RÉPUBLIQUE POPULAIRE DE CHINE : « Nous voulons manger, nous voulons du travail. »*

Index AI : ASA 17/021/02

En Chine, l’agitation grandissante du monde du travail fait l’objet d’une
forte répression qui se traduit notamment par des emprisonnements, des actes
de torture et le non-respect de droits humains fondamentaux comme la liberté
d’association et d’ex-pression, a déclaré Amnesty International dans un
nouveau rapport qui paraît ce jour (30 avril), veille du 1er mai.

« Des travailleurs en colère qui mani-festaient contre les licenciements,
les salaires impayés, les conditions de travail déplorables et la corruption
de l’en-cadrement ont été confrontés à l’intervention musclée de la police
et à la répression. Les affrontements entre travailleurs et policiers armés
ont fait plusieurs victimes et se sont soldés par des arrestations. Il est
fréquent que ces manifestations ne soient pas portées à la connaissance du
public, car les autorités locales cherchent à dissimuler la gravité et
l’ampleur des mouvements de protestation », a indiqué l’organisation de
défense des droits humains.

De nombreux militants et sympathisants du mouvement syndical ont été passés
à tabac, pendant les manifestations ou peu après, et écroués, puis remis en
liberté après une courte période de détention. D’autres, essentiellement les
organisateurs de ces rassemblements, ont été formellement inculpés et
condamnés à de lourdes peines d’emprisonnement. Les autorités ont égale-ment
pris pour cible les journalistes et les avocats, qui s’exposent à des
manœuvres d’intimidations, voire à des arrestations, s’ils prennent
ouvertement parti pour les travailleurs.

Cao Maobing, militant syndicaliste dans une manufacture de soie à Funing,
dans la province du Jiangsu, a indiqué qu’en 2001, après avoir organisé une
grève et tenté de créer un syndicat pour lutter contre la corruption des
directeurs de l’usine, il avait passé sept mois à l’hôpital psychiatrique n°
4 de Yancheng, où on lui aurait administré de force des médicaments et des
électrochocs.

Depuis la fin des années 80, il y a eu en Chine plusieurs tentatives de
former de syndicats indépendants pour faire entendre la voix des
travailleurs. Toutefois, elles ont à chaque fois été rapidement réprimées et
les chefs mis en prison.

Certes, les contacts entre les syndicats étrangers et la Fédération
nationale des syndicats chinois (FNSC, l’organisme syn-dical officiel) sont
de plus en plus fréquents, mais il est rare que les questions concernant
l’indépendance des syndicats et la détention de militants syndicalistes
soient ouvertement abordées.

Amnesty International publie également ce jour un document qui expose le cas
de personnes détenues dans les prisons chinoises, dont certaines ont été
emprisonnés pour avoir tenté de défendre les droits des travailleurs. Il y
a, parmi elles, des personnes qui sont emprisonnées depuis 1989, qui ont été
torturées et se trouvent dans un état de santé critique. Les membres
d’Amnesty International engagent les syndicats à faire connaître ces cas
individuels et à promouvoir les droits humains des travailleurs en général
lors de leurs contacts avec le gouvernement chinois et le syndicat officiel.
Amnesty International exhorte les autorités chinoises à permettre aux
tra-vailleurs du pays d’exercer pleinement et librement leurs droits à la
liberté d’asso-ciation et d’expression, y compris celui de créer des
syndicats indépendants et d’orga-niser des manifestations pacifiques, sans
qu’ils aient à craindre d’être placés en détention ou torturés.

Contexte

Le processus de libéralisation de l’économie chinoise est marqué par la
fermeture de grandes entreprises d’État qui procèdent à des millions de
licenciements. Bien souvent, les primes de licenciement et les allocations
promises aux travailleurs ne leur sont jamais versées, et de nombreuses
affaires de détournement de ces fonds par des fonctionnaires corrompus sont
signalées.

Quant aux travailleurs qui ont un emploi, leurs conditions de travail sont
souvent très difficiles : les heures supplémentaires sont fréquemment
obligatoires ; les travailleurs peuvent se voir refuser le droit de se
marier ; il leur est souvent interdit de se déplacer à l’intérieur de
l’usine (où ils sont logés) ou d’en sortir en dehors des heures de travail ;
de parler pendant le travail ; et ils peuvent recevoir une amende s’ils se
rendent trop souvent aux toilettes. La plupart du temps, les travailleurs
qui se plaignent de leurs conditions de travail sont congédiés, ou leurs
doléances restent lettre morte.

Il arrive fréquemment que des travailleurs soient exposés à des produits
chimiques ou à des explosifs sans que soient prises les mesures de sécurité
adéquates. Aussi les accidents graves sont-ils monnaie courante : au cours
des six premiers mois de l’année 2001, on estime à environ 1 200 le nombre
de personnes qui auraient trouvé la mort dans 64 sinistres industriels.
Selon certaines informations, dans les usines de la zone économique spéciale
de Shenzhen, au sud de la Chine, il y a en moyenne 13 ouvriers qui perdent
un doigt ou un bras chaque jour, et un ouvrier qui meurt d’un accident du
travail tous les 4,5 jours.

Les syndicats indépendants sont interdits en République populaire de Chine.
C’est la Fédération nationale des syndicats chinois (FNSC) qui régit toute
l’activité syndicale du pays. En octobre 2001, la Loi relative aux syndicats
a été modifiée. Pourtant, malgré quelques améliorations, la version remaniée
de la loi continue de restreindre rigoureusement le droit des travailleurs à
la liberté d’association et d’expression, et certains amendements ont même
fait régresser les droits des travailleurs.

En ratifiant le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux
et culturels (PIDESC), le 28 février 2001, le gouverne-ment chinois a fait
un important pas en avant ; il a en effet reconnu son obligation de veiller
à ce que le peuple chinois bénéficie de ces droits. Toutefois, les autorités
chinoises ont apporté une réserve à l’article 8 du Pacte qui garantit les
droits syndicaux, et en particulier à l’article 8-1-a relatif à la liberté
d’association.

* Selon les informations recueillies, ce slogan était scandé par des
travailleurs participant aux manifestations de mars 2002 dans la ville de
Liaoyang.

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