RDC : Les défis que doit relever la force nouvelle de la MONUC

AI Index : AFR 62/033/2003 (Document Public)

Les troupes de la MONUC qui prendront ce 1er septembre 2003 la relève de la force multinationale, nouvellement mandatée par le Conseil de Sécurité des Nations Unies pour imposer la paix, doivent montrer leur détermination et leur efficacité en redonnant espoir à une population angoissée par l’intensification d’une violence ciblée et aveugle, a déclaré Amnesty International.

"Il est impératif que les troupes de la MONUC fassent oublier les précédents fâcheux du fait de leur incapacité criante à protéger les populations civiles des ’mouroirs sanglants’ qui les
menaçaient," a insisté Amnesty International.

Après trois mois de présence de la force internationale à Bunia, la
ville reste toujours divisée selon les appartenances ethniques de ses résidents. Cette séparation souligne l’ampleur des tensions ethniques attisées et exploitées par une élite politique et militaire. La périphérie sud, notamment les quartiers occupés majoritairement par les populations Lendu fidèles au Front des nationalistes et des intégrationnistes (FNI), est presque inaccessible aux Hema et la périphérie nord et
une partie du centre de la ville, à dominante Hema, sont quasiment inaccessibles aux Lendu. Des civils se sont faits font lyncher en pleine ville, devant les yeux des hommes de la MONUC, simplement du fait de leur appartenance ethnique présumée.

Le 1er Août 2003, quatre sujets Nande, vendeurs d’oignons à Bunia,
ont été enlevés par des éléments de l’Union des patriotes congolais (UPC) et conduits à Miala où ils ont été exécutés.

La terreur et les massacres continuent à causer un exode massif de
populations des villages non protégés par la Force Multinationale
d’Intervention Rapide (Artémis) vers la ville de Bunia et autres
destinations jugées moins dangereuses. Un nombre important de déplacés de
Medu, Lipri et Zumbe, trois localités situées en dehors de Bunia ville, et
vivant dans le camp de déplacés de l’Aéroport, craignent toujours de
retourner chez eux par peur d’y être tués la nuit ; l’aide humanitaire
distribuée dans les quartiers n’a pas encore convaincu les habitants de
Bunia de quitter les camps de fortune et regagner leur domicile.

"Pour relever le défi de la sécurité à Bunia et dans l’Ituri en
général, la nouvelle force de la MONUC doit d’abord gagner la confiance d’une population civile vivant dans l’incertitude du lendemain et exprimant
tout haut leur besoin de protection et leur soif de justice," a ajouté Amnesty International.

En dehors de Bunia, la situation est encore plus dramatique. La ville de Bogoro, située dans la région d’Irumu et qui était un centre économique de premier plan, n’existe plus aujourd’hui. En un mois de
violence aveugle, elle a été presque rayée de la carte du Congo sans qu’aucune force ne puisse protéger les civils. Tchomia elle-même est vidée
de presque tous ses habitants et les territoires de Jugu et d’Irumu sont décimés, à la suite de pillages et d’incendies provoqués par les groupes armés, toutes tendances confondues. Aru et ses environs subissent les atrocités des éléments des Forces armées du peuple congolais (FAPC), dirigées par le commandant Jérôme Kakwavu et soutenues par l’Ouganda.

Recommandations
Une réponse à la crise est nécessaire pour protéger les populations civiles,
mais elle doit s’accompagner d’un processus politique visant à créer un
cadre durable pour le dialogue national et surtout d’une justice
nationale pour poursuivre les crimes de droit commun, et d’une justice
internationale pour les crimes de guerre et autres crimes contre l’humanité. Le Conseil de Sécurité des Nations unies a clairement donné ce
mandat à la MONUC dans sa dernière résolution 1493 du 28 Juillet 2003.

Amnesty International :

lance un appel à la MONUC afin qu’elle suscite et accompagne ce processus politique en poursuivant les rencontres du Comité de concertation des groupes armés, en créant un contexte favorable au respect des droits humains, notamment le droit de la femme et de l’enfant ;

se réjouit du vote de la résolution 1501 du 26 Aout 2003, par le Conseil de
Sécurité de l’ONU autorisant la Force Multinationale de l’Union Européenne
à soutenir le déploiement des troupes de la MONUC jusqu’au 15 septembre, et
souhaite qu’un tel soutien dure au moins jusqu’à la fin du déploiement
total et effectif des troupes ;

souhaite que le nouveau mandat de la MONUC soit appliqué non seulement en déployant rapidement des troupes de sécurité dans tout Bunia et au-delà de Bunia, mais y compris dans les territoires qui lui échappent actuellement ;

en appelle à l’établissement effectif de la police civile gérée par la
MONUC dans Bunia et progressivement dans tout l’Ituri afin de prévenir
les atteintes à l’intégrité physique des civils non-armés, les vols et
extorsions de biens privés. La police doit favoriser une libre
circulation des biens et des personnes, pour l’instant inexistante dans l’Ituri, et maintenir l’ordre publique ;

en appelle à la mise sur pied d’un mécanisme judiciaire afin que les
violations des droits civils et politiques fassent l’objet d’enquêtes, et que les présumés auteurs de ces violations soient déférés devant la justice.

Contexte
La Force Multinationale sous commandement français, mandatée par le Conseil
de Sécurité des Nations Unies et dépêchée par l’Union Européenne, a été
déployée au début de Juin 2003 à Bunia, à la suite de l’embrasement de la ville par les groupes armés après le retrait soudain des forces ougandaises d’occupation, le 5 Mai 2003. Composée majoritairement d’effectifs français
et de quelques éléments d’autres pays de l’Union européenne et de l’Afrique
du Sud, cette force a un mandat limité dans le temps et dans l’espace. Ce
mandat ne s’étend pas au-delà de la ville de Bunia où les affrontements
interethniques, essentiellement entre les Hema et les Lendu, deux
communautés pourtant minoritaires de l’Ituri, se sont accentués et ont déjà
fait depuis 1999 plus de 50.000 de morts et des centaines de milliers de
déplacés.

De nombreuses poches de résistances organisées autour d’éléments
armés de l’UPC restent encore très hostiles aux troupes de l’opération
Artémis généralement acceptée par les populations. Depuis son déploiement
et surtout depuis l’instauration de l’opération "Bunia ville sans armes
visibles," les attaques d’éléments en armes contre le contingent sont
monnaie courante.

Le 18 Août 2003 en pleine journée, alors qu’elles effectuaient à
pieds une patrouille de sécurité à Miala dans la zone nord de la ville de
Bunia, les troupes françaises ont essuyé des tirs provenant des éléments
de la milice Hema. Elles ont riposté tuant 3 personnes. Cet incident
survenu à deux semaines de la fin du mandat de cette force illustre bien à
lui seul, non seulement la précarité de la situation à Bunia et
ses environs mais aussi et surtout le grand défi que doit relever la
nouvelle force de substitution de la MONUC.

http://web.amnesty.org/pages/cod-040803-petition-eng (english)
http://web.amnesty.org/pages/cod-040803-petition-fra (french)
http://web.amnesty.org/pages/cod-040803-petition-esl (spanish)

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