RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO : Il faut que justice soit rendue maintenant aux victimes des massacres de Kisangani

Index AI : AFR 62/009/02

Deux ans après le massacre qui avait fait jusqu’à 1 200 morts en juin 2000 à Kisangani, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), Amnesty International craint fort que les homicides illégaux dont ont été victimes à la mi-mai 2002 jusqu’à 200 personnes dans cette même ville n’aient été une conséquence directe de l’impunité dont bénéficient les meurtriers de juin 2000.

" Il est naturellement essentiel que ces homicides soient condamnés, mais le Conseil de sécurité des Nations unies et les États membres de l’ONU doivent aller plus loin et exiger que les autorités respectent le droit international relatif aux droits humains, en prenant les mesures nécessaires pour que les auteurs de ces agissements et ceux qui les dirigent soient traduits en justice ", a déclaré ce jour (mardi 11 juin 2002) Amnesty International.

D’après les informations recueillies, les atteintes aux droits humains de mai 2002, qui ont notamment pris la forme d’exécutions sommaires de civils et de combattants, de viols et de pillages, ont été commises par des membres de l’Armée patriotique rwandaise (APR) et des combattants fidèles au Rassemblement congolais pour la démocratie (RCD-Goma), faction basée à Goma qui s’efforce de déstabiliser le gouvernement de la RDC avec le soutien du régime rwandais.

Ces homicides délibérés et arbitraires, qui ont duré pendant plusieurs jours, ont débuté quelques heures après qu’un groupe de mutins du RCD-Goma eut pris possession de la station de radio de ce groupe politique armé à Kisangani, le 14 mai, et appelé la population à utiliser tous les moyens envisageables pour mettre fin à l’occupation rwandaise de l’est de la RDC. Des centaines de civils auraient alors envahi les rues en réponse à cet appel, et tué plusieurs soldats de l’APR ainsi que des civils soupçonnés d’être rwandais.

" Ces atrocités rappellent celles perpétrées il y de cela deux ans par les troupes ougandaises et rwandaises, appuyées par leurs alliés armés congolais. Le fait qu’elles se soient reproduites dans la ville même dont le Conseil de sécurité des Nations unies avait exigé la démilitarisation indique clairement que l’ONU et ses États membres ne se sont pas montrés suffisamment déterminés à traduire en justice les auteurs présumés des violences précédentes ", a fait observer Amnesty International.

Au nombre des civils abattus figurent Roger Bombata, enseignant, et sa mère Godée, ainsi que Vicky Longombe, étudiante à l’Institut Home-Feyen, et sa grand-mère âgée de soixante-dix ans, Mbutu. Des enfants ont également été tués, parmi lesquels Dieu-Merci Bonganga, quatre ans, abattu dans sa chambre. Ces homicides seraient le fait d’une unité du RCD-Goma connue sous le nom de Zoulou, placée sous le commandement de l’APR.
D’après les informations recueillies, parmi les combattants sommairement exécutés figurent les commandants Dominique Kamba Mukunji, Yugo, Mangbau et Nyembo.

Bien que le RCD-Goma ait d’abord affirmé que moins de 40 mutins et combattants demeurés fidèles à ce groupe politique armé avaient été tués dans des échanges de tirs le 14 mai 2002, certaines sources à Kisangani ont indiqué que quelques jours plus tard, plusieurs dizaines de corps, enfermés dans des sacs dans de nombreux cas, avaient été aperçus en train de flotter dans la rivière Tshopo, proche de Kisangani. Certains des corps, mains liés derrière le dos, avaient apparemment été décapités. On ignore si les victimes, dont bon nombre étaient, semble-t-il, des policiers ou des soldats du RCD-Goma, avaient eu la tête coupée avant ou après leur mort. Des sources à Kisangani ont également indiqué que nombre des corps mutilés repêchés dans la rivière avaient été éviscérés et que leurs meurtriers leur avaient rempli le ventre de pierres, manifestement dans le but de les empêcher de flotter.

Comme en juin 2000, des combattants se sont livrés en mai 2002 à des homicides, des viols et des pillages à Kisangani alors que se trouvaient dans la ville des membres de la Mission de l’ONU pour le Congo (MONUC), chargée de veiller au respect de l’accord de cessez-le-feu signé en juillet 1999.
Pour montrer son mépris de l’opinion congolaise et internationale, le RCD-Goma a expulsé du territoire placé sous son contrôle plusieurs membres de la MONUC début juin 2002, et exigé le retrait du représentant spécial du secrétaire général des Nations unies en RDC.

Le RCD-Goma a imputé à des défenseurs des droits humains de Kisangani la responsabilité des mouvements de protestation suscités par les homicides et autres atteintes aux droits humains. Le missionnaire catholique Xavier Zabalo a été détenu pour une courte période et interrogé sur les liens qu’il entretenait avec un groupe local de défense des droits humains. Son collègue Guy Verhaegen a dû recevoir des soins médicaux après avoir été frappé à coups de crosse de fusil. Craignant pour leur sécurité, des défenseurs des droits humains de Kisangani se sont réfugiés dans la clandestinité pendant environ deux semaines.

Les Nations unies et d’autres organisations intergouvernementales (OIG), telles que l’Union européenne (UE) et l’Union africaine, ainsi que les États attachés à la paix et à la justice, doivent faire clairement savoir que les auteurs présumés des atrocités commises en juin 2000 et en mai 2002 à Kisangani ainsi que leurs dirigeants seront traduits en justice. Il est essentiel que les victimes obtiennent réparation dans le cadre de ce processus, sous forme de restitution en nature, de dédommagement et de mesures de réadaptation.

" Les victimes doivent obtenir justice maintenant. Nul ne saurait être considéré comme au-dessus des lois internationales. La communauté internationale a décidé que l’ancien président yougoslave Solobodan Milosevic et les anciens dirigeants rwandais devaient répondre de leurs crimes. Toute impunité doit également être refusée aux dirigeants d’Afrique centrale et à leurs bandes de supplétifs responsables de crimes de guerre et d’autres violations du droit international humanitaire en RDC ", a conclu Amnesty International.

Complément d’information

En juin 2000, jusqu’à 1 200 personnes, des civils pour la plupart, avaient été tuées illégalement et un grand nombre d’habitations et de bâtiments publics, notamment des églises et des centres de soins, avaient été détruits ou gravement endommagés. Des escadrons de la mort du Rwanda, de la RDC et d’autres pays de la région ont tué illégalement jusqu’à 200 000 personnes, des réfugiés rwandais pour la plupart, en RDC entre octobre 1996 et mai 1997. On estime que jusqu’à 2,5 millions de personnes ont été tuées ou ont perdu la vie en raison de la guerre menée depuis août 1998 en vue de renverser le gouvernement de la RDC.

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