Communiqué de presse

Soudan. L’insécurité demeure pour les personnes déplacées dans le Kordofan méridional

Amnesty International est extrêmement préoccupée par les informations selon lesquelles des personnes déplacées en raison du conflit dans l’État du Kordofan méridional seraient contraintes par les autorités soudanaises à revenir dans des lieux où leur vie et leur sécurité pourraient être en danger. Amnesty International s’inquiète également de ce que les organisations humanitaires ne sont pas autorisées à se rendre dans de nombreux endroits.

Les affrontements entre les forces armées soudanaises et des éléments de l’Armée populaire de libération du Soudan (APLS) dans le Kordofan méridional ont débuté le 5 juin. Des combats ont lieu dans plusieurs villages situés au sud de Kadugli, la capitale de l’État, ainsi qu’à Dilling, Talodi, Heiban et Kauda.

Les forces armées soudanaises ont procédé à des attaques aveugles, en lâchant des bombes imprécises depuis de hautes altitudes sur des zones habitées, pratique qui rend impossible le respect du principe de distinction entre objectifs militaires et population civile.

De ce fait, un grand nombre des villes et villages les plus importants seraient désertés. Les Nations unies estiment à plus de 73 000 le nombre de personnes ayant fui leur domicile en raison des combats.

Amnesty International a reçu des informations selon lesquelles les autorités soudanaises auraient tenté de contraindre des personnes déplacées à retourner dans des zones où leur vie et leur sécurité pourraient être en péril.

Par exemple, autour de Kadugli et dans les zones avoisinantes, les bombardements aériens des forces armées soudanaises et les tirs d’artillerie des deux parties, armée et APLS, se poursuivent. Pourtant, des représentants de l’État, notamment le gouverneur du Kordofan méridional et le ministre de la Santé, ont déclaré à la radio et à la télévision nationales il y a quelques jours que la ville de Kadugli était désormais sûre et que les habitants qui avaient fui devaient rentrer chez eux.

Le 20 juin, des membres des autorités locales se sont rendus dans un camp autour du complexe de la Mission des Nations unies au Soudan (MINUS) de la banlieue de Kadugli et ont dit aux personnes déplacées qui s’y étaient refugiées de rentrer chez elles à Kadugli ou de se rassembler dans des écoles ou dans le stade de la ville. Des véhicules avaient été fournis par l’État pour les ramener dans la ville.

Les Principes directeurs de l’ONU relatifs au déplacement de personnes à l’intérieur de leur propre pays disposent que les personnes déplacées ont le droit de rechercher la sécurité dans une autre partie du pays et d’être protégées contre le retour ou la réinstallation forcés dans tout lieu où leur vie, leur sécurité, leur liberté ou leur santé seraient en danger.

Amnesty International demande aux autorités soudanaises de respecter et protéger les droits de toutes les personnes déplacées.

La ville de Kadugli est fermée aux organisations humanitaires internationales depuis le début du conflit. Des mines terrestres auraient récemment été posées autour de la ville, ce qui constitue une menace supplémentaire pour les civils retournant dans cette zone. À ce jour, aucune équipe de déminage n’a pu évaluer la situation en raison des restrictions d’accès à la ville.

Les mines terrestres antipersonnel sont des armes non discriminantes par nature qui ne font pas la distinction entre les civils et les combattants. Elles sont interdites aux termes de la Convention de 1997 sur l’interdiction de l’emploi, du stockage, de la production et du transfert des mines antipersonnel et sur leur destruction. Le Soudan est un État partie à cette convention.

Amnesty International est également préoccupée par la situation d’environ 138 Sud-Soudanais ayant eux aussi cherché refuge auprès du complexe de la MINUS à Kadugli et à qui on a demandé également de quitter les lieux. Ces personnes avaient été prises dans les combats tandis qu’elles cherchaient à passer du nord du pays vers le Sud-Soudan avant le 9 juillet, date à laquelle le sud du pays deviendra indépendant.

Un moyen de transport a été mis à la disposition de ces Sud-Soudanais pour qu’ils aillent vers le nord puisque le Sud-Soudan n’était pas accessible, mais ils ont été arrêtés à un poste de contrôle gouvernemental le 23 juin près d’El Obeid, capitale du Kordofan septentrional, et n’ont pas été autorisés à aller plus loin.

Des personnes tentant de fuir les combats ont également cherché refuge à d’autres endroits comme Er Rahad et El Obeid, dans le Kordofan septentrional. Les autorités locales ont déclaré que les personnes déplacées dans cette région devaient elles aussi rentrer chez elles ou se faire héberger par de la famille se trouvant dans d’autres parties du pays.

Le 20 juin, les autorités ont demandé aux habitants venant en aide aux personnes déplacées autour d’El Obeid de cesser de leur donner de la nourriture. Des habitants d’El Obeid ont indiqué que le Service national de la sûreté et du renseignement surveillait de près les familles d’accueil et les personnes déplacées.

La multiplication de postes de contrôle du Service national de la sûreté et du renseignement a entraîné des violences envers des Noubas et des sympathisants présumés du Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS). Elle a aussi empêché la distribution d’aide humanitaire, pourtant bien nécessaire.

Des postes de contrôle ont été signalés sur les principales routes reliant Kadugli, Dilling, El Obeid et Khartoum. Des témoins directs ont rapporté à Amnesty International que des membres des forces de sécurité se trouvaient à chaque poste de contrôle avec des listes de noms.

Ces noms seraient ceux de membres du MPLS et de Noubas. Selon d’autres informations encore, les personnes suspectées d’être des Noubas sont interrogées et harcelées ou maltraitées par les forces de sécurité, même si leur nom ne figure pas sur les listes.

Par ailleurs, les organisations humanitaires ont des difficultés à se rendre auprès des populations touchées. Le 14 juin, la piste d’atterrissage de Kauda a été bombardée, rendant impossible l’acheminement de fournitures humanitaires dans cette zone. La piste a été rouverte depuis mais l’accès aux personnes déplacées et aux autres civils touchés par le conflit continue de faire l’objet de nombreuses restrictions. Les organisations humanitaires sont surveillées par les autorités soudanaises aux différents postes de contrôle.

Amnesty International demande aux autorités soudanaises de rendre possible une aide humanitaire impartiale au Soudan en garantissant un libre accès à toutes les zones concernées.

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