Singapour doit remettre en liberté l’auteur d’un livre sur la peine de mort, de nationalité britannique


Communiqué de presse

ÉFAI -
19 juillet 2010

Amnesty International demande aux autorités de Singapour de libérer immédiatement l’écrivain britannique Alan Shadrake, arrêté le 18 juillet 2010 pour diffamation, une infraction pénale, après la publication de son livre critiquant l’utilisation faite de la peine de mort à Singapour.

« Singapour a recours à des lois sur la diffamation, infraction prévue par le Code pénal, pour réduire au silence ceux qui critiquent les orientations politiques prises par le gouvernement, a déclaré Donna Guest, directrice adjointe du programme Asie-Pacifique d’Amnesty International. Le gouvernement de Singapour doit immédiatement remettre Alan Shadrake en liberté. »

Alan Shadrake venait d’assister, le 17 juillet à Singapour, à la promotion de son livre Once a Jolly Hangman : Singapore Justice in the Dock, qui reproduit un entretien avec un ancien bourreau de la prison de Changi, à Singapour. Le 18 juillet, Shadrake a été arrêté. Il est actuellement détenu au commissariat de Cantonment.

Confirmant l’arrestation d’Alan Shadrake, la police de Singapour a déclaré : « Une enquête est ouverte contre cet homme pour plusieurs infractions présumées, dont la diffamation, qui est prévue par le Code pénal. »

La police a déclaré qu’Alan Shadrake avait été interpellé à la suite d’une plainte déposée le 16 juillet par l’Autorité pour le développement des médias (MDA), l’organe gouvernemental chargé de censurer les publications et les émissions. D’après son site web, la MDA est actuellement en train de faire de Singapour « une vibrante ville mondiale des médias ».


« Si Singapour aspire à être une ville mondiale des médias, il doit respecter les normes mondiales relatives aux droits humains concernant la liberté d’expression
, a déclaré Donna Guest. Singapour devrait se défaire aussi bien de ses lois pénales sur la diffamation que de la peine de mort. »

À Singapour, la diffamation est passible d’une peine pouvant aller jusqu’à deux ans d’emprisonnement et d’une amende non plafonnée, ce qui a eu un effet très dissuasif sur la liberté d’expression. Amnesty International estime qu’une critique des politiques gouvernementales, si elle est exprimée de manière pacifique, ne doit jamais faire l’objet de poursuites pénales.

En 2010, le rapporteur spécial des Nations unies sur la promotion et la protection du droit à la liberté d’opinion et d’expression, Frank La Rue, a demandé à l’ensemble des États de retirer de leur Code pénal toutes les dispositions législatives prévoyant des peines pour diffamation, celles-ci ne pouvant se justifier dès lors que des dispositions non pénales sur la diffamation protègent correctement la réputation des personnes.

Les lois de Singapour relatives à la peine de mort sont elles aussi contraires aux normes internationales relatives aux droits humains. Sa législation sur les stupéfiants bafoue les règles en matière d’équité des procès du fait de la présomption de culpabilité qui pèse sur les personnes inculpées de trafic de drogue, infraction obligatoirement punie de la peine capitale. Cela empêche les juges d’examiner les circonstances de l’affaire ou de prononcer des peines plus légères.

Le rapporteur spécial des Nations unies sur les exécutions extrajudiciaires, sommaires ou arbitraires a déclaré que la peine capitale ne doit en aucune circonstance être impérativement prévue par la loi, quelles que soient les charges retenues contre une personne.

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