Soudan du Sud et Soudan : la crise des droits humains derrière la querelle politique

« Nous ont-ils oubliés ? »
– un réfugié soudanais dans le camp de Yida, Soudan du Sud

Le spectre de la guerre entre le Soudan et le Soudan du Sud planait dangereusement pendant notre visite au camp de réfugiés de Yida la semaine passée.

Le long de la frontière, où les tensions sont de plus en plus vives, le conflit grandissant entre les deux pays apparaissait en arrière-plan à la fois comme un spectacle distant et une menace sinistre.

Cependant, alors que la possibilité d’une guerre se rapproche, de nombreux réfugiés se sentent de plus en plus oubliés.

Chaque jour, de nouvelles informations font état de la dégradation des relations entre les deux pays, diminuant les espoirs de paix après que l’indépendance du Soudan du Sud, en juillet 2011, a mis fin à une guerre civile prolongée et à des violations des droits humains de grande ampleur.

Le Soudan du Sud occupe les champs pétrolifères de Heglig, au Soudan, mais a ordonné vendredi 20 avril à ses troupes de se retirer. Les bombes pleuvent des Antonov soudanais et des avions de combat Mig qui traversent le ciel au-dessus des régions les plus septentrionales du Soudan du Sud. Le discours dans les deux capitales, Djouba et Khartoum, est provocateur et belliciste.

La communauté internationale a réagi. De nombreux dirigeants mondiaux, le secrétaire général des Nations unies, le Conseil de sécurité et l’Union africaine se sont tous exprimés, en appelant les deux gouvernements à sortir de la logique de guerre et à se réengager à résoudre pacifiquement les différends subsistants concernant la finalisation de leur nouvelle frontière et le partage des revenus pétroliers lucratifs.

Dans la marche vers la guerre, des centaines de milliers de civils habitant le long de cette frontière en proie à des troubles – en particulier dans les États soudanais agités du Kordofan méridional et du Nil bleu – vivent déjà l’insécurité, la peur et les violations massives des droits humains au quotidien depuis 10 longs mois.

La réponse répressive du gouvernement soudanais à la campagne armée montée par l’Armée populaire de libération du Soudan - Nord (APLS-Nord) dans la région a été marquée par les offensives aériennes et terrestres menées sans discernement.

Tandis que d’innombrables morts et blessés sont à déplorer et que des centaines de milliers de personnes sont forcées à fuir, Amnesty International a rendu compte à plusieurs reprises de cette terrible crise humanitaire et des droits humains.

À Yida et dans d’autres camps de réfugiés au Soudan du Sud, nous avons vu et entendu directement les nombreuses formes que prend cette crise qui se poursuit sans relâche.

Il ne fait aucun doute que les atteintes aux droits humains et la souffrance continuent de l’autre côté de la frontière au Soudan.

Une jeune fille de 18 ans nous a raconté qu’elle avait vu un fragment d’obus provenant d’une bombe aérienne tuer sa petite sœur de trois ans : « À un moment nous courions pour nous mettre en sécurité et tout à coup elle est morte. »

Un homme de 38 ans nous a décrit comment son frère, son père et son oncle avaient tous été abattus par les troupes soudanaises devant la porte de leur maison familiale.

Il y a beaucoup d’autres histoires tragiques de mort et de destruction.

Les réfugiés cherchant à tout prix à atteindre Yida avant que la saison des pluies ne rende le passage impossible affluent à un rythme d’environ 200 par jour.

Tous parlent de leur peur des attaques incessantes et de la famine, car il est impossible de planter des cultures dans ces conditions. Pendant ce temps, le gouvernement soudanais bloque l’arrivée de l’aide humanitaire dans la région.

La vie n’est pas facile non plus dans les camps de réfugiés du Soudan du Sud.

Ils sont isolés et difficiles à atteindre, et il est extrêmement compliqué d’y apporter régulièrement de l’eau et de la nourriture.

En raison d’un désaccord entre les responsables des camps et les organes des Nations unies portant sur la reconnaissance de Yida comme camp permanent ou comme centre de transit vers des lieux situés plus à l’intérieur du Soudan du Sud, des denrées essentielles – telles que des bâches pour protéger les abris de la pluie – n’ont pas encore été distribuées.

Un petit nombre d’organisations internationales font un travail important malgré d’immenses obstacles à Yida, mais les organes des Nations unies tels que le Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR) et l’UNICEF sont – pour l’heure – quasiment absents.

Les enfants réfugiés sont particulièrement vulnérables. Un total ahurissant de 6 200 enfants – soit un tiers de la population du camp – fréquentent l’école élémentaire de Yida. Cependant, aucun financement n’existe pour leur éducation. L’enseignement est assuré par les 136 professeurs bénévoles du camp.

Parmi les élèves figurent des centaines de fillettes réfugiées non accompagnées, dont plusieurs nous ont parlé de la terrible insécurité à laquelle elles sont confrontées dans le camp.

À seulement trois semaines du déluge notoire de la saison des pluies dans la région, tous ces problèmes ne vont faire qu’empirer, à moins que des initiatives concertées ne soient prises de toute urgence des deux côtés de la frontière et par la communauté internationale pour mettre fin à cette crise des droits humains.

Les violations des droits humains – en particulier les offensives militaires menées sans discernement – doivent cesser immédiatement dans les États du Kordofan méridional et du Nil bleu. De plus, le gouvernement soudanais doit permettre l’accès libre de l’aide humanitaire dans toute la région.

Les Nations unies doivent pour leur part être à la tête d’un effort maximum pour répondre aux besoins divers et urgents de la population réfugiée de Yida (qui pourrait augmenter de plusieurs milliers au cours des prochaines semaines) avant que les pluies ne la rendent en grande partie inaccessible.

La perspective d’une guerre entre le Soudan et le Soudan du Sud doit évidemment être une préoccupation urgente pour la communauté internationale, mais la crise des droits humains qui existe déjà ne doit pas être oubliée.

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