Somaliland. Des journalistes ayant fui les graves violations des droits humains à Mogadiscio sont menacés d’expulsion


Déclaration publique

AFR 52/017/2007

Amnesty International a exprimé son inquiétude, ce mercredi 5 décembre, à l’annonce de l’ordre d’expulsion du gouvernement du Somaliland visant 24 journalistes somaliens qui s’étaient réfugiés à Hargeisa, capitale du Somaliland, pour échapper à la violence et aux graves violations des droits humains visant les travailleurs des médias à Mogadiscio.

Les journalistes, qui travaillaient pour Shabelle Media, Hornafrik Media Network, Radio Simba et Dayniile Online, ont fui Mogadiscio au cours des trois derniers mois.

La majorité d’entre eux est arrivée à Hargeisa après la récente intensification des combats à Mogadiscio, ce mois de novembre. Le gouvernement du Somaliland a autorisé de nombreuses personnes déplacées par le conflit dans le centre et le sud de la Somalie à pénétrer au Somaliland pour y trouver refuge. Les 24 journalistes déplacés sont soutenus par l’Association des journalistes du Somaliland (SOLJA), officiellement reconnue.

Ce mardi 4 décembre, le directeur de la police du Somaliland, le général Mohamed Dubad Sangadhi, a déclaré à ces journalistes : « Votre présence ici met en péril la sécurité nationale du Somaliland, et donc, c’est un ordre, vous devez quitter ce pays dans les vingt-quatre heures, faute de quoi vous serez traduits en justice. » Le directeur de la police a par la suite été interviewé par le service somalien de la BBC, et aurait déclaré que ces journalistes menaçaient la sécurité du Somaliland en écrivant des articles sur « nos amis Éthiopiens. » Ce 5 décembre, des représentants du gouvernement du Somaliland ont déclaré que le délai assigné aux journalistes avait été prolongé de quelques jours.

Peu avant cet épisode, plusieurs des 24 journalistes avaient déclaré à une délégation d’Amnesty International en visite à Hargeisa qu’ils avaient reçu des menaces de mort répétées à Mogadiscio. Ces journalistes avaient également déclaré figurer sur une liste noire, soit des membres des forces de sécurité du gouvernement fédéral de transition somalien (TFG) et des forces militaires éthiopiennes qui les soutiennent, soit des insurgés ou d’hommes armés non identifiés. Certains de ces journalistes avaient en outre été brièvement détenus par des milices du TFG le 18 septembre 2007, lors d’un raid contre les bureaux de Shabelle Media.

Amnesty International craint profondément qu’en expulsant ces 24 journalistes, le gouvernement du Somaliland ne manque à ses obligations de les protéger. Le premier souci de ce gouvernement devrait être d’assurer leur sécurité, en tant que personnes déplacées par la violence et fuyant des menaces de graves atteintes à leurs droits humains. Toute expulsion arbitraire de personnes déplacées constituerait une violation de leurs droits humains et mettrait leur sécurité en danger.
Amnesty International exhorte le gouvernement du Somaliland à ne pas expulser ces journalistes, et à continuer de leur fournir protection et sécurité s’ils souhaitent rester au Somaliland. Leurs droits humains doivent être respectés au Somaliland, notamment leur liberté d’expression. À la connaissance d’Amnesty International, ces journalistes n’ont commis aucune infraction au Somaliland, et des représentants du gouvernement ont indiqué qu’ils n’étaient inculpés d’aucun crime ou délit.


Contexte

La situation des journalistes a continué à se dégrader en Somalie, huit d’entre eux au moins ayant été tués dans l’impunité cette année. Le TFG a régulièrement fermé des centres de médias et arrêté des journalistes – pour de courtes périodes en général, cependant ; Shabelle Media, Radio Simba et Radio Banadir ont tous trois été fermés le mois dernier. Un récent texte de loi relatif aux médias impose de nouvelles restrictions aux médias privés, ce qui a entraîné la fermeture de quasiment tous les médias jusqu’à ce 4 décembre. Des journalistes reçoivent aussi de fréquentes menaces de mort, qui proviendraient de groupes armés opposés au TFG et aux militaires éthiopiens, en raison des reportages de ces journalistes sur le conflit et les violations des droits humains et du droit international humanitaire commises par toutes les parties du conflit.

Le Somaliland s’est proclamé indépendant de la Somalie en 1991, après le renversement de l’ancien gouvernement de Siad Barre, et demande toujours la reconnaissance internationale. Le Somaliland est la seule région de l’ancienne République somalienne à être dotée d’un gouvernement par un système démocratique et pluripartite, avec des institutions fonctionnant.

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