Communiqué de presse

Russie. Trois manifestants de l’opposition ont été incarcérés après avoir commémoré les événements de Bolotnaïa

Vendredi 8 mai, Amnesty International a critiqué la condamnation prononcée par un tribunal russe contre trois militants de l’opposition qui avaient participé à une manifestation non violente sur une place publique à Moscou quelques jours auparavant.

Un tribunal de Moscou a condamné Alexandre Rykline et Sergueï Charov-Delaunay à 10 jours de détention administrative jeudi 7 mai, pour avoir chacun manifesté individuellement la veille sur la place Bolotnaïa, dans la capitale, afin de commémorer le troisième anniversaire de la répression violente d’une action de protestation organisée par l’opposition sur cette même place en 2012.

Irina Kalmykova, qui s’était jointe à d’autres manifestants non violents sur la place ce jour-là, a quant à elle été condamnée à six jours de détention administrative, à l’issue d’un procès durant lequel le juge a décidé de manière arbitraire de ne pas laisser son avocat plaider.

« Personne ne devrait être enfermé pour s’être simplement tenu debout avec une pancarte entre les mains sur une place publique - le fait que ces trois manifestants soient privés de liberté pour cela montre une nouvelle fois que le Kremlin continue à essayer d’étouffer toute opposition visible », a déclaré Sergueï Nikitine, directeur du bureau d’Amnesty International à Moscou.

« Les charges retenues contre eux bafouent leurs droits fondamentaux, et ils doivent être immédiatement libérés. Il s’agit de prisonniers d’opinion, détenus uniquement pour avoir exercé pacifiquement leur droit à la liberté d’expression. »

Alexandre Rykline est un journaliste, auteur et militant politique de longue date. Sergueï Charov-Delaunay est un sympathisant déclaré des militants ayant été emprisonnés après les manifestations de Bolotnaïa en 2012. Tous deux sont des personnages publics connus pour leurs activités politiques et pour avoir ouvertement critiqué la situation politique en Russie.

Les policiers les ayant arrêtés le 6 mai ont déclaré que les deux hommes hurlaient des slogans « antifascistes » et réclamaient la libération de prisonniers politiques, preuve selon les fonctionnaires que ces militants avaient organisé une « manifestation illicite ». Mais les accusés ont nié avoir hurlé quoi que ce soit ou avoir organisé le rassemblement, et des séquences vidéo montrent qu’Alexandre Rykline et Sergueï Charov-Delaunay étaient silencieux au moment de leur arrestation et qu’ils se tenaient à l’écart de la manifestation pacifique sur la place Bolotnaïa. Les manifestations individuelles sont la seule forme de protestation ne requérant pas l’autorisation préalable des autorités russes.

Irina Kalmykova, la troisième accusée, a été inculpée d’« infraction répétée » à la loi sur les rassemblements, en vertu de modifications apportées à ce texte l’an dernier.

Des atteintes au droit à un procès équitable ont été signalées lors des trois audiences.

Les trois accusés faisaient partie d’une soixantaine de personnes appréhendées le 6 mai 2015 sur la place Bolotnaïa. Les autres manifestants ont été remis en liberté au bout de quelques heures, et au moins un d’entre eux a été condamné à verser une amende d’un montant de 10 000 roubles (soit environ 176 euros).

Les autorités russes avaient interdit les rassemblements publics ce jour-là sur la place Bolotnaïa, qui se trouve près du Kremlin. Le but était d’éviter toute commémoration publique de l’anniversaire des violations et injustices commises lors de l’opération de répression de sinistre mémoire menée contre les manifestations ayant eu lieu sur la place Bolotnaïa le 6 mai 2012 après le retour au pouvoir de Vladimir Poutine.

« La réaction de la police aux manifestations qui se sont tenues sur la place Bolotnaïa en 2012 et les procès qui s’en sont suivis sont devenus des symboles de l’opposition et de la répression dans la Russie d’aujourd’hui. Il est donc peu surprenant que les autorités fassent tout ce qui est en leur pouvoir pour fouler au pied les droits des citoyens et réprimer le souvenir de ces événements », a déclaré Sergueï Nikitine.

Amnesty International a demandé à de nombreuses reprises aux autorités russes de remanier la législation en vigueur sur les rassemblements publics en Russie, qui interdit les réunions publiques « non autorisés » autres que les manifestations individuelles.

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