Solidarité avec les victimes de la violence sexuelle en Colombie


Par Ulrike Beck, de l’équipe Colombie d’Amnesty International

Alors que le monde s’apprête à commémorer la Journée internationale de la femme, jeudi 8 mars, les forces armées, les paramilitaires et les groupes de guérilla continuent à faire subir des viols et d’autres formes de violence sexuelle à des milliers de femmes et de jeunes filles dans le cadre du conflit armé que connaît la Colombie depuis des décennies.

La grande majorité de ces crimes ne sont jamais signalés. Lorsqu’ils le sont, ils restent souvent impunis. Cette année, à l’occasion de la Journée internationale de la femme, vous pouvez montrer aux victimes qu’elles ne sont pas seules, en manifestant votre solidarité avec elles et leur combat pour la justice.

Alors qu’ils effectuaient des recherches pour un récent rapport sur le déni de justice dans les affaires de violences sexuelles s’inscrivant dans le conflit armé colombien, des délégués d’Amnesty International ont rencontré des dizaines de victimes et leurs familles.

Les récits bouleversants de ces femmes illustrent les difficultés auxquelles elles sont confrontées lorsqu’elles dénoncent les violences sexuelles liées au conflit.

Angélica nous a ainsi expliqué qu’un homme qui appartiendrait aux Forces armées révolutionnaires de Colombie (FARC) ou collaborerait avec celles-ci l’a contrainte à la servitude et à l’esclavage sexuel pendant dix ans. Dans sa quête de justice, elle a frappé à de nombreuses portes dans la capitale, Bogotá, jusqu’à ce que ses pieds soient en sang et couverts d’ampoule, mais personne ne voulait l’écouter.

Blanca, une femme réclamant justice après que ses trois filles eurent été violées et tuées par des paramilitaires, a déclaré que les policiers chargés de sa protection se présentaient chez elle en groupe, avant de disparaître pendant des semaines, la laissant seule et vulnérable. Ses voisins ont commencé à trouver ses relations avec la police douteuses.

Mari a fui la zone où elle avait été violée à plusieurs reprises par des paramilitaires, et a essayé d’oublier cette expérience traumatisante. Lorsqu’elle a enfin trouvé le courage de porter ces crimes à la connaissance du parquet général, on lui a répondu avec incrédulité : « Encore un ? Un autre viol ? »

Quand Dora, 14 ans, est allée porter plainte après avoir subi une agression sexuelle, on l’a laissée seule avec l’auteur des faits, un policier, et on lui a demandé de parvenir à une conciliation.

Il s’agit seulement de quatre des femmes courageuses ayant fait part de leur histoire. Vous pouvez écouter l’histoire d’une de ces femmes, racontée avec ses propres mots (en anglais).

Lorsqu’Amnesty International a partagé la version finale du rapport avec ces femmes, Angélica était surprise que nous ne l’ayons pas oubliée. Vous pouvez nous aider à faire entendre sa voix et celles des autres victimes, et à leur montrer qu’on ne les oublie pas.

En 2008, la Cour constitutionnelle colombienne a admis que « les violences sexuelles contre les femmes constituent une pratique habituelle, généralisée, systématique et invisible du conflit armé colombien. » On ne connaît cependant pas l’ampleur réelle du problème car il n’existe pas de données précises ni de procédure nationale d’enregistrement de celles-ci.

La Cour constitutionnelle a ordonné au parquet général d’enquêter sur 183 cas de violences sexuelles en 2008. Au moment où nous avons publié notre rapport, seuls 68 autres cas de violences sexuelles commises dans le cadre du conflit faisaient l’objet d’investigations. Les auteurs présumés n’ont été identifiés que dans une poignée de cas ; sur ceux-ci, très peu ont été traduits en justice.

En décembre 2011, un tribunal colombien a déclaré un paramilitaire coupable de crimes sexuels, première décision de ce type rendue dans le cadre du processus Justice et Paix. Dans cette affaire, un groupe paramilitaire - qui opérait à l’époque avec le soutien des forces armées colombiennes - avait « avoué » plus de 2 000 crimes individuels, dont des massacres, des disparitions forcées et des déplacements forcés.

Mais ces hommes ont continué à nier avoir participé aux agressions sexuelles généralisées et systématiques de femmes et de jeunes filles - seuls trois viols figuraient sur la longue liste de crimes avoués par les membres de ce groupe.

« Ce que nous exigeons, c’est la justice ! », a déclaré Clara, qui a connu la violence sexuelle aux mains de membres des forces armées colombiennes, et qui est l’une des femmes qu’Amnesty International a rencontrées.

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