavant à critiquer la politique intérieure menée ailleurs.

« La sécurité ne peut et ne doit pas prendre le pas sur les droits humains, souligne Irene Khan. Les droits humains ne sont jamais autant menacés que lorsqu’on laisse les intérêts politiques et économiques dicter l’ordre du jour en la matière. »

Encouragée par des politiciens plus soucieux de leur propre popularité que du respect des obligations internationales relatives aux droits humains, la vague de racisme qui a suivi les attentats a engendré un climat de suspicion et de méfiance, exacerbé par une tendance à présenter les étrangers comme des fauteurs de « terrorisme ».

La crise au Proche-Orient a entraîné une flambée d’agressions racistes et antisémites contre les Arabes et les juifs, victimes de l’intolérance à l’égard des différences religieuses, ethniques, culturelles ou nationales.

« Nous ne devons pas laisser la peur gagner. Nous ne devons pas permettre aux libertés fondamentales d’être érodées ni aux préjugés et à l’intolérance de l’emporter, déclare Irene Khan.

« Il n’est pas question de sacrifier les droits humains au nom de la sécurité, la justice au nom de l’impunité. »

En Israël et dans les Territoires occupés, les Forces de défense d’Israël, comme les groupes armés palestiniens, tuent en toute illégalité. La torture des détenus et les procès non équitables se poursuivent à un rythme soutenu. Les démolitions et les fermetures de logements ont encore été nombreuses en 2001.

Alors qu’on célébrait un peu partout dans le monde le cinquantième anniversaire de l’adoption de la Convention des Nations unies relative au statut des réfugiés, les principes essentiels de la protection des réfugiés étaient toujours battus en brèche. Des centaines de milliers de personnes fuyant la guerre et les atteintes aux droits humains se sont vu refuser l’accès à des pays voisins. Dans le même temps, le droit de tout demandeur d’asile de voir son cas examiné était sévèrement remis en question. Les membres d’Amnesty International ont continué de se mobiliser, aux quatre coins du monde, pour dénoncer les interprétations réductrices de la Convention relative au statut des réfugiés.

L’année 2001 aura été marquée par la contestation directe, de la part des mêmes gouvernements qui avaient œuvré pour leur adoption, de certaines normes relatives aux droits humains reconnues de longue date. Des normes juridiques internationales en vigueur depuis des décennies, comme les Conventions de Genève, ont été remises en question lors du conflit en Afghanistan. La façon dont les détenus sont traités sur la base de Guantánamo semble avoir convaincu certains gouvernements que le traitement inhumain des prisonniers est désormais acceptable.

Amnesty International insiste pour que le respect des droits humains se fonde non seulement sur leur universalité, mais aussi sur le caractère indivisible de tous les droits, qu’ils soient économiques, sociaux, culturels, civils ou encore politiques. À mesure que la mondialisation progresse, apportant davantage de richesses aux uns et misère et désespoir aux autres, les défenseurs des droits humains doivent promouvoir la justice autant sur le plan social que sur le plan légal.

« Une approche éthique de la mondialisation est nécessairement une approche du développement fondée sur le respect des droits humains, estime Irene Khan.

« Lorsque Amnesty International parle d’un monde de liberté et de justice, il s’agit d’un monde dans lequel chaque individu doit pouvoir jouir de tous les droits garantis par les normes internationales, et notamment par la Déclaration universelle des droits de l’homme. »

Amnesty International a élargi en août 2001 le champ de ses objectifs, pour prendre en compte les nouvelles exigences d’un monde en pleine mutation. À l’avenir, l’organisation ne limitera plus son action aux seuls droits civils et politiques, qui ont été pendant quarante années au cœur de ses préoccupations : elle se mobilisera également pour le respect des droits économiques, sociaux et culturels.

« La protection des droits humains vaut pour ce que l’humanité a de meilleur comme pour ce qu’elle a de pire, souligne Irene Khan.
« Le défi que nous devons aujourd’hui relever, et la responsabilité que nous nous devons d’assumer, c’est faire en sorte que les droits humains deviennent une réalité pour tous, sans distinction d’origine ou de conviction. »

Pour obtenir de plus amples informations, veuillez contacter le Service de presse d’Amnesty International, à Londres, au +44 20 7413 5566 ou consulter notre site web : www.amnesty.org

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