Communiqué de presse

République tchèque. Les enfants roms sont victimes de discriminations systématiques à l’école

Des élèves roms connaissent la discrimination et la ségrégation au quotidien parce que le gouvernement tchèque manque depuis longtemps à son devoir consistant à lutter contre des préjugés très tenaces au sein du système éducatif, écrit Amnesty International dans un nouveau rapport rendu public jeudi 23 avril.

Ce document, intitulé Must try harder : Ethnic discrimination of Romani Children in Czech schools, explique comment les autorités tchèques portent atteinte aux droits fondamentaux des enfants roms dans des écoles du pays entier. Des enfants roms sont victimes de ségrégation dans le système éducatif classique, cantonnés à des classes, des bâtiments et des écoles séparés destinés aux seuls Roms, quand ils ne sont pas placés dans des établissements pour élèves présentant des « handicaps mentaux légers ». Les élèves scolarisés dans des établissements pluriethniques sont victimes de brimades et de harcèlement.

« La ségrégation généralisée des élèves roms est un exemple terrible de préjugé systématique, en vertu duquel des écoles font connaître à des enfants une discrimination implacable dès leur plus jeune âge », a déclaré Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International, qui a effectué le lancement du rapport à Prague, en République tchèque, jeudi 23 avril.

« En s’abstenant depuis des années de trouver une solution au problème, non seulement le gouvernement tchèque enfreint le droit de l’Union européenne, notamment en matière de droits humains, mais il restreint les opportunités de dizaines de milliers de citoyens tchèques. N’ayons pas peur des mots : il s’agit purement et simplement de racisme. »

Le rapport est rendu public alors que la Commission européenne s’apprête à évaluer les progrès effectués par la République tchèque sur ce terrain. En septembre 2014, la Commission a engagé une procédure d’infraction sans précédent contre la République tchèque pour atteintes à la législation communautaire contre la discrimination. Si le gouvernement n’introduit pas les mesures qui s’imposent, la Commission pourrait saisir la Cour de justice de l’UE.

Ségrégation

Amnesty International a constaté que les autorités tchèques placent systématiquement des enfants roms dans des écoles pour élèves atteints de « handicaps mentaux légers » où les possibilités d’apprentissage sont réduites.

Près d’un tiers des élèves de ces établissements d’enseignement dit « pratique » sont roms, bien que la minorité rom représente moins de 3 % de la population tchèque.

Andrej a été envoyé dans une école pratique lorsqu’il était en dernière année de primaire. Désormais âgé de 15 ans, il a déclaré à Amnesty International qu’il n’avait pas compris qu’on le transférait dans une école censée accueillir des élèves présentant des handicaps mentaux. « Ils nous rendent idiots dans les écoles pratiques. C’est vraiment facile. Ils enseignent plus lentement et je ne pense pas que je pourrai aller dans un bon lycée ensuite », a-t-il dit.

Les enfants roms sont par ailleurs victimes de ségrégation au sein des établissements scolaires classiques, se retrouvant souvent dans des écoles réservées aux seuls Roms ou dans des écoles pluriethniques mais dans un bâtiment ou une classe à part.

Élèves abandonnés et brimades racistes

Les enfants roms scolarisés dans des établissements classiques où les ethnies sont mélangées estiment souvent qu’ils sont traités différemment par leurs camarades et enseignants.

On ne leur propose aucun soutien linguistique bien que le tchèque ne soit pas la langue maternelle de beaucoup d’entre eux.

Petr, un garçon rom en dernière année de primaire dans une école pluriethnique classique à Dìèín a expliqué à Amnesty International qu’il est souvent victime de brimades. « Ils m’insultent parce que je suis rom. La maîtresse ne s’en occupe pas et quand je lui dis, elle m’accuse d’avoir commencé. Elle nous traite différemment. »

« Pratiquer une ségrégation ethnique n’est pas une réponse adaptée à l’échec scolaire. Il faut au contraire trouver des solutions pour soutenir tous les enfants de manière inclusive, afin qu’ils puissent exercer leur droit à l’éducation de la même façon. Ce n’est pas un "luxe" mais une obligation légale et un impératif moral », a déclaré Salil Shetty.

Peut mieux faire

En février 2015, le gouvernement a fait part de son projet de suppression des « écoles pratiques » et a annoncé qu’il réévaluera sa politique de financement de l’éducation.

Aucun plan n’a cependant encore été adopté sur la marche à suivre pour appliquer ces décisions, ni aucun calendrier concret pour leur mise en œuvre.

« Le Premier ministre Bohuslav Sobotka et son gouvernement ont fait preuve de plus d’empressement à résoudre le problème que leurs prédécesseurs, mais il reste encore beaucoup à faire. Nous avons déjà vu des promesses de réforme du système éducatif ne jamais se concrétiser. Cela fait des décennies que les enfants roms sont victimes de discrimination. Il est temps que cela cesse », a déclaré Salil Shetty.

Amnesty International demande au gouvernement tchèque de créer un système visant à faire appliquer et suivre les changements promis, mettant à contribution des inspecteurs académiques chargés d’amener chaque école à rendre des comptes.

« La ségrégation à l’école ne sera pas éradiquée en bricolant des solutions pour un système défaillant. Cette méthode a été testée et a échoué. Tant que le gouvernement ne s’attaquera pas aux préjugés ethniques qui sont au cœur du problème, cela continuera », a déclaré Salil Shetty.

Notes

En novembre 2007, la Cour européenne des droits de l’homme a estimé que la République tchèque avait violé les droits d’enfants roms à la non-discrimination dans leur accès à l’éducation et a demandé au gouvernement de mettre fin à cette discrimination.

La publication du rapport marque le coup d’envoi de la nouvelle action d’Amnesty International visant à garantir pleinement l’accès sans discrimination de tous les enfants roms à l’éducation en République tchèque.

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