Communiqué de presse

Somalie. Des personnes handicapées exploitées, violées et maltraitées

Plus de deux décennies de conflit, des services de santé inadaptés et la discrimination ont laissé les personnes handicapées vivant en Somalie exposées aux mariages forcés, à la violence, aux viols et aux expulsions forcées à répétition, écrit Amnesty International dans un rapport rendu public jeudi 12 mars.

Intitulé Somalia : Prioritise Protection for People with disabilities, ce document révèle que le manque de protection, aggravé par la discrimination de la part des familles, de la population et des autorités, rend les personnes handicapées vulnérables face aux attaques et à l’exploitation.

Amnesty International appelle le gouvernement fédéral somalien à agir avec décision pour que les droits des personnes handicapées soient protégés en droit et en pratique.

« Les personnes handicapées sont davantage exposées aux atteintes aux droits humains en Somalie, car elles sont souvent vues comme une charge ou comme des cibles plus faciles pour les agresseurs. La Somalie doit faire plus d’efforts pour protéger leurs droits, au lieu de les laisser subir d’autres atteintes à cause de leur handicap », a déclaré Gemma Davies, spécialiste de la Somalie à Amnesty International.

Le rapport s’appuie sur des recherches menées par Amnesty International, qui a rassemblé des informations sur de nombreuses atteintes aux droits humains, dont des viols et d’autres violences sexuelles. Il montre que le manque de respect pour les droits fondamentaux des personnes handicapées les expose à d’autres atteintes aux droits humains.

Les personnes handicapées demandent au gouvernement fédéral somalien d’accepter le fait qu’elles sont des membres actifs de la société civile, de veiller à ce que leurs droits soient reconnus et concrétisés et de garantir leur accès à une assistance et des services pour prévenir d’autres atteintes aux droits humains.

Mariage forcé, viol et violence

Lors d’une récente mission d’enquête effectuée à Mogadiscio en février 2015, des chercheurs d’Amnesty International se sont entretenus avec plusieurs dizaines de personnes, atteintes pour la plupart d’un handicap physique. Celles-ci ont évoqué les violences qu’elles avaient subies, notamment des viols et des coups. Des femmes et des jeunes filles handicapées ont déclaré que leur famille les avait forcées à se marier à des hommes plus âgés et/ou violents pour se débarrasser d’un enfant perçu comme une charge.

Hannan est devenue handicapée lorsqu’elle était bébé. Elle a raconté son mariage forcé : « J’avais 13 ans. Ma famille a décidé de me donner à cet homme, j’ai refusé et me suis enfuie. Ma famille a envoyé des hommes forts après moi. Ils m’ont attrapée, attaché les bras et les jambes et jetée dans une pièce avec cet homme. Il m’a battue dès le début. Sa famille disait que j’étais handicapée, que je ne devais pas me plaindre. Il me frappe, me gifle, me donne des coups de pied et m’étrangle [...]. Quand je m’enfuis et rentre chez moi, ma tante dit que je suis handicapée et me ramène. »

Les chercheurs d’Amnesty International ont parlé avec plusieurs femmes qui avaient été attaquées justement parce qu’elles étaient handicapées et vues comme des cibles faciles.

Amran a été violée car son agresseur était au courant de son handicap physique : « Je me suis réveillée en pleine nuit et me suis aperçue que quelqu’un était déjà entré dans mon buul [abri]. L’agresseur a mis un couteau sur mon cou et m’a ordonné de me taire. Il m’a dit qu’il me tuerait si je criais. Je pleurais car je savais que je ne pouvais rien faire. Il savait tout [sur mon handicap], alors il m’a violée à plusieurs reprises car il savait que j’étais handicapée et incapable de me défendre. »

Amnesty International engage le gouvernement fédéral de Somalie à prendre des mesures concrètes pour lutter contre les atteintes subies en permanence par les personnes handicapées, notamment en établissant un cadre juridique et politique national et en ratifiant la Convention relative aux droits des personnes handicapées.

Tout en bas de l’échelle : les personnes déplacées et handicapées

La menace d’une expulsion pèse sur toutes les personnes déplacées à Mogadiscio et ailleurs en Somalie. Cependant, celles atteintes d’un handicap sont forcées à s’installer dans des zones spéciales à l’intérieur des camps et des villages improvisés. Certaines décident de vivre dans des villages séparés pour s’entraider. Leurs problèmes sont exacerbés par rapport à ceux des autres personnes déplacées – elles subissent intimidation, vols d’aide alimentaire par des civils et des groupes armés et négligence de leurs besoins spécifiques par les fournisseurs de services. En outre, elles risquent encore plus d’être victimes d’exploitation et de violence lors des expulsions forcées.

Safiya et ses proches ont été attaqués et expulsés de force de leur domicile en 2014. Elle a raconté cet épisode à Amnesty International :
« D’abord, ils nous ont menacés. Ils ont dit : “Si vous ne déménagez pas tout cette nuit, vous verrez.” Ils sont partis, mais sont revenus le soir même. Quatre hommes sont arrivés le visage masqué. Ils voulaient violer mes filles. Mon mari a crié et tenté de les défendre, alors ils l’ont abattu [...]. Ma fille pleurait, ils l’avaient emmenée et violée [...]. Le lendemain à l’aube, ils sont revenus et ont détruit nos buuls [abris]. »

Un groupe de femmes handicapées a été contraint à s’installer dans le couloir d’Afgooye, où règne l’insécurité et d’où il est difficile de rejoindre Mogadiscio. Celles-ci ont été expulsées de force à de multiples reprises au cours des dernières années.

Leyla n’a pas l’usage total de ses mains. Elle a raconté :
« Les hommes d’affaires voulaient construire des maisons ici [dans le district de Hodan à Mogadiscio]. Cinq d’entre eux sont venus avec des armes et un autre a commencé à mesurer le terrain. Ils m’ont dit : “Même s’il faut que tu prennes tes affaires dans ta bouche, tu dois partir. Tu es handicapée, nous ne voulons pas te voir près de nous. Va-t’en !” »

La sécurité par le nombre

Des groupes de personnes handicapées se sont organisés pour assurer leur protection par le nombre ; d’autres se sont mobilisés pour manifester en faveur de leurs droits.

Au lieu d’être vues comme une charge par leurs familles et leur entourage, de nombreuses personnes atteintes d’un handicap qui ont parlé à Amnesty International voulaient être reconnues comme acteurs du changement.
Hussein, un homme handicapé vivant à Mogadiscio, a expliqué :
« La plupart des Somaliens pensent que les handicapés ne peuvent pas se débrouiller, que nous ne pouvons rien faire nous-mêmes. Nous sommes déçus. Nous pouvons faire des choses mais personne ne nous en laisse l’occasion. Personne ne défend nos droits [...]. Nous voulons que vous transmettiez nos doléances au monde, pour essayer de nous aider. »

« En Somalie, les personnes handicapées sont exclues, négligées et maltraitées sur tous les plans. Le gouvernement fédéral somalien doit maintenant agir pour montrer qu’il tient à garantir les droits humains de toutes les personnes sans discrimination », a déclaré Gemma Davies.

« Il doit donner aux personnes handicapées la possibilité de participer activement aux prises de décisions, surtout pour celles qui les concernent le plus, et notamment au processus de révision constitutionnelle qui est en cours et à l’élaboration d’un cadre juridique et politique pour les personnes handicapées. »

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