Le rapport du GIEC met en avant le danger que représente le changement climatique

GIEC climat

Le rapport publié aujourd’hui par le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) sur les conséquences du changement climatique, l’adaptation et la vulnérabilité fournit des preuves accablantes contre l’inaction des gouvernements : leur incapacité à réduire rapidement les émissions mène tout droit à des modifications irréversibles des conditions nécessaires à la vie humaine, à la nature et aux écosystèmes. Plus que jamais, il est clair que ces échecs constituent des violations des droits humains.

Dans son dernier rapport, le GIEC fournit des éléments, les plus détaillés jusqu’ici, qui montrent comment la marginalisation et la discrimination exacerbent les dommages liés au changement climatique. Il reconnaît explicitement les effets particuliers du changement climatique causé par des schémas d’inégalité historiques et persistants, comme le colonialisme, en particulier pour de nombreux peuples autochtones et communautés locales. Ce rapport montre qu’entre 2010 et 2020, le nombre de morts causées par les inondations, les sécheresses et les tempêtes a été 15 fois plus élevé dans les régions hautement vulnérables que dans les régions présentant une faible vulnérabilité au changement climatique.

Tous les gouvernements ont lu et approuvé la synthèse du rapport du GIEC. Ils n’ont aucune excuse. Ils ont pleinement conscience des pertes auxquelles est confrontée l’humanité, et des menaces qui nous attendent s’ils ne changent pas de cap. Ils doivent consulter les groupes touchés et adopter de toute urgence des politiques et des changements législatifs visant une sortie rapide des combustibles fossiles, mais aussi mener à bien une transformation rapide et juste de l’utilisation de l’énergie en vue d’éliminer les discriminations, les oppressions et les inégalités, et de protéger et faire progresser les droits des travailleurs·euses, des populations qui dépendent d’économies fondées sur les combustibles fossiles, des peuples autochtones, et de toutes les personnes dont les droits humains sont menacés. Les pays riches doivent augmenter nettement leur contribution financière en matière de climat au niveau mondial, notamment en s’engageant à financer l’indemnisation des pertes et préjudices subis par les personnes touchées. Chaque jour où les États n’agissent pas, repoussent le moment d’agir – ou pire, adoptent des mesures qui nous font reculer – ils prennent consciemment la décision de nier les droits humains des populations.

Comme l’a déclaré le Secrétaire général de l’ONU lors du lancement du rapport, les conclusions de celui-ci mettent en rage, mais « le moment est venu de transformer cette rage en actes ». Face aux moments clés du changement climatique, nous devons opposer des moments clés de mobilisation. Toute personne sur cette terre doit pouvoir revendiquer ses droits. La mobilisation de masse est essentielle pour retirer aux États leur permis de jouer avec le futur de l’humanité.

« Les graves conséquences du changement climatique (...) provoquent déjà des pertes et des préjudices graves, notamment des pertes de vies, de moyens de subsistance et de biodiversité »

Le rapport montre que les graves conséquences du changement climatique causé par les activités humaines sont plus rapides que ce que le GIEC prévoyait en 2014, et qu’elles provoquent déjà des pertes et des préjudices graves, notamment des pertes de vies, de moyens de subsistance et de biodiversité. Ces conséquences climatiques nuisent fortement à la capacité d’exercer ses droits fondamentaux. Le droit à l’alimentation est menacé par le changement climatique, qui ralentit au niveau mondial la croissance de la productivité agricole. Le droit à l’eau est grandement compromis, la moitié de la population mondiale étant gravement affectée par la sécheresse, pour des raisons climatiques ou non, au moins une partie de l’année. Les droits à la vie et à la santé sont également touchés, ce qu’illustre le nombre croissant de personnes qui meurent ou qui souffrent de périodes de canicules ou de maladies d’origine alimentaire ou hydrique en lien avec le changement climatique.

Le rapport met en avant des faits que les personnes en première ligne du changement climatique pointent depuis des années. Ceux qui sont marginalisés, discriminés et exclus de la prise de décisions sont ceux qui souffrent le plus et qui subiront les conséquences les plus graves à l’avenir. Les effets du changement climatique ne sont pas ressentis de la même manière par tout le monde, et il existe des « zones sensibles de vulnérabilité humaine », particulièrement en Afrique Centrale, de l’Est et de l’Ouest, en Asie du Sud, en Amérique Centrale et du Sud, dans les petits États insulaires en développement et en Arctique. Les conséquences observées des vagues de chaleur dans les zones urbaines touchent surtout les habitant·e·s marginalisés d’un point de vue économique et social, comme ceux qui vivent dans des quartiers précaires.

Tourné vers l’avenir, le rapport établit des projections terrifiantes sur ce qui arrivera si le monde ne change pas de cap : extinctions d’espèces, destructions d’écosystèmes, et des régions entières qui seront pratiquement inhabitables, car impropres à l’agriculture ou à cause de l’humidité et du stress thermique, qui empêchent le corps humain de se refroidir.

Une hausse de température de 1,5 °C augmenterait le risque de pertes simultanées de récoltes de maïs dans les principales régions productrices de denrées alimentaires, provoquant une hausse du prix des produits alimentaires, réduisant les revenus des ménages et causant des situations de malnutrition – à moins qu’une adaptation significative ne s’opère, surtout dans les régions tropicales. D’ici 2050, plus de 250 000 personnes mourraient chaque année à cause de la chaleur, de la sous-nutrition, du paludisme et de maladies diarrhéiques causées par le changement climatique.

Avec un réchauffement de 1,5 °C, entre 9 % et 18 % de la population mondiale seront régulièrement exposés à des périodes de canicule au moins une fois tous les 5 ans, ce taux d’exposition triplant si le réchauffement atteint les 2 °C. Si la hausse des températures atteint les 2 °C, le nombre de jours d’exposition à la canicule serait susceptible d’augmenter de manière exponentielle, passant de 15 millions à 170 milliards de jours-personnes. L’Inde et l’Afrique subsaharienne seraient parmi les régions les plus affectées.

« Ceux qui sont marginalisés, discriminés et exclus de la prise de décisions sont ceux qui souffrent le plus et qui subiront les conséquences les plus graves à l’avenir »

À moyen terme, environ 1 milliard d’habitant·e·s des villes et localités de faible altitude, y compris sur les petites îles, seraient exposés à des risques climatiques spécifiques aux zones côtières. La montée du niveau de la mer est une menace existentielle pour certaines petites îles et littoraux de faible altitude.
Alors que les conséquences du réchauffement climatique sont déjà là et s’aggraveront en cas de hausse encore plus forte des températures, le rapport du GIEC souligne la nécessité pour les gouvernements de mettre en place des mesures adéquates afin d’aider les populations à s’adapter. Jusque-là, ils n’ont pas alloué de ressources suffisantes à l’adaptation, y compris l’aide internationale au développement des pays riches. Cela doit changer, car des mesures d’adaptation efficaces peuvent réduire de manière significative les conséquences négatives du changement climatique sur les droits humains, comme le montrent les conclusions du rapport.

En revanche, des mesures d’adaptation ne prenant pas en compte les répercussions néfastes sur différents groupes peuvent entraîner une maladaptation, une augmentation de l’exposition au risque, une aggravation de la marginalisation de certains groupes et une exacerbation des inégalités. À l’inverse, le rapport préconise des mesures d’adaptation conçues comme des solutions multisectorielles luttant contre les inégalités sociales, comme celles qui intègrent l’adaptation au climat dans les programmes de protection sociale, ou comme les approches de conservation et de restauration des forêts qui respectent pleinement les droits des peuples autochtones et des communautés locales. Il recommande des initiatives de planification inclusives fondées sur les valeurs culturelles, les connaissances autochtones et les savoirs locaux.

Le rapport établit clairement que les mesures d’adaptation au climat, bien que cruciales, ne peuvent en aucun cas suffire. Une adaptation efficace ne permettra pas d’empêcher toutes les pertes et tous les préjudices, surtout pour les populations marginalisées et à faible revenu. De plus, il explique que la capacité d’adaptation au changement climatique des populations et des écosystèmes est limitée et que certaines limites de l’adaptation humaine ont déjà été atteintes ou pourraient l’être très rapidement. Limiter le réchauffement climatique autant que faire se peut et limiter la hausse de température à 1,5 °C est une nécessité absolue. Nous avons très peu de marge de manœuvre. Si le réchauffement climatique dépasse les 1,5 °C, même temporairement, nombre de personnes et d’écosystèmes naturels courront de graves dangers, car certains impacts augmenteront la libération de gaz à effet de serre et certaines conséquences seront irréversibles.

La déclaration finale du rapport ne saurait être plus claire : « Les preuves scientifiques accumulées sont sans équivoque : le changement climatique constitue une menace pour le bien-être humain et la santé de la planète. Tout nouveau retard dans l’action mondiale concertée et anticipée concernant l’adaptation et l’atténuation nous fera manquer la fenêtre qui, très courte et se refermant rapidement, nous permet d’assurer un avenir vivable et durable pour tous. »

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