SLOVAQUIE. La première Marche des fiertés de Bratislava a eu lieu en dépit d’actes d’intimidation et de violence

ÉFAI
25 mai 2010

Index AI : EUR 72/002/2010

Le 25 mai, Amnesty International a fait part aux autorités slovaques de sa préoccupation face à l’incapacité de la police à protéger les participants à la Dúhový Pride de Bratislava (dúhový signifiant arc-en-ciel en slovaque) des agressions perpétrées par des contre-manifestants le 22 mai 2010.

Ce rassemblement non violent d’environ 1 000 personnes, demandant l’égalité pour les lesbiennes, gays, personnes bisexuelles et transgenres (LGBT) et le respect de leurs droits fondamentaux, était le premier en son genre en Slovaquie et a malheureusement été marqué par la violence et les menaces, les autorités n’ayant pas assuré la sécurité de manière adéquate.

Amnesty International a demandé que soit immédiatement ouverte une enquête rigoureuse et impartiale sur les allégations selon lesquelles des participants à la Marche arc-en-ciel de Bratislava ont été agressés par des contre-manifestants, et sur l’échec de la police dans sa mission de protection des manifestants, de leur droit à la liberté d’expression et de leur droit à manifester pacifiquement.

D’après certaines informations recueillies par Amnesty International, des participants à la Marche arc-en-ciel de Bratislava ont été agressés et harcelés par environ 100 contre-manifestants, qui leur ont lancé des œufs, des pierres et des cartouches de gaz lacrymogènes, menaçant leur sécurité et leur intégrité physique lors de discours et de concerts précédant la marche le 22 mai. Au moins deux personnes qui portaient le drapeau arc-en-ciel auraient été blessées lorsque des contre-manifestants s’en sont pris à elles au point de départ de la manifestation, la place Hviezdoslav.

Ces événements auraient pu être évités si la police s’était mieux préparée pour assurer la sécurité des participants à la Marche et si les policiers déployés sur place avaient pris les mesures qui s’imposaient. Selon les organisateurs de la Marche arc-en-ciel, alors que les participants se ralliaient au point de rendez-vous, sur la place Hviezdoslav, la police n’a rien fait pour disperser les contre-manifestants violents qui, selon certaines sources, brandissaient des insignes fascistes et des banderoles sur lesquelles figuraient des déclarations injurieuses, ce qui est contraire à la loi slovaque sur les réunions.

Amnesty International a constaté que l’itinéraire de la marche avait été approuvé longtemps à l’avance et que des garanties en matière de sécurité avaient été données aux organisateurs de la Marche arc-en-ciel par le maire de Bratislava, le chef de la police municipale et la direction de la police nationale. Cependant, au point de rendez-vous de la place Hviezdoslav, le chef de la police municipale a abordé les organisateurs de la Marche arc-en-ciel, et leur a annoncé que compte-tenu de la présence de contre-manifestants violents dans le centre-ville, la police n’était plus en mesure de garantir la sécurité des participants à la Marche et recommandait même l’annulation de cette dernière.

Amnesty International a appris qu’au cours des semaines précédant cet événement, des groupes d’extrême droite opposés à la tenue de la Marche arc-en-ciel avaient fait part de leur hostilité à l’égard de celle-ci sur Internet. Le 21 mai, le parti ?udová strana Naše Slovensko (Parti populaire-Notre Slovaquie), qui trouve ses origines dans le mouvement d’extrême-droite interdit Slovenská pospolitos ? (Camaraderie slovaque), aurait lancé sur Internet un appel à la contre-manifestation et à la violence contre les participants à la Marche arc-en-ciel de Bratislava ; la police aurait dû prendre ces éléments en compte lors de l’élaboration d’un plan de sécurité en prévision du 22 mai 2010.

La Marche a finalement démarré avec du retard en raison du déploiement de policiers supplémentaires - dont des policiers antiémeutes - et de négociations entre les organisateurs et la police, qui ont donné lieu à un changement d’itinéraire ; les participants ont ainsi quitté la place Hviezdoslav, puis franchi le Pont Neuf qui traverse le Danube, avant de gagner un bateau amarré à la rive sud, où s’est déroulée une fête. Aucun heurt n’a été signalé à compter de ce moment.

Amnesty International a pris connaissance avec regret d’une déclaration faite par le ministre de l’Intérieur, Robert Kali ?ák, lors d’un débat politique diffusé sur TV Markiza le 23 mai 2010 ; il a ainsi affirmé que « la police était bien préparée, mais il ne faut pas la confondre avec une équipe organisant une marche gay et lesbienne. Vingt-neuf extrémistes ont été arrêtés. La police a très bien fait son travail. « Le moment choisi pour [la Marche] […] était loin d’être idéal. Si [les organisateurs] […] souhaitaient un protocole de sécurité à la hauteur de leurs exigences, ils auraient pu faire appel à une entreprise de sécurité privée. Nous sommes tenus de maintenir l’ordre, ce que nous avons fait. » En réalité, le gouvernement avait la responsabilité d’assurer le maintien de l’ordre de manière adéquate, de sorte que les participants à la Marche arc-en-ciel de Bratislava puissent exercer leur droit à la liberté d’expression et de réunion pacifique sans avoir à craindre ni menaces ni violences.

Amnesty International déplore en particulier que les attaques et le harcèlement violents ayant visé des participants à la Marche soient survenus sur fond de déclarations publiques discriminatoires émanant de politiciens et de personnes en position d’autorité. Par exemple, le 1er mai 2010, le dirigeant du Parti nationaliste slovaque, qui fait actuellement partie de la coalition au pouvoir, aurait déclaré au quotidien SME en référence à la Marche : « Nous voulons leur montrer, ici dans les rues de Bratislava, qu’ils sont indésirables. En ce qui me concerne, j’irai leur cracher dessus. »

Malgré les violences et actes d’intimidation initiaux, les organisateurs ont affirmé que la Marche avait été un franc succès. Le 24 mai, Romana Schlesinger, une des organisatrices, a déclaré : « Tout cela montre clairement que la société slovaque est prête elle aussi à ouvrir un dialogue sur l’émancipation totale de cette minorité. C’est désormais au tour des politiciens et des représentants du gouvernement, c’est à eux de concrétiser les droits des minorités. Nous avons montré que nous sommes là et que la société slovaque nous accepte. »

Amnesty International appelle les autorités slovaques à :

1. Veiller à ce que des enquêtes rigoureuses et impartiales soient menées sur les agressions physiques et menaces dont certaines personnes ont été victimes le 22 mai 2010 en raison de leur orientation sexuelle ou de leur identité de genre, et à ce que tout auteur de violences identifié soit déféré à la justice dans le cadre d’une procédure conforme aux normes internationales en la matière.

2. Faire le nécessaire pour que les victimes reçoivent des réparations justes et appropriées, et notamment une indemnisation.

3. Condamner publiquement les agressions, menaces d’agression et autres actes de harcèlement visant les personnes LGBT, en faisant clairement comprendre que ces violences constituent des infractions pénales et donneront lieu à des poursuites.

4. Faire en sorte que toutes les personnes présentes dans les zones relevant de leur compétence soient en mesure d’exercer pleinement leur droit à la liberté d’association pacifique, sans subir de discrimination, et que la police dispose de ressources adéquates et soit suffisamment formée pour prendre des mesures efficaces afin de protéger ces droits.

5. Garantir que les responsables de l’application des lois agissent avec la diligence requise afin de fournir une protection efficace aux personnes LGBT risquant de voir leur vie et leur sécurité menacées.

Complément d’information

Le fait que les autorités n’aient pas protégé de manière adéquate les participants à la Marche arc-en-ciel de Bratislava constitue une atteinte au droit de réunion pacifique, qui est reconnu et protégé par l’article 21 du Pacte international relatif aux droits civils et politiques (PIDCP) et par l’article 11 de la Convention européenne de sauvegarde des Droits de l’Homme et des Libertés fondamentales (CEDH). Cela enfreint également l’article 19 du PIDCP et l’article 10 de la CEDH, qui protègent le droit à la liberté d’expression. La Slovaquie est partie au PIDCP et au CEDH. La jurisprudence européenne indique clairement que les autorités sont tenues de prendre des mesures concrètes afin que les participants à une manifestation pacifique n’aient pas à craindre d’être brutalisés par leurs opposants, même si ces derniers sont choqués par la cause défendue (Plattform Ärzte für das Leben c. Autriche, Cour européenne des droits de l’homme, 1985).

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