RÉPUBLIQUE CENTRAFRICAINE : Des centaines de femmes violées abandonnées à leur sort

La communauté internationale doit fournir les ressources humaines et
matérielles et veiller à ce que le gouvernement de la République
centrafricaine fasse en sorte de protéger et de promouvoir le droit des
femmes et des jeunes filles de n’être soumises à aucune violence physique,
psychologique ou sexuelle, a déclaré Amnesty International ce mercredi 10
novembre à l’occasion d’un nouveau rapport sur les très nombreux viols
commis en République centrafricaine.

Pendant plusieurs mois, à la fin de l’année 2002 et au début de l’année
2003, des centaines de femmes et de jeunes filles ont été violées ou ont
subi des violences, sexuelles et autres, en République centrafricaine. La
plupart des viols se sont produits au nord de Bangui, en particulier au PK12
(Point kilomètre douze) et au PK22 (Point kilomètre vingt-deux).

Le rapport, intitulé République centrafricaine : cinq mois de guerre contre
les femmes, atteste de nombreux viols, perpétrés par des combattants de
République centrafricaine, du Tchad et de la République démocratique du
Congo (RDC). Les forces du Mouvement pour la libération du Congo (MLC,
groupe d’opposition armé congolais) étaient alliées au gouvernement alors en
place du président Ange Patassé, tandis que les troupes tchadiennes
appuyaient son adversaire et actuel président François Bozizé.

Les conclusions d’Amnesty International, au terme des données rassemblées
par ses chercheurs fin 2003, laissent penser qu’au cours de ces cinq mois,
les viols commis par toutes les parties, mais plus particulièrement par les
combattants du MLC, ont été nombreux et systématiques. Les auteurs ont
bénéficié d’une impunité totale et sont encore aujourd’hui libres de
perpétrer de nouvelles atteintes aux droits humains et de nouveaux viols.

Des fillettes âgées de huit ans seulement et des femmes d’une soixantaine
d’années ont été violées, selon les organisations humanitaires et de défense
des droits humains qui ont pris en charge les victimes fin 2002 et début
2003. Beaucoup ont été attaquées chez elles, ou en fuyant les zones de
combat, ou à des barrages routiers. Elles ont été violées devant leur mari,
leurs enfants ou leurs parents. Des femmes et des enfants sont morts dans
ces circonstances. Des proches, les maris notamment, qui tentaient de
s’interposer, auraient été menacés, agressés et tués. Dans quelques cas, des
enfants ont été contraints à des rapports sexuels avec leur mère, leurs
sœurs ou d’autres parentes.

Le gouvernement n’a rien fait pour protéger les victimes et nie que de
telles exactions se sont produites.

Selon de très nombreuses sources à Bangui, les viols perpétrés par les
combattants du MLC avaient en partie pour but de punir les femmes, accusées
de soutenir les combattants menés par Bozizé. Il semble aussi qu’il se soit
agi d’une tactique délibérée pour humilier les hommes, en apportant la
preuve de leur impuissance à protéger leurs femmes et leurs familles.

Des organisations humanitaires et de défense des droits humains ayant
dénoncé ces viols fin 2002, le gouvernement du président Patassé a dans un
premier temps nié les exactions, pour ne pas s’aliéner, semble-t-il, ses
principaux alliés du MLC, auteurs présumés des agressions. Bien que le
gouvernement ait ensuite reconnu la vérité des allégations, aucune action
significative n’a été entreprise pour poursuivre en justice les auteurs
présumés des viols.

En novembre 2002, le MLC aurait reconnu les exactions. Dans les zones de la
RDC contrôlées par le MLC, des tribunaux militaires ont jugé et déclaré
coupables les combattants de groupes armés accusés d’indiscipline et
d’atteintes aux droits humains. Aucun n’a été condamné pour viol. Les
autorités en place en République centrafricaine n’ont encore entamé aucune
procédure en vue d’obtenir la coopération des autorités de RDC pour
identifier des auteurs présumés et les traduire en justice ou engager des
poursuites contre les dirigeants du MLC. En octobre 2004, personne n’avait
encore été inculpé pour les viols commis fin 2002 et début 2003.

Le viol et les autres formes de violence sexuelle constituent une
infraction, au regard du Code pénal de Centrafrique. Amnesty International
craint que l’absence de peine minimum n’ouvre la voie à des abus ou au
prononcé de peines trop légères. Le droit international exige des États
qu’ils prennent des mesures pour mettre un terme aux violations persistantes
des droits humains et empêcher leur recrudescence.

« Lorsque des États se montrent incapables de réagir face à des violences
sexuelles avérées et aux atteintes aux droits humains des femmes et des
petites filles, ils envoient un signal indiquant que de telles agressions
peuvent être perpétrées en toute impunité. Ce faisant, ils manquent à leur
devoir en ne prenant pas les mesures nécessaires pour protéger le droit des
femmes et des jeunes filles à l’intégrité physique , a déclaré Amnesty
International.

Selon les membres d’organisations humanitaires et de défense des droits
humains à Bangui, les hommes et femmes victimes de viol sont gravement
traumatisés par cette expérience. Les travailleurs sociaux pensent que le
traumatisme continuera d’affecter leurs relations avec les autres pendant
très longtemps. Certains pourraient ne jamais s’en remettre.

Les victimes craignent souvent d’être stigmatisées ou se sentent trop
embarrassées pour venir témoigner sur ce qui leur est arrivé. Le viol fait
naître un sentiment de honte chez les victimes, leurs conjoints et les
membres de leur famille proche. Les conjoints ont tendance d’une manière
générale à les rejeter de façon à ne pas se trouver associés aux victimes,
souvent considérées par les membres de leur communauté et leurs époux comme
impures, ou même consentantes et donc immorales. Parfois, les conjoints
craignent que les victimes n’aient été contaminées par une maladie
sexuellement transmissible, notamment par le VIH.

Craignant de se retrouver stigmatisées et rejetées par leurs maris si leur
témoignage devenait public, beaucoup de femmes musulmanes ne sont pas prêtes
à parler de ce qu’elles ont vécu aux organisations humanitaires et de
défense des droits humains. Interrogés par les chercheurs d’Amnesty
International qui leur ont demandé plus spécifiquement s’il y avait eu des
viols dans leur région, les représentants de la communauté musulmane ont
déclaré qu’aucune femme n’avait été violée. Cela indique, semble-t-il, que
les hommes dont les femmes et les filles avaient été violées craignaient
également de se retrouver stigmatisés au sein de leur communauté.

De nombreux rapports ayant fait état des viols systématiques, le Programme
des Nations unies pour le développement (PNUD) a offert de financer un
projet visant à aider les personnes ayant survécu à des viols. Ce projet,
qui a démarré le 28 novembre 2002, s’est attaché à retrouver les personnes
ayant survécu à des viols et à leur fournir une aide médicale d’urgence.
Cette aide médicale comprenait des soins pour les blessures physiques
infligées ainsi que des tests de dépistage du VIH et d’autres maladies
sexuellement transmissibles. Les personnes ayant survécu à des viols se
voyaient également offrir un soutien psychologique pour les aider à
surmonter le traumatisme subi, aussi bien par elles que par leurs familles
et leurs maris ou compagnons.

Les autorités centrafricaine doivent également prendre des mesures
éducatives, administratives et judiciaires pour combattre et, au final,
éradiquer la violence contre les femmes.

« Au nombre des remèdes apportés aux femmes ayant souffert de telles
violences doivent figurer l’ouverture prompte d’enquêtes efficaces,
indépendantes et impartiales, l’accès à la justice, aux soins médicaux, à
des réparations pour les souffrances subies, ainsi que l’accès à une
information factuelle concernant toute violation », a indiqué l’organisation
aux autorités de la République centrafricaine et à la communauté
internationale.

Le gouvernement doit mettre en place une commission d’enquête compétente,
indépendante, impartiale et disposant des ressources nécessaires pour mener
une enquête approfondie, dans tout le pays, sur les viols perpétrés par des
combattants, notamment à la fin de l’année 2002 et au début de l’année 2003.
Il doit demander à la communauté internationale de soutenir cette initiative
en lui fournissant les ressources humaines et matérielles nécessaires.

Le gouvernement doit s’efforcer d’obtenir la coopération du gouvernement de
la RDC et des dirigeants du MLC afin que la commission d’enquête puisse
interroger les membres du MLC qui étaient déployés en République
centrafricaine entre octobre 2002 et mars 2003, retrouver les auteurs
présumés et les traduire en justice.

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