SOUDAN : L’accord de paix doit associer toutes les parties et garantir la justice pour tous

Index AI : AFR 54/105/2003
ÉFAI

COMMUNIQUÉ DE PRESSE

Au moment où les pourparlers de paix entre le gouvernement soudanais et le Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS) entrent dans une phase décisive à Naivasha, au Kenya, Amnesty International affirme avec force qu’une paix durable doit associer toutes les parties et permettre que justice soit rendue pour tous.

Les deux parties au conflit qui dure depuis vingt ans ont fait savoir qu’un accord serait conclu, sous une forme ou une autre, d’ici à la fin de l’année. Les pourparlers de paix représentent un espoir pour la population soudanaise. Durant les dix derniers mois d’application du cessez-le-feu, presque tous les civils vivant dans le sud du pays et dans les régions frontalières ont vu revenir la paix, bien que celle-ci reste fragile. « Toutefois, ceux qui négocient au Kenya ne doivent pas faire abstraction des combats qui se déroulent ailleurs au Soudan », a déclaré Amnesty International.

Le Darfour, région située dans l’ouest du Soudan, ne fait pas partie des négociations de paix visant à mettre un terme à la guerre civile qui se déroule, pour l’essentiel, dans le Sud et dans des zones du Centre. Les pourparlers qui se tenaient à N’Djamena (Tchad) entre le gouvernement soudanais et le Mouvement/Armée de libération du Soudan (MLS/ALS), l’un des groupes armés en lutte contre le pouvoir dans le Darfour, ont échoué le 16 décembre.

« Tandis que l’on célèbre les perspectives de paix à Khartoum et dans le Sud, la vie et la sécurité des populations civiles du Darfour sont de nouveau prises en otages par les forces gouvernementales, les milices et les mouvements d’opposition armés », a indiqué Amnesty International.

Des villages du Darfour ont été bombardés par des avions de l’armée régulière et, ces dix derniers mois, des milices pro-gouvernementales ont dévasté des zones rurales en bénéficiant d’une totale impunité. Des centaines de civils ont été tués.

« Depuis 1983, au moins quatre millions de personnes ont fui les combats entre le gouvernement, l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS) et les milices de tous bords. La plupart vivent toujours dans une situation de grande détresse dans des camps de réfugiés ou de personnes déplacées du nord du pays. Et maintenant, depuis le mois d’avril dernier, ce sont 600 000 personnes en quête de sécurité qui ont fui les zones rurales du Darfour pour trouver asile dans les villes. Des dizaines de milliers se sont réfugiées au Tchad. Elles vivent dans des conditions épouvantables et reçoivent très peu - voire pas du tout - d’aide humanitaire (eau, nourriture, abri et soins).

« L’injustice et la marginalisation figurent parmi les principales causes des conflits qui ont anéanti la vie de tant de Soudanais. Si ces questions essentielles ne sont pas prises en compte, il sera difficile de parvenir à une paix durable », a déclaré Amnesty International.

« Les droits humains, qui englobent la justice et la non-discrimination, doivent être au cœur de tout accord. Mais l’espoir et les belles déclarations ne suffiront pas à permettre le respect des droits humains ; ceux-ci doivent être garantis et protégés. »

Toute force de surveillance d’un cessez-le-feu doit intégrer une unité chargée des droits humains et avoir la capacité de rendre publiques les exactions et les violations constatées. Des observateurs internationaux doivent venir épauler les observateurs issus de toutes les parties au conflit.

« Faute d’une telle composante dans l’accord concernant la région des monts Nouba, en vigueur depuis mars 2002, les observateurs chargés de la surveillance du cessez-le-feu, s’ils ont contribué à maintenir la paix, ne sont pas parvenus à sauvegarder la sécurité physique et la liberté d’expression de la population », a fait savoir Amnesty International.

Une commission de la vérité et de la réconciliation doit être mise en place afin que les erreurs commises dans le passé ne se reproduisent pas.

Pour que justice soit rendue et que les responsables présumés d’atteintes aux droits fondamentaux aient à rendre compte de leurs actes, une commission nationale chargée des droits humains doit être créée. Elle doit être composée de membres intègres, impartiaux, indépendants et originaires de toutes les régions du Soudan. Ils doivent avoir compétence pour enquêter sur les atteintes aux droits humains, interroger les responsables du gouvernement et les membres des services de sécurité, et protéger les personnes qui portent plainte et les témoins.

Parmi les graves atteintes aux droits humains qui doivent faire l’objet d’une surveillance dans toutes les régions du Soudan figurent :

 les attaques délibérées et aveugles contre des civils, et les exécutions extrajudiciaires ;

 le déplacement forcé et arbitraire de civils, et la non-assistance aux personnes déplacées ;

 la mutilation de civils lors du conflit et la pratique de la torture contre des opposants supposés dans les centres de détention ;

 les enlèvements et les arrestations arbitraires, la détention prolongée au secret et les procès inéquitables ;

 les restrictions à la liberté d’expression, d’association et de réunion ;

 la discrimination fondée sur l’appartenance ethnique ou la religion ;

 la violence et la discrimination à l’égard des femmes.

« La surveillance de ces aspects de la situation des droits humains permettra de mettre un terme à la culture de l’impunité dans le pays. Les Soudanais doivent pouvoir compter sur un accord de paix garantissant le respect de leur droits fondamentaux », a ajouté Amnesty International.

Toutes les infos

Infos liées

Toutes les actions

Actions liées

Libérez Ahed Tamimi

Libérez Ahed Tamimi ! Cette jeune fille risque jusqu’à 10 ans de prison pour une altercation avec des soldats israéliens. Signez la pétition