SOUDAN : Il faut que la société civile et les partis politiques puissent participer librement aux discussions de paix.

Index AI : AFR 54/045/2003

Vendredi 20 juin 2003

Amnesty International demande au gouvernement soudanais et aux forces de
sécurité d’arrêter immédiatement de harceler les militants de la société
civile soudanaise, de les détenir au secret et de les empêcher de discuter
des négociations de paix au Soudan.

« Au moment où le gouvernement soudanais et le Sudan people’s liberation
movement (SPLM, Mouvement populaire de libération du Soudan) négocient un
accord de paix pour mettre fin à la guerre civile, tous les Soudanais
doivent pouvoir participer librement aux discussions qui concernent leur
propre avenir. La répression permanente de la liberté d’expression et de
réunion, ainsi que le harcèlement des militants de la société civile et des
opposants politiques indiquent clairement que le gouvernement soudanais n’a
pas l’intention de donner à la société civile du nord le droit de préparer
une paix durable » a déclaré Amnesty International.

Au cours de ce seul dernier mois, le gouvernement soudanais et les forces de
sécurité ont interrompu par la force des réunions sur le processus de paix
tenues par des militants politiques ou des groupes issus de la société
civile.

 le 19 juin, une trentaine de membres des forces de l’ordre armés ont
effectué un raid au domicile de Ghazi Suleiman, directeur du Groupe
soudanais de défense des droits humains à Khartoum, et ont arrêté au moins
36 militants politiques et représentants de la société civile, et confisqué
certains documents. Ces personnes s’étaient réunies pour discuter de la « 
Déclaration du Caire » du 24 mai, une déclaration commune des opposants
politiques du nord et du SPLM sur le processus de paix et le statut de la
capitale nationale du Soudan dans le futur accord. Ces personnes ont ensuite
été emmenées au quartier général de la Sécurité nationale de Khartoum Nord,
où elles ont donné aux policiers leurs noms, leurs adresses et leurs numéros
de téléphone, avant d’être libérées deux heures plus tard. Ghazi Suleiman a
été interrogé jusqu’à une heure du matin puis relâché, après avoir été
semble-t-il malmené et avoir reçu l’ordre de cesser d’organiser des
activités et des réunions politiques.

 le 16 juin, Elhadi Tangur, un représentant de l’État du Nil Bleu, a été
arrêté à Khartoum par des membres des forces de sécurité en civil. Il est
détenu au secret, peut-être au quartier général des forces de sécurité.
Amnesty International le considère comme un prisonnier d’opinion et demande
sa libération immédiate et inconditionnelle. Elhadi Tangur a été arrêté
après une réunion qu’il avait tenue avec d’autres personnes originaires du
Nil Bleu et le général Lazarus Sumbeiyo, envoyé spécial du gouvernement
kenyan pour le Soudan et médiateur principal pour les pourparlers de paix au
Soudan. Le général Sumbeiyo se trouvait à Khartoum pour discuter du blocage
du processus de paix avec des membres du gouvernement.

 le 2 juin, les forces de sécurité ont arrêté 38 femmes de l’Association des
femmes des Monts Nouba à Khartoum, alors qu’elles se rendaient à Kauda, dans
les Monts Nouba, pour une conférence sur la paix et le développement. Ces
femmes ont passé la nuit en détention et l’une d’entre elles au moins doit
continuer à se rendre régulièrement au poste de police. Leurs possessions
ont été confisquées et les organisations non-gouvernementales qui
organisaient cette réunion ont été depuis fermées par la police.

Des « lignes à ne pas franchir » ont également été imposées aux journaux,
leur prescrivant ce qu’ils peuvent et ne peuvent pas rapporter des
pourparlers de paix. Les journalistes qui n’ont pas respecté cette censure
de fait dans leurs articles ont été brièvement détenus et interrogés par les
forces de sécurité.

« Tant que les droits humains fondamentaux de tous les Soudanais ne seront
pas respectés en droit comme en pratique, la paix ne signifiera rien pour
eux. Les médiateurs internationaux du processus de paix doivent
impérativement faire pression sur le gouvernement soudanais pour qu’il mette
un terme aux violations des droits des personnes qui s’efforcent d’ouvrir
des discussions sur le problème de la paix », a souligné Amnesty
International.

Contexte

En juillet 2002, le gouvernement soudanais et le SPLM/A ont signé le
protocole de Machakos au Kenya. Ce protocole promettait de déboucher sur un
accord de paix et sur la fin d’une guerre civile qui ravage le pays depuis
des décennies. Il a été signé sous les auspices de l’Inter-governemental
authority on developement (IGAD, Autorité intergouvernementale sur le
développement), un groupe de gouvernements de la région, présidé par le
général kenyan Sumbeiyo et des médiateurs internationaux des États-Unis, du
Royaume-Uni et de la Norvège. Les deux parties ont depuis lors signé un
cessez-le-feu et tenu des réunions pour discuter de points controversés. La
dernière session, en mai 2003, a achoppé sur le statut de la capitale du
Soudan dans l’accord final, ainsi que sur des questions de sécurité et de
partage du pouvoir.

La société civile et l’opposition ne sont pas invitées à ces négociations.
Alors que le SPLM affirme consulter la société civile du sud, qui organise
des réunions et a fait des propositions pour faire avancer le processus, le
gouvernement soudanais semble freiner les initiatives de la société civile
du nord et l’empêcher de s’impliquer dans les pourparlers de paix.

Bien que le protocole de Machakos stipule que les droits humains devront
être garantis dans le futur accord de paix, les discussions ont surtout
porté pour l’instant sur le partage du pouvoir, les frontières et les
questions de sécurité. Amnesty International a demandé aux deux parties et
aux médiateurs de prendre en compte l’ensemble des droits humains dans leurs
discussions, et de placer les droits humains de tous les Soudanais au cœur
de tout accord futur.