communiqué de presse

Serbie. Le « nettoyage » d’un quartier rom bafoue le droit international

Amnesty International condamne l’expulsion forcée de familles roms vivant dans des installations informelles à Vidikovac, un quartier de la municipalité de ?ukarica, à Belgrade.

Cette évacuation, qui a commencé le 22 avril et s’est poursuivie le lendemain, a été conduite par les autorités de la ville de Belgrade et de la municipalité de ?ukarica dans le mépris le plus complet des obligations régionales et internationales de la Serbie en matière de droits humains.

Amnesty International déplore vivement que les autorités aient qualifié cette expulsion forcée d’« opération de nettoyage », affichant ainsi un manque de respect flagrant pour les droits humains des familles roms chassées de chez elles.

Des représentants de la municipalité et de la ville ont affirmé à ces familles qu’il s’agissait d’une « opération de nettoyage », motivée par une décision des services d’inspection de la ville. Sur son site Internet, la ville de Belgrade a publié un document concernant ces expulsions intitulé « Nettoyage du désordre dans la municipalité de ?ukarica » (Uklanjanje komunalnog nereda na ?ukarici).

Amnesty International estime que la façon dont cette expulsion a été conduite, sous couvert d’une « opération de nettoyage », démontre l’absolue nécessité d’adopter une loi interdisant les expulsions forcées.

Dans un entretien télévisé, Alexandra Krstiæ, directrice adjointe des affaires sociales de la ville, a déclaré que cette « opération de nettoyage » devrait durer environ sept jours et porter sur d’autres sites « insalubres ». Amnesty International rappelle aux autorités de la ville que lorsqu’une installation informelle ne dispose pas de services d’approvisionnement en eau ou d’assainissement, il leur incombe de prendre les mesures nécessaires pour améliorer les conditions de vie des résidents et non de les expulser de force de leurs habitations.

Amnesty International est préoccupée par le fait que d’autres familles roms sont toujours sous la menace d’une expulsion forcée. L’organisation exhorte les autorités à renoncer immédiatement à leurs projets d’expulsion et à s’abstenir de mener de nouvelles expulsions illégales tant que des solutions de réinstallation et de relogement n’auront pas été identifiées.

Les habitants expulsés des installations informelles de ?ukarica n’ont pas été avertis : ils n’ont pas été consultés au préalable et n’ont reçu aucun avis d’expulsion, comme l’exige pourtant la législation. Un policier aurait giflé un homme qui s’enquérait de l’avis d’expulsion et proféré des insultes racistes à son encontre ; un autre homme aurait été arrêté.

Plus de 30 habitations ont été démolies et de nombreuses personnes n’ont pas pu récupérer leurs effets personnels avant l’arrivée des bulldozers. Aucune compensation n’a été offerte aux familles en contrepartie de la perte de leurs biens, et aucune solution de relogement adaptée ne leur a été proposée.

Le Centre des affaires sociales de la ville a proposé aux femmes et aux enfants uniquement un hébergement d’urgence dans des centres de protection sociale, mais cette proposition n’a été acceptée que par une seule femme. Les familles expulsées ont passé la nuit sous des bâches en plastique et d’autres matériaux récupérés des débris.

Nombre de ces familles roms avaient été expulsées de force l’année dernière d’un quartier informel de Belvil, à Belgrade. Certaines d’entre elles avaient été réinstallées dans des habitations inadaptées dans le sud du pays, tandis que d’autres n’avaient bénéficié d’aucune solution de relogement. Sans perspectives d’emploi, elles étaient revenues dans la capitale pour chercher du travail. D’autres personnes, originaires du village de Tibuzde (près de Vranje, dans le sud de la Serbie), vivaient à Vidikovac depuis des années. Elles étaient venues s’y installer après que leur village eut été entièrement démoli.

Amnesty International continue de faire campagne contre les expulsions forcées et pour l’adoption d’un cadre législatif interdisant ces pratiques et contenant des recommandations destinées à garantir que toute future expulsion se déroule dans le respect des normes internationales.

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