Soudan, Un an après le début du conflit, la réaction de la communauté internationale reste insuffisante

Photo au Soudan

Un an après le début du conflit qui oppose au Soudan les forces armées soudanaises aux Forces d’appui rapide, la réaction de la communauté internationale reste totalement insuffisante alors même que le bilan des victimes civiles s’alourdit, ont déclaré le 12 avril Amnesty International, Sudan Democracy First Group et The NGO International Film Festival.

« Le peuple soudanais, qui fait les frais des violents affrontements entre les forces armées soudanaises et les Forces d’appui rapide, est depuis un an délaissé et négligé. Les démarches diplomatiques n’ont jusqu’à présent pas permis de mettre fin aux violations, de protéger les civil·e·s, d’apporter une aide humanitaire suffisante et d’amener les responsables des crimes de guerre à rendre des comptes, a déclaré Tigere Chagutah, directeur régional pour l’Afrique de l’Est et l’Afrique australe à Amnesty International.

« La communauté internationale n’a pas exercé de pressions suffisantes sur les parties au conflit pour qu’elles cessent de violer les droits humains des personnes happées par le conflit. L’Union africaine, en particulier, n’a pas fait preuve de l’autorité requise ni pris des mesures concrètes à la hauteur de la gravité du conflit.

« Il a fallu attendre presque un pour voir le Conseil de sécurité des Nations unies adopter une résolution sur le Soudan appelant à la fin immédiate des hostilités et à un accès humanitaire sans entrave. »

« Lors de son sommet annuel qui s’est tenu en février, et qui a été le premier à avoir lieu depuis le début du conflit, l’Assemblée des chefs d’État et de gouvernement de l’Union africaine n’a pas fait de la situation au Soudan un point distinct de son ordre du jour.

« Il a fallu attendre presque un pour voir le Conseil de sécurité des Nations unies adopter une résolution sur le Soudan appelant à la fin immédiate des hostilités et à un accès humanitaire sans entrave. Or, malgré cette résolution, les combats se poursuivent partout dans le pays et aucune mesure n’a été mise en place pour protéger la population civile. »

En octobre 2023, le Conseil des droits de l’homme des Nations unies a créé une mission d’établissement des faits pour le Soudan ayant pour mandat d’enquêter et d’établir les faits et les causes profondes des violations des droits humains et des atteintes à ces droits commises au cours du conflit.

« Malgré le rôle crucial qu’elle peut jouer en faveur de la reddition de comptes pour les atrocités perpétrées au Soudan, la mission d’établissement des faits est actuellement incapable de remplir concrètement sa mission, car ses effectifs ne sont pas au complet et elle ne dispose pas des fonds nécessaires en raison d’un gel des recrutements à l’ONU. Mais le monde ne peut pas continuer de détourner le regard. Les États membres doivent veiller à ce que la mission d’établissement des faits pour le Soudan dispose des ressources nécessaires et d’un soutien politique total, et à ce que la situation des droits fondamentaux au Soudan demeure un des points prioritaires de l’ordre du jour du Conseil des droits de l’homme des Nations unies et des autres organes de l’ONU », a déclaré Omayma Gutabi, directrice de Sudan Democracy First Group.

Une crise humanitaire catastrophique

Malgré de nombreuses déclarations de cessez-le-feu, les combats se sont intensifiés à travers le pays. Plus de 14 700 personnes  [1] ont été tuées, notamment lors d’attaques aveugles ou ayant délibérément ciblé des civil·e·s. Près de 10,7 millions de personnes [2]  ont été déplacées à cause du conflit, et cela représente la plus grande crise au monde de personnes déplacées à l’intérieur de leur pays. Au moins 14 millions d’enfants [3], soit la moitié des enfants du pays, ont besoin d’une aide humanitaire.

Le Programme alimentaire mondial des Nations unies a mis en garde contre le fait que la réaction humanitaire internationale face à ce qui se passe au Soudan reste totalement insuffisante alors que des organisations humanitaires ont tiré la sonnette d’alarme concernant la famine. Fin février, l’appel lancé par les Nations unies n’était financé qu’à hauteur de 5 % [4], ce qui compromettait gravement la fourniture d’une aide et de services d’urgence pourtant essentiels.

« Les partenaires régionaux et internationaux du Soudan doivent faire pression sur les parties au conflit pour qu’elles protègent les civil·e·s et permettent un accès humanitaire sans entrave. Nous demandons aussi une augmentation immédiate de l’aide humanitaire pour les personnes qui se sont réfugiées dans les pays voisins du Soudan, et pour les personnes déplacées à l’intérieur du pays, en particulier pour les femmes et les filles qui sont exposées au risque de violences sexuelles », a déclaré Omayma Gutabi.

Nous nous retrouvons à la croisée des chemins : nous essayons d’une part de sauver des vies et d’autre part de protéger un héritage culturel qui est rapidement en train de disparaître.

Des musées et des centres culturels et de recherche ont par ailleurs été pillés et détruits. Le 15 avril 2024, Amnesty International, Sudan Democracy First Group et The NGO International Film Festival organisent à Nairobi une exposition rassemblant des artistes soudanais en témoignage de solidarité avec les civil·e·s soudanais les plus touchés par le conflit.

« Les artistes sont des vecteurs d’espoir, une source de force et les gardiens de sites culturels. Avec le conflit actuel, l’histoire ancienne du Soudan risque d’être détruite maintenant que les gardiens ont fui pour se mettre en sécurité. Nous nous retrouvons à la croisée des chemins : nous essayons d’une part de sauver des vies et d’autre part de protéger un héritage culturel qui est rapidement en train de disparaître. Il est essentiel que ces artistes soudanais se réunissent de nouveau un an après, pour bâtir la solidarité, récolter des fonds pour les organisations locales et réfléchir à l’avenir du Soudan », a déclaré Taye Balogun, fondateur de The NGO international Film Festival.

Il est grand temps de mettre fin à l’impunité

Depuis 2003, Amnesty International et d’autres organisations ont recueilli à de multiples reprises des preuves de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et d’autres violations graves du droit international humanitaire commis par les forces gouvernementales soudanaises, qui ont notamment tué illégalement des civil·e·s, détruit illégalement des biens de caractère civil, violé des femmes et des filles [5], déplacé de force la population civile [6] et utilisé des armes chimiques.

« L’impunité généralisée au Soudan incite les parties au conflit et les milices alliées à ces dernières à continuer de s’en prendre aux civil·e·s en violation du droit international. Les responsables de ces actes croient ne jamais avoir à en assumer les conséquences, et l’inaction de la communauté internationale ne fait que les enhardir, a déclaré Tigere Chagutah.

« Nous appelons les parties au conflit au Soudan à coopérer pleinement avec la mission d’établissement des faits créée par le Conseil des droits de l’homme des Nations unies ; les pays voisins du Soudan devraient en outre soutenir et faciliter le travail de cette mission d’une importance cruciale. »

Complément d’information

Le conflit armé en cours au Soudan, qui oppose les forces armées soudanaises aux Forces d’appui rapide, une force paramilitaire gouvernementale, a éclaté le 15 avril 2023. Les combats ont débuté après plusieurs mois de tensions entre les deux groupes dues à des désaccords portant sur une éventuelle réforme des forces de sécurité proposée dans le cadre des négociations concernant un nouveau gouvernement de transition, entre autres.

Le conflit a engendré des souffrances massives pour la population civile et des destructions de grande ampleur. Les affrontements ont commencé à Khartoum et ont rapidement gagné d’autres régions du Soudan, notamment le Darfour, le Kordofan du Nord et l’État de Gezira [7].

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