Rassemblement pour dire « NON » à la venue des Talibans à Bruxelles

Ce mercredi 17 juin, environ 200 militant·es et représentant·es de multiples organisations de la société civile [2], ainsi que des membres de la diaspora afghane en Belgique, se sont rassemblé·es sur la place du Trône, non loin du cabinet de la ministre de l’Asile et de la Migration, Anneleen Van Bossuyt, afin d’exiger de la Belgique et de l’Union européenne qu’elles ne coopèrent en aucune manière avec les talibans, en particulier pour faciliter le renvoi d’Afghans dans leur pays.

Les participant·es à cette action ont déployé des bannières dénonçant notamment les projets de collaboration du gouvernement fédéral belge avec les talibans, tandis que diverses personnes ont pris la parole sur un podium, notamment des personnes afghanes. Des avocat·es sont revenu·es à cette occasion sur une plainte initiée par la Fédération internationale pour les droits humains (FIDH) et le Network of Afghan Diaspora Organisations in Europe (NADOE) portant sur les éventuelles implications légales pour les autorités belges et/ou européennes d’une collaboration avec les talibans, listés comme organisation terroriste par les Nations unies.

« Envisager de voir des représentants du régime des talibans fouler le sol belge en vue d’une collaboration avec la Commission européenne dépasse, et de loin, toutes les limites du tolérable. Ce rassemblement a pour objectif d’adresser notre refus le plus ferme et le plus catégorique à la poursuite de ce projet, lequel, rappelons-le, est soutenu de façon éhontée par le gouvernement belge », ont expliqué les organisateur·rices.

Le 11 mai dernier, la Commission européenne a communiqué à l’Agence France-Presse son « intention d’inviter prochainement des responsables talibans à Bruxelles pour des discussions portant sur le renvoi de migrants vers l’Afghanistan ». La Belgique figure parmi les vingt États membres soutenant ce projet, alors même que l’Union européenne proclame depuis des années qu’elle n’accordera pas de légitimité au régime sans amélioration substantielle des droits humains.

Des violations des droits humains généralisées, systématiques et massives

« Depuis l’arrivée au pouvoir des talibans il y a cinq ans, la population afghane fait face à des violations des droits humains généralisées, systématiques et massives, lesquelles s’amplifient et s’aggravent. Les femmes et les filles en font particulièrement les frais ; ces dernières subissent des restrictions et des interdictions tellement graves que certaines organisations parlent d’un véritable apartheid de genre, tout comme le Parlement européen lui-même. Ce dernier a d’ailleurs fait savoir qu’il regrettait cette initiative de la Commission », ont indiqué les organisateur·rices.

Comme l’a souligné Amnesty International dans son dernier rapport annuel sur la situation des droits humains dans le monde, les talibans se rendent notamment responsables d’actes de torture et d’autres mauvais traitements – voire exécutent – des personnes détenues et des voix critiques de leur régime. Il est par ailleurs impossible de bénéficier d’un procès équitable en Afghanistan.

« Si les femmes et les filles sont les principales victimes des violations des droits humains commises par les talibans, les hommes ne sont pas non plus à l’abri. Une fois de retour dans leur pays, les hommes renvoyés en Afghanistan courent un risque réel d’être détenus, torturés ou d’être soumis à une disparition forcée », ont précisé les organisateur·rices.

Il est également important de noter que l’Afghanistan fait face à une crise humanitaire de grande ampleur, laquelle s’est renforcée sous l’effet de catastrophes naturelles et d’un nombre sans précédent de renvois forcés depuis l’Iran et le Pakistan. Près de la moitié de la population se trouve ainsi en situation de pauvreté et, en juin 2025, l’UNICEF a indiqué que 90 % des enfants étaient en situation de pauvreté alimentaire. En outre, les attaques transfrontalières opposant les talibans et le Pakistan, de même que les frappes aériennes menées par l’armée pakistanaise, affectent de nombreux·ses civil·es.

« Le pays est gouverné par l’exclusion, la coercition et la peur. Les besoins humanitaires restent extrêmement élevés. La vie quotidienne est marquée par la lutte pour la survie économique, la restriction des libertés et une incertitude permanente. Pour les femmes et les filles, la situation est encore plus extrême. Leur exclusion de l’éducation, de l’emploi et de la vie publique a transformé la discrimination fondée sur le genre en un système de gouvernance. L’Afghanistan est donc aujourd’hui un pays où l’effondrement humanitaire et le régime autoritaire se renforcent mutuellement », a indiqué Ahmad Wali Ahmad-Yar, vice-président de NADOE.

Violation du principe de non-refoulement et normalisation d’un régime liberticide

Face à cette situation, les organisations et les membres de la diaspora afghane à l’origine de ce rassemblement s’opposent de la manière la plus ferme qui soit à des retours forcés à destination de l’Afghanistan. Elles rappellent que renvoyer des personnes dans ce contexte violerait de manière flagrante le principe contraignant de non-refoulement, qui interdit de renvoyer une personne dans un pays où elle court un risque sérieux de voir ses droits humains bafoués.

« Toute négociation avec les talibans doit cesser. Poursuivre sur cette voie équivaudrait à normaliser ce régime atroce qui détruit la vie de millions de femmes, persécute toute voix qui le critique, n’hésite pas à recourir à la torture, discrimine sans vergogne et s’essuie les pieds sur la garantie de bénéficier d’un procès équitable. Négocier avec les talibans, c’est cracher violemment au visage des valeurs fondamentales de l’Union européenne, dont la Convention européenne des droits de l’homme », ont conclu les organisateur·rices.

Complément d’information

Depuis août 2021, les talibans sont les autorités de facto de l’Afghanistan. S’ils mènent une offensive généralisée, systématique et massive contre les droits humains, les droits des femmes et des filles constituent leur cible principale. Les talibans leur interdisent notamment d’accéder à l’éducation après l’âge de 12 ans, de travailler dans un organisme des Nations unies, une ONG ou une institution étatique, ainsi que de jouir du droit de circuler librement, du droit à la liberté d’expression et du droit de participer à la vie politique.

Une nouvelle réglementation pénale récemment promulguée par le chef des talibans consacre davantage les violences et les discriminations contre les femmes. Cette réglementation prévoit également de lourds châtiments pour non-respect de la religion, ainsi que des sanctions plus graves pour les personnes de statut social inférieur, et reconnaît l’esclavage. D’autres dispositions autorisent la destruction de biens privés comme forme de châtiment, entérinent la torture et d’autres formes de mauvais traitements par le biais de châtiments corporels, et permettent l’application de la peine de mort pour un nombre accru d’infractions.

Le 23 janvier 2025, le bureau du procureur de la Cour pénale internationale a demandé des mandats d’arrêt contre le chef suprême des talibans, Haibatullah Akhundzada, et contre le président de la Cour suprême talibane, Abdul Hakim Haqqani, soupçonnés du crime contre l’humanité de persécution liée au genre en Afghanistan.

À la suite d’une résolution adoptée le 21 mai 2026, Situation of women and girls in Afghanistan following the Taliban’s adoption of the Criminal Procedure Code for Courts, le Parlement européen a exprimé son regret concernant l’invitation adressée à une délégation talibane dans le cadre de discussions liées à la migration et aux retours. La vice-présidente du Parlement européen, Pina Picierno, a publiquement critiqué la perspective de discussions avec les talibans sur les questions migratoires, estimant qu’une telle démarche risquait de contribuer à la légitimation du régime. Le groupe Renew Europe au Parlement européen a également appelé la Commission européenne à revenir sur cette invitation.

En janvier 2026, Amnesty International, le CIRÉ, la coalition MOVE, 11.11.11, Refugee Committee of Afghanistan et Vluchtelingenwerk Vlaanderen avaient déjà exprimé leur inquiétude concernant la volonté du gouvernement belge de renvoyer de force des personnes afghanes en collaboration avec les talibans.

Notes

[1Amnesty International, BelRefugees, CNCD-11.11.11, Coordination et Initiatives pour Réfugiés et Étrangers (CIRÉ), Cuistots Solidaires, Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), Ligue des droits humains, Network of Afghan Diaspora Organisations in Europe (NADOE), Progress Lawyers Network, SIREAS, Vluchtelingenwerk Vlaanderen.

[2Amnesty International, BelRefugees, CNCD-11.11.11, Coordination et Initiatives pour Réfugiés et Étrangers (CIRÉ), Cuistots Solidaires, Fédération internationale pour les droits humains (FIDH), Ligue des droits humains, Network of Afghan Diaspora Organisations in Europe (NADOE), Progress Lawyers Network, SIREAS, Vluchtelingenwerk Vlaanderen.

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