Soudan. Des centaines de personnes manquent à l’appel, 109 sont jugées dans des simulacres de procès pour acte de terrorisme

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Amnesty International a accusé le gouvernement soudanais, ce lundi 18 août, de détenir des centaines de personnes – parmi lesquelles des femmes et un bébé de neuf mois – sans inculpation et sans possibilité de consulter un avocat, tout en s’apprêtant à juger dans un simulacre de procès 109 autres personnes pour l’attaque armée perpétrée le 10 mai par le Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE) dans les environs de Khartoum.

Le sort de la plupart des personnes encore détenues à Khartoum après les attaques du 10 mai reste incertain. Beaucoup manquent à l’appel ; certains de ceux qui ont été libérés ont déclaré à Amnesty International avoir subi des actes de torture et des mauvais traitements, et l’organisation craint que les personnes encore détenues ne soient en grand danger d’être torturées ou n’aient été victimes d’une « disparition ».

L’accusation d’Amnesty International intervient après la condamnation à mort de huit membres présumés du MJE, le 17 août, par les tribunaux d’exception soudanais chargés des affaires de terrorisme, à l’issue de procès ne répondant pas aux normes internationales d’équité. Ce jugement porte à 38 le nombre de personnes condamnées à mort en lien avec l’attaque du 10 mai.

« Les tribunaux d’exception soudanais chargés des affaires de terrorisme ne sont qu’une parodie de justice, a déclaré Tawanda Hondora, directeur adjoint pour l’Afrique à Amnesty International. Certaines des personnes condamnées hier ont rencontré leurs avocats pour la première fois au moment du procès, tandis que plusieurs ont affirmé avoir été torturées pendant leur détention au secret et avoir été contraintes de faire des aveux. »

« Ces procès ont été clairement inéquitables et le Soudan se prépare maintenant à juger d’autres personnes avec le même système. Comment peut-on parler de justice ? » a ajouté Tawanda Hondora.

L’un des avocats des condamnés du 17 août a déclaré à Amnesty International que sa demande d’enquête sur les allégations de torture et de mauvais traitements à l’encontre de son client avait été rejetée par le tribunal – ainsi que sa demande d’examen médical en dépit du fait que « des marques de mauvais traitement étaient encore clairement visibles sur son corps » lorsque l’accusé a comparu devant le juge.

Les avocats de la défense ont fait appel de toutes les condamnations dans le délai limité accordé par les tribunaux d’exception. La décision finale – attendue dans les prochaines semaines – doit être rendue par une Cour d’appel d’exception. La décision devra ensuite être signée par le président pour que les exécutions aient lieu.

« Le gouvernement soudanais a le devoir d’enquêter sur les crimes et de traduire en justice les auteurs présumés de tels faits mais il doit le faire en respectant le droit international et sa propre constitution, qui garantit l’équité des procès, a déclaré Tawanda Hondora. Nous demandons instamment aux autorités soudanaises de ne pas exécuter ces hommes et de procéder immédiatement au réexamen de leurs dossiers, conformément au droit soudanais. »

Amnesty International a également exhorté les autorités soudanaises à donner des informations concernant le sort de toutes les personnes arrêtées dans le cadre de l’enquête sur l’attaque du 10 mai ; l’organisation demande instamment aux autorités soudanaises de les inculper dans un délai raisonnable ou de les libérer. L’organisation demande également que tous les détenus puissent consulter et contacter régulièrement leur avocat et leur famille et obtenir les soins médicaux que nécessite leur état.

Complément d’information

Le 10 mai 2008, le Mouvement pour la justice et l’égalité (MJE) a lancé une attaque dans les faubourgs de Khartoum.

Dans les semaines qui ont suivi cette attaque, des centaines de personnes ont été arrêtées par la police et les forces de sécurité soudanaises. Selon les informations dont dispose Amnesty International, des exécutions extrajudiciaires ont eu lieu lors de la vague d’arrestations.

Des tribunaux d’exception chargés des affaires de terrorisme ont été mis en place le 29 mai pour juger les personnes accusées d’avoir pris part à l’attaque de Khartoum. Le jugement rendu le 17 août est le quatrième prononcé par ces tribunaux d’exception.

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